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MÉLANGES

D'ARCHÉOLOGIE ET D'HISTOIRE

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_IV° année. 1884.

PARIS ERNEST THORIN zisrarme épireus, 7, Rue de Médicis

_ ROME SPITHÔVER, Place d'Espagne.

ROMRK, 1884. Imprimerie de LA PAIX de Philippe Cugginni, Rue dolia Pace, 86.

AUTHENTIQUES DE RELIQUES

DE L'ÉPOQUE MÉROVINGIENNE.

Le 24 novembre dernier M. l’abbé Denizot, curé de Morey (Côte d’or), me fit l'honneur de m'envoyer en communication sept petites bandelettes de parchemin qu’on venait de trouver à Vergy dans de vieux reliquaires du monastère de Saint-Vivant de Vergy. Il avait parfaitement reconnu que c’étaient des authen- tiques de reliques; mais il désirait avoir mon avis sur la lecture de plusieurs mots et sur l'âge des écritures.

Mon savant confrère et ami M. Edmond Le Blant, à qui je m'empressai de soumettre ces précieux monuments de l'antiquité chrétienne, voulut bien m'engager à les publier, sous ses auspices, dans les Mélanges de l'École française de Rome. Je réponds à son gracieux appel, en accompagnant de quelques lignes la pho- togravure qu'il m'a autorisé a faire exécuter et qui mieux que toute description donnera une idée exacte des sept petits mor- ceaux de parchemin découverts à Vergy.

Aucun doute ne peut s'élever sur la date qu'il convient d’'as- signer à ces documents. Ils offrent tous le caractère de l’écriture mérovingienne de la fin du VIT du commencement du VIII* siècle.

La lecture n’en est guère difficile. C'est à peine si deux ou trois lettres peuvent donner lieu à quelque incertitude. En voici le déchiffrement.

1. Hic sunt reliquias sancti Victuri episcopi. Festivitate kalendis Septembris.

AUTHENTIQUES DE RELIQUES

. Hic sunt reliquies Jagobo apostolo.

. Hic sunt reliquiae sancti Ibolito.

. Hic sunt reliquies sancti Trojano episcopo et confessore.

. Hic sunt reliquiae sancti Merardi episcopus.

. Hic sunk pignora sancti Martini.

. Hic sunt patrocina sancti (1) Petri ct Paullo, Roma civio.

NOR D D À

Reprenons maintenant chacun de ces petits textes pour expli- quer les particularités les plus intéressantes qu’on y peut relever,

1. Hic sunt reliquias sancti Victuri episcopi. F'estivitate ka- lendis Septembris. Il s'agit ici de saint Victur évêque de Mans, au siècle. Le culte dont il était l’objet à l'époque mérovin- gienne nous est attesté par Grégoire de Tours. Je renvoie au chapitre LVI du livre De gloria confessorum, qui commence et finit par ces mots: Victorius, Cenomanorum episcopus, magnis se virbutibus saepius declaravit . .. Ad ejus sepulcram saepius infirmi sanantur (2).,

La cédule de Vergy nous apprend que la fête de saint Victur se célébrait le Septembre. Cela s'accorde parfaitement avec les martyrologes plus modernes et avec le texte des Gestes des évêques du Mans, nous lisons: Obiüit ergo praedictus vir beatus Victurius kalendis Septembris (3).,

2. Hic sunt reliquies Jagobo apostolo. Cette mention doit se

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rapporter à saint Jacques le Mineur. Une église avait été cons- truite en son honneur à Rome sous le pontificat des papes Pé-

(1) La syllabe fi a été écrite par erreur après les trois lettres sci, surmontées d’un signe d'abréviation, qui représentaient bien suffisam- ment le mot sancéi.

"(2) Ed. Bordier, III, 10. (8) Mabillon, Analecta, éd. in folio, p. 244

D M) 6e È Li FE] US + = CS LA Lans

AUTHENTIQUES DE RELIQUES 5

lage et Jean III (1) (555-573). Les reliques qu'accompagnait l'authentique ci-dessus transcrite étaient sans doute un souvenir qu'un pélerin avait rapporté de Rome au VIS ou au VIT siècle.

3. Hic sunt reliquiae sancti Ibolito. C'est encore un sou- venir d’un pélerinage à Rome. Prudence (2) a longuement décrit l’affluence des fidèles au tombeau de saint Hippolyte:

Mane salutatum concurritur: omnis adorat Pubis, eunt, redeunt solis adusque obitum.

Conglobat in cuneum Latios simul ac peregrinos Permixtim populos relligionis amor.

4, Hic sunt reliquies sancti Trojano episcopo et confessore. Trojanus est un évêque de Saintes, auquel Grégoire de Tours a consacré le chapitre LIX du livre de la Gloire des confesseurs. Son tombeau attirait déjà au VIS siècle un grand nombre de pieux visiteurs. Grégoire de Tours le dit expressément: Qui sepultus in terris, caelis se vivere multis virtutibus manifestat. Nam energumeni, frigoritici caeterique infirmi plerumque ad ejus tumulum exorantes accepta incolumitate recedunt (3).,

5. Hic sunt reliquiae sancti Meiardi (?) episcopus. L’avant- dernier mot de cette cédule présente une difficulté de lecture. Il commence par les lettres Me et finit par les lettres rdi; mais entre ces deux groupes de lettres il y a un double trait qui peut s'interpréter par 2a, par a, ou peut être par £a. Quoiqu'il en soit,

(1) « Eodem tempore initiata est basilica apostolorum Philippi et Ja- cobi.» Liber pontificalis, chap. relatif à Pélage. « Hic perfecit ec- clesiam apostolorum Philippi et Jacobi et dedicavit eam. » Jbid., chap. relatif à Jean III.

(2) Poristephanon XI, Passio Hippolyti, vers 189 et suiv.

(3) Ed. Bordier, ILE, 16.

6 AUTHENTIQUES DE RELIQUES

il paraït certain que le texte se rapporte à saint Médard. Nous savons par Grégoire de Tours qu'on avait d'abord élevé sur la sépulture de saint Médard près de Soissons un édicule recouvert de branchages et qu'après la construction d’un temple plus en rapport avec la célébrité du saint évêque, on taillait dans ces bran- chages de petites brochettes pointues qui passaient pour avoir la vertu de guérir les maux de dents: Et quia, priusquam termplum aedificaretur, erat super sepulcrum sancti cellula minutis contexta virgultis, et dedicato templo haec fuit amota, dignum est ut de ipsius ligni tenuitate magnum aliquid proferamus. Nam saepius de eo hastulae factae, parumper acutae, dolori dentium remedia contulerunt (1)., C'était peut-être une de ces brochettes qu'on avait renfermée dans le reliquaire de Vergy.

6. Hic sunt pignora sancti Martini. Les quatre livres que Grégoire de Tours a intitulés De virtutibus sancti Martini mon- trent avec quelle abondance les reliques de saint Martin étaient répandues au VI® siècle sur tous les points de la Gaule. Elles consistaient le plus souvent en sachets ou en ampoules dans les- quels on enfermait de la terre, de la poussière, de l'huile ou de la cire recueillie sur le tombeau du saint. Le mot pignora, qui dans la cédule de Vergy désigne les reliques de saint Martin, est souvent employé avec le même sens par Grégoire de Tours. C'est ainsi qu'en parlant des reliques de saint Martin qui furent en- voyées à Leudovalde, évêque d’Avranches, il dit: Quando beati pignora in sanctum locabantur altare ... (2).,

7. Hic sunt patrocina sancti Petri et Paullo Roma civio. La qualification de citoyen romain donnée ici à saint Paul doit être une réminiscence du civis Romanus du chapitre 22 des Actes des

(1) De gloria confessorum, ce. XCV; éd. Bordier, III, 92 et 94. (2) De virtutibus sancti Martini, U, XXXVI, éd. Bordier, IL, 164.

AUTHENTIQUES DE RELIQUES 7

apôtres. Quant au mot patrocina, mauvaise lecon du mot pa- trocinia, il faut y voir un synonyme du mot reliquiae. Les exem- ples de cette acception ne sont pas rares. Aïnsi, un capitulaire de l’année 742 n'autorise à suivre l'armée que les ecclésiastiques employés au service divin, notamment ceux qui portaient les reliques des saints: Propter divinum mysterium, missarum sci- licet solemnia adimplenda, et sanctorum patrocinia portanda (1). , Le terme patrocinia, appliqué à des reliques de saint Pierre, se trouve dans l’histoire de la translation de saint Maur, qui fut écrite en 868 par Odon, abbé de Glanfeuil (2): Beati quoque Petri apostoli patrocinia simili modo ibidem sunt reperta...,

Les reliques de saint Pierre et de saint Paul que possédait l'église de Vergy devaient être des morceaux d'étoffe qui avaient été mis en contact avec les tombeaux des saints apôtres. Saint Grégoire le Grand nous fournit à cet égard des renseignements très cisconstanciés. À l’impératrice Constantine, qui lui avait de- mandé le chef de saint Paul, il répondit, en 594, qu'il lui était interdit de toucher à un trésor aussi précieux; mais, ajoute-t-il, les Romains ont coutume d'approcher des corps saints des mor- ceaux d'étoffes qui deviennent ainsi de véritables reliques, et qu'on fait servir en cette qualité à la dédicace des églises (3). Grégoire de Tours nous a décrit en détail le procédé par lequel on se pro- curait à Rome des reliques de saint Pierre. On descendait sur le tombeau du saint apôtre un morceau d’étoffe qui avait été préalablement pesé avec beaucoup d’exactitude; on le retirait après

(1) Monum. Germ. hist. Leges, À, 16.

(2) Acta sanctorum, nouv. 6d., Jan. Il, 588.

(8) « Romanis consuetudo non est, quando sanctorum reliquias dant, ut quidquam tangere praesumant de corpore; sed tantummodo in py- xide brandium mittitur, atque ad sacratissima corpora sanctorum po- nitur; quod levatum, in ecclesia quae est dedicanda, debita cum vene- ratione reconditur; et tantae per hoc ibidem virtutes fiunt, acsi illuc specialiter eorum corpora deferantur.» Registrum, L IV, ep. 30.

8 AUTHENTIQUES DE RELIQUES

des jeûnes et des prières, et si le poids de l’étoffe avait augmenté

au cours des dévotions, on reconnaissait que la prière du fidèle avait été exaucée (1).

I resterait a faire connaître l’histoire du reliquaire dans le- quel ont été trouvées les cédules dont je viens de donner l'expli- cation. C'est une tâche dont saura s’acquitter M. le curé de Morey.

Je n'ai plus qu’un mot à ajouter. C'est pour rappeler que les authentiques de Vergy sont tout à fait du même genre et du même temps qu’une bandelette de parchemin jadis conservée dans une chasse de la cathédrale de Chartres, et aujourd’hui déposée aux Archives d’Eure et Loir:

+ Hyc sunt pignora de coberturio domno Monulfo Trejectensi episc0po.

Un fac-similé héliographique en a été donné en 1878 dans le Musée des Archives départementales (2). Précédemment le texte en avait été publié et commenté par mon savant confrère et ami M. Le Blant (3), qui mieux que personne était désigné pour mettre en lumière les cédules de Vergy. Puisqu’il a bien voulu m'en charger, je le remercierai de m'avoir fourni une occasion de m'associer aux travaux de l'Ecole qu'il dirige avec tant de compétence et de dévouement.

(1) «Quod ai beata auferre desiderat pignora, palliolum aliquod mo- mentana pensatum Jjacit intrinsecus, deinde vigilans ac jejunans, devo- tissime deprecatur ut devotioni suae virtus apostolica suffragetur. Mi- rum dictu! Si fide hominis praevaluerit, a tumulo palliolum elevatum ita imbuitur divina virtute, ut multo amplius quam prius pensaverat ponderet; et tunc scit qui levaverit, cum ejus gratia sumpsisse quod petit.» De gloria martyrum, XXVIII; éd. Bordier, 1, 74.

(2) Planche I, notice 1.

(3) Inscriptions chrétiennes de la Gaule, I, 311 et 812.

Léorozp DELISLE.

EXTRAITS DES ARCHIVES DU VATICAN POUR SERVIR A L’'HISTOIRE LITTÉRAIRE DU MOYEN-AGE,

(Suite et fin. Voyez II: année, Fasc. V, p. 436-460).

XVII. NICCOLÔ DOMENICI.

Je n'ai pu trouver aucun renseignement sur cet écrivain dont le nom parait avoir échappé à tous les bibliographes. La bulle

de Jean XXII publiée ci-dessous contient tout ce que nous savous

s

de lui. Professeur à la faculté de médecine de Pérouse, il com- posa un petit traité De regimine sanitatis et le fit offrir au pape par l’archiprêtre de Pérouse. Jean XXII le remercia par la let- tre suivante.

Avignon, 25 août 1328.

Dilecto filio Nicolao Dominici de Perusio, phisice professori.

Libellum de regimine sanitatis per te nobis scriptum et transmissum per dilectum filium Franciscum archipresbiterum ecclesie Perusine gra- tanter accepimus, in cujus traditione composita periti artificis commen- damus ingenium et in «jus compositione solicitum zelum devotionis immodice actione prosequimur gratiarum (1).

Datum Avinione VII kal. sept., anno VII.

(Secretae, reg. 111, fo 328 vo).

(1) La fin de cette bulle paraît alterée par le scribe; il faut proba- blement lire: én cujus compositione periti artificis commendamus inge- nium, el in ejus Lraditione solicitum zelum etc.

10 EXTRAITS DES ARCHIVES DU VATIUAN

XVIIT. GIOVANNI D'ANDREA.

En refaisant après Mazzuchelli et l'abbé de Sade la biogra- phie de Giovanni d'Andrea, il più celebre canonista non solo di questo secolo, ma forse ancor d’ogni tempo, , Tiraboschi faisait remarquer avec raison que quanto più ne à chiaro il nome, tanto più incerte ne sono le azioni e la vita , (1). F'antuzzi, ve- nant après Tiraboschi, a enrichi de maints détails inédits Ia vie de l'illustre jurisconsulte bolonais; il a publié ou analysé un certain nombre de bulles de Jean XXII qui concernent Giovanni d’Andrea et mettent en lumière son rôle politique si important dans les troubles de la Romagne (2). Les bulles que nous pu- blions ci-dessous n’ont pas été connues de Fantuzzi ; elles ne sont pas moins interéssantes que celles qu'il a signalées. Souhaitons que quelque savant italien les mette prochainement en œuvre et nous donne sur Giovanni d’Andrea un travail analogue à celui

de M. Labanca sur Marsilio de Padoue.

I. Avignon, 28 juin 1322.

Lettre de félicitations adressée par le pape Jean XXII à G. d’An- drea sur son dévouement aux intérêts du Saint Siège.

Dilecto filio magistro Johanni Andree.

Quam prompte duxeris venerabilem fratrem nostrum Franciscum, Ariminensem episcopum, in hiis que pro parte nostra habuit cum di- lectis filiis.. potestati .. capitaneo, ancianis, consilio et comuni Bono-

(1) Storia della letteratura italiana, tomo V, libro II, capo V. (2) Scrittori bolognesi, I, 248.

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EXTRAITS DES ARCHIVES DU VATICAN 11

niensibus expedire, quamque votive sibi astiteris in premissis, consiliis et auxiliis oportunis, innotuit nobis fidelis relatio episcopi antedicti; pro quibus devotionem tuam multipliciter in Domino commendantes, scire te volumus nostram tibi et apostolice sedis uberiorem meruisse gratiam non indigne. Datum ut supra (1). : (Secretae, reg. 111, fo 179 vo).

I. Avignon, 7 novembre 1822. Même objet.

Dilecto fiio magistro Johanni Andree, utriusque juris professori.

Grata relatione nos noveris percepisse quod devotionem quam geris sicut benedictionis filius ad Romana ecclesiam matrem tuam in aper- tum operis exhibitione producens, pro nostris et ejusdem ecclesie ne- gotiis dirigendis et utiliter promovendis ad curas quotiens expedit promptis et liberalibus affectibus "accedere, non accessurus alias, non ommittis; super quo tue devotionis promptitudinem cum gratiarum ac- tionibus multipliciter in Domino commendantes, discretionis tue provi- dentiam circumspectam rogamus attentius et hortamur quatinus in- cepta laudabiliter in hac parte sic continuatione solida prosequaris quod nostram et apostolice sedis gratiam tibi propter hoc uberius vindices non indigne.

. Datum ut supra (2). (Ibid., f 372 vo).

HI. Avignon, 4 mai 1324.

Nomination de Francesco, fils de Giovanni d'Andrea, à un canonicat de l’église de Bologne, avec dispense d'âge.

Dilecto filio Francesco, nato dilecti filii Johannis Andree de Bono- nia, doctoris decretorum, canonico Bononiensi.

Tue laudabilia juventutis indicia que, prout testimonio fide digno percepimus, verisimiliter pollicentur quod te virum producere debeas,

(1) La bulle précedente est ainsi datée: dat. Avin. TITI kal. jul., VI. (2) La bulle précédente est ainsi datée: dat. Avin, VII id. nov., VII,

12 EXTRAITS DES ARCHIVES DU VATICAN

favente divina gratia, virtuosum merito nos inducunt ut personam tuam favoribus apostolicis prosequamur. Hinc est quod nos volentes tibi nul- lum ecclesiasticum benefcium assecuto premissorum consideratione gratiam facere specialem, canonicatum ecclesie Bononiensis cum ple- nitudine juris canonici apostolica tibi auctoritate conferimus et de illo etiam providemus; prebendam vero. non obstante quod in undecimo etatis tue anno vel circa illum constitutus etatem aptam non attingis ad ordines quos prebenda requirit... Datum Avinione III non. maï, anno VIIIC. (Communes, reg. 77, bulle 14b2).

[V. Même date.

Nomination de Federigo, fils de G. d’Andrea, à un canonicat de l'église d'Aquileja, avec dispense d'âge.

Dilecto fiio Frederico nato dilecti filii Johannis Andree de Bononia, doctoris decretorum, canonico Aquilègensi.

Ex laudabilibus juventutis tue studiis, sicut testimonio fide digno percepimus, colligitur evidenter quod te virum producturus existas, fa- vente divina clementia, virtuosum, nosque propterea personam tuam paterna benivolentia prosequentes libenter tibi reddimur in exhibitione specialis gratie liberales. Volentes itaque tibi nullum ecclesiasticum beneficium assecuto premissorum intuitu liberalitatis apostolice januam aperiri, canonicatum ecclesie Aquilegensis... (ut supra)... non obstante quod in quinto decimo etatis tue anno vel circa illum constitutus... (ut supra).

Datum Avinione IIII non. maï, anno VITE.

(Ibid., bulle 1475).

V. Même date.

Nomination de Federigo, fils de G. d’'Andrea, à un canonicat de l'église de Cividale del Friuli.

Eidem.

Ex laudabilibus etc... canonicatum ecclesie sancte Marie Civitatensis Aquilegensis diocesis.… (ut supra).

Datum ut supra. (Ibid., bulle 1476).

EXTRAITS DES ARCHIVES DU VATICAN 13

VI 1826.

Lettre de Jean XXII à G. d’'Andrea le remerciant de son dévoue- ment aux intérêts du Saint Siège.

Dilecto fiio Johanni Andree de Bononia, decretorum doctori. Preter illa quibus te, fili, tuarum litterarum placida series gratum nuper nobis effecit, specialiter illud ante nostris affectibus gratificasse te gaudeas quod in honorem nostrum et sancte romane ecclesie ac fi- delium regionis obsequium docta tue probitatis et industrie studia no- stris et apostolice sedis nunciüis, prout fida testatur assertio, fideliter astiterunt; super quibus devotionem tuam cum gratiarum actionibus sinceris in Domino laudibus commendantes, affectionem tuam paternis affectibus exhortamur quatinus sic futura continuatis affectibus ad pre- terita dirigas commendandus, quod preter premium retributionis eterne nostram et dicte sedis gratiam tibi fuisse propiciam in tuis operibus recognoscas (1). (Secretae, reg. 113, fo 359 vo).

VII Avignon, 13 novembre 1827.

Lettre de Jean XXII à G. d'Andrea lui annonçant qu'il lui a accordé les faveurs qu'il lui avait fait demander.

Dilecto filio Johanni Andree, decretorum doctori.

Dilectum filium Johannem Terrasini tuum sororium, quem tam tue quam ipsius devotionis obtentu pridem ad nostri presentiam venientem benigne audivimus, ecce tam super tuis quam ipsius peticionibus, quan- tum cum Deo potuimus, remittimus favorabiliter expeditum, tuam in Domino prudentiam exhortantes quatinus devotionem solitam ad nos et matrem tuam sanctam Romanam ecclesiam, super qua nobis lauda-

(1) Cette bulle n’est pas datée, mais le registre 118 dans lequel elle se trouve ne contient que des bulles de la 82 et de la 99 année du pon- tificat de Jean XXII.

14 EXTRAITS DES ARCHIVES DU VATICAN

biliter commendaris, continuans de bene semper in melius per incre- menta virtuosorum operum studeas augmentare. Datum Avinione idibus nov. anno XIIe, (Ibid., reg. 114, fo 126).

XIX. ROBERTO DE' BARDI.

Roberto de’ Bardi était aussi célèbre au XIV® siècle comme théologien et comme prédicateur que Giovanni d’Andrea comme canoniste; Filippo Villani, écrivant vers 1390, lui a consacré une notice dans son ouvrage sur les Florentins illustres. Ce qui sauvera à jamais son nom de l'oubli, c’est sa liaison avec Pé- trarque: en 1340, au nom de l’université de Paris, dont il était chancelier, il écrivit à son illustre ami pour l'inviter à venir recevoir dans cette ville la couronne poétique qu'on lui offrait en même temps à Rome. Les deux bulles suivantes, toutes deux inédites, offrent de l'intérêt pour la biographie de Roberto de’ Bardi: la première nous apprend qu'il portait en 1323 le titre de doyen de Glasgow, lorsqu'il fut pourvu d’un canonicat à Ver- dun; la seconde nous révèle la date exacte de sa nomination à la haute dignité de chancelier de Paris et nous fait connaître les circonstances dans lesquelles cette nomination eut lieu.

I, Avignon, 12 septembre 1823. Nomination de Roberto de’Bardi à un canonicat de l’église de Verdun.

Dilecto filio Roberto de Bardis de Florentia, canonico Virdunensi, salutem.

Digne agere credimus cum ad provisionem illorum apostolice libe- ralitatis januam aperimus qui propter sua probitatis et aliarum virtu-

EXTRAITS DES ARCHIVES DU VATICAN 15

tum merita digni gratia reputantur qua et ipsis retributione condigna respondetur et alii ad virtutum cultum eorum invitantur exemplo. Hec igitur in te super fide dignorum testimonia te commendantium benigna consideratione pensantes, et volentes propter hoc personam tuam fa- vore prosequi gratie specialis, canonicatum ecclesie Virdunensis cum plenitudine juris canonici apostolica auctoritate tibi conferimus et de ilo etiam providemus; prebendam vero... non obstante quod in eccle- sia Glasguensi decanatum et canonicatum sub expectatione prebende nosceris obtinere..

Datum Avinione IX id. sept. anno VIII.

In eundem modum dilectis filiis.. sancti Pauli et.. sancti Augerici Virdunensis monasteriorum abbatibus ac Mano de Amerüs, canonico Remensi. |

(Reg. de Jean XXII, 76, bulle 175).

I. Avignon, 7 mars 1356. Nomination de R. de’ Bardi à la chancellerie de l’église de Paris.

Dilecto filio magistro Roberto de Bardis de Florentia, canonico et cancellario ecclesie Parisiensis, sacre theologie doctori, salutem.

Dum litterarum scientiam, morum elegantiam et alia dona virtutum quibus personam tuam, prout testimonio fide dignorum accepimus, Do- minus insignivit diligenter attendimus, apostolico te favore dignum con- spicimus et prerogativa favoris et gratie specialiter attolendum. Cum itaque cancellaria ecclesie Parisiensis per obitum quondam magistri Guillelmi Bernardi, ejusdem ecclesie cancellarii, sacre theologie doc- toris, qui pridem apud apostolicam sedem diem clausit extremum, apud eandem sedem vacare noscatur ad presens,.…. Nos volentes personam tuam premissorum intuitu prerogativa prosequi gratie specialis, can- cellariam eandem sic vacantem cum omnibus juribus ac pertinentiis suis apostolica tibi auctoritate conferimus et providemus de illa.... non obstante quod in eadem Parisiensi et Virdunensi ecclesiis canonicatos et prebendas nosceris obtinere..

Datum Avinione nonis martii, anno secundo,

In eundem modum däilectis fiiis.. sancte Genovefe Parisiensis et..

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16 EXTRAITS DES ARCHIVES DU VATICAN sancli Œuillelmi de Pratis Parisiensis monasteriorum abbatibus, ac Sy- moni Sapiti, canonico Florentino, capellano nostro.

(Reg. de Benoît XII, 121, bulle 80).

XX. PHILIPPE DE VITRI.

Comme Roberto de’ Bardi, comme Giovanni d'Andrea, Phi- lippe de Vitri était lié avec Pétrarque, dont il avait fait la con- naissance à la cour pontificale d'Avignon: nous possédons deux lettres adressées au prélat français par le poète italien, et dans l’une d'elles Pétrarque décerne à son ami le titre plus flatteur peut-être que mérité de poefa nunc unicus Galliarum (1). Pierre Bersuire, ami commun de Pétrarque et de Philippe de Vitri, ap- pelle ce dernier vir ufique excellentis ingenii, moralis philosophie historiarumque et antiquitatum zelator precipuus et in cunctis mathematicis scientiis eruditus (2).

L'érudition contemporaine n'a pas négligé complètement Phi- lippe de Vitri. En 1850 Prosper Tarbé a publié Les œuvres de Phualippe de Vitry (3) et a fait précéder son édition de longues recherches biographiques (p. I - XXXIV). Malheureusement le poème des Métamorphoses d'Ovide moralisées publié par Tarbé n'est pas de Philippe de Vitri, mais de Chrestien Legouais de Sainte More: M. Hauréau l'a démontré recémment, (4) de sorte

(1) Voyez P. Paris, Les manuscrits français de la bibliothèque du roi, III, 177.

(2) Passage cité par M. Hauréau dans le mémoire indiqué plus loin.

(3) Cette édition forme le 8 volume de la collection des Poètes de Champagne antérieurs au XVIe siècle.

(4) Mémoires de l’Académie des Inscriptions et Belles Lettres, t. XXX, 2 partie.

EXTRAITS DES ARCHIVES DU VATICAN 17

que dans le gros volume de Tarbé 32 vers seulement (le Dit du franc Gontier) appartiennent à notre auteur (1). Tarbé n’a pas été beaucoup plus heureux dans sa biographie que dans son édition. D'après lui Philippe de Vitri, nommé évêque de Meaux en 1350 et mort le 9 juin 1361, ne serait entré dans les ordres que très peu de temps avant sa nomination à l’évêché de Meaux; il aurait été marié et serait père d'un certain Michel de Vitri qui obtint de Philippe VI la gardè du château de Chauni. Les deux bulles que nous publions ci-dessous montrent que l'opinion de Tarbé est complètement erronée; Michel de Vitri pouvait être le frère, mais non pas le fils de l’évêque de Meaux.

Dès 13238 Philippe de Vitri était dans les ordres; (2) il pos- sédait un canonicat avec prébende à Clermont-en-Beauvaisis, et il avait été reçu chanoine en expectative de prébende à Soissons et à Cambrai, Le 3 janvier 1323, Jean XXII lui conféra un ca- nonicat en expectative de prébende dans la cathédrale de Ver- dun et l’autorisa à cumuler ce nouveau bénéfice avec ceux qu'il possédait déja.

Dix ans plus tard Philippe de Vitri était chanoine prébendé à Soissons, à Verdun, à Saint-Quentin, à Clermont en Beauvaisis et à Vertus, et ces cinq prébendes lui constituaient un revenu annuel de cent cinquante livres tournois; une bulle du pape lui assurait à l'avance la possession de la première dignité vacante

(1) On possède encore de Ph. de Vitri des traités inédits sur l’art musical, et Tarbé signale dans un manuscrit du British Museum un poème français en stances de six vers qui porte cette rubrique: « Le chappel des fleurs de lys, par Philippe de Vittery, jadis evesque de Meaulx. »

(2) Tarbé supposait avec vraisemblance que Philippe de Vitri était n6 entre 1285 et 1295. En 1876 M. L. Delisle a découvert dans le ms. Reg. 644 du Vatican des notes autographes de Philippe de Vitri; l’une

d’elles nous apprend qu'il naquit le 81 octobre 1291. (Bibl. de l’École des Chartes, 1876, p. b10).

MÉLANGES D’ARCH. ET D'HIST. IV® ANNÉE 2

18 EXTRAITS DES ARCHIVES DU VATICAN

dans l'église de Soissons (1), et pourtant il obtint encore de Jean XXII une nouvelle bulle, datée du 19 décembre 1332, qui lui conférait un sixième canonicat, avec prébende en expectative, à Aire en Artois.

I Avignon, B janvier 1828. Jean XXII nomme Philippe de Vitri chanoine de Verdun.

Dilecto flio Philippo de Vitriaco, canonico Virdunensi, salutem etc.

Laudabile testimonium quod tibi de honestate morum et vite aliis- que virtutum meritis perhibetur rationabiliter nos inducit ut ad per- sonam tuam apostolice provisionis dexteram extendamus. Horum igitur consideratione volentes tibi gratiam facere specialem, canonicatum ec- clesie Virdunensis cum plenitudine juris canonici ac prebendam inte- gram liberam, non sacerdotalem, nulli alii de jure debitam, si qua vacat ad presens in dicta ecclesia, apostolica auctoritate tibi conferimus.... nonobstantibus.… quod in ecclesia Beate Marie castri Clarimontis, Bel- vacensis diocesis, canonicatum obtines et prebendam et in Suessionensi ac sancti Gaugerici Cameracensi ecclesiis sub expectatione prebendarum in canonicum es receptus….

Datum Avinione III. non. januarii, anno septimo.

In eundem modum diectis fdiis.. decano sancti Salvatoris de He- ricione, Bituricensis diocesis, et.. archidiacono Brebantino, Cameracen- sis, ac Johanni de Alis, canonico Meldensis ecclesiarum.

(Reg. de Jean XXII, sur parch. coté 74, 888),

II. Avignon, 19 décembre 1832. Jean XXII nomme Philippe de Vitri chanoine de Saint-Pierre d’Aire.

Dilecto fio Phylippo de Vitriaco, canonico ecclesie sancti Petri Arien- sis, Morinensis diocesis, salutem.

Probitatis et virtutum merita quibus personam tuam fide dignorum testimonio juvari percepimus nos inducunt ut tibi reddamur ad gratiam

(1) C’est en vertu de cette bulle laquelle il est fait allusion dans notre bulle IT) que Philippe de Vitri devint plus tard archidiacre de Brie. (Voyez l'abbé de Sade, Mém. sur Pétrarque IL, 68).

DS

EXTRAITS DES ARCHIVES DU VATICAN 19

liberales. Volentes itaque hujusmodi meritorum tuorum obtentu gra- tiam tibi facere specialem, canonicatum ecclesie sancti Petri Ariensis, Morinensis diocesis, cum plenitudine juris canonici apostolica auctori- tate tibi conferimus et de illo etiam providemus, prebendam vero... nonobstantibus.….. seu quod in Suessionensi, Virdunensi, sancti Quintini, Beate Marie de Claromonte et sancti Johannis de Virtute, Noviomensis, Belvacensis et Cathalaunensis diocesium ecclesiis canonicatus et pre- bendas, que quidem prebende centum quinquaginta libras turonensium parvorum portatas in valore annuo non excedunt, obtines, et in eadem Suessionensi ecclesiis (sic) dignitatem, personatum seu officium ex apo- stolica gratia sub certa forma nosceris expectare..

Datum Avinione XIIII. kal. januariüi, anno decimo septimo.

In eundem modum dilectis filiis.. sancte Genovefe Parisiensis, et.. sancti Auberti Cameracensis monasteriorum abbatibus, ac Johanni de Firmitate, canonico Virdunensi, salutem.

(Reg. de Jean XXIL coté 104, bulle 817).

XXI. PIERRE BERSUIRE.

Le regretté Léopold Pannier a attaché son nom à celui de Pierre Bersuire, et l'on peut dire que peu d'écrivains du moyen âge ont trouvé des biographes aussi soigneux que lui (1). Il faut le reconnaître néanmoins, il y a encore bien des points obscurs dans la biographie du célèbre bénédictin, et, malgré toutes ses recherches, Pannier n'a fait qu'une assez maigre moisson de do- cuments relatifs à son personnage. Il ne faut en accuser sans doute que l'insuffisance des sources 1l a pu puiser, et voir une nouvelle preuve de la pauvreté des fonds d’archives que l'on a exploités jusqu'ici au profit de l'histoire littéraire. Les

(1) Notice biographique sur le bénédictin P. Bersuire, dans Bibl. de P École des chartes, année 1872, p. 325-864.

20 EXTRAITS DES ARCHIVES DU VATICAN

archives pontificales sont autrement riches et vont nous permet- tre de rectifier et de compléter sur plusieurs points les résultats auxquels était arrivé Pannier.

Nous ne savons, dit le biographe de Bersuire, d'après quelle source l’abbé de Sade prétend qu'il entra de bonne heure dans l'ordre de saint François: il n’y a trace de cela nulle part., Pannier a eu tort de tenir trop peu de compte de l'affirmation : de l'abbé de Sade, car celui-ci avait a sa disposition une source excellente, à savoir les registres pontificaux d'Avignon (minutes sur papier) qui n’ont été transportés au Vatican qu’à la fin du XVIII siècle. Nous avons facilement retrouvé la bulle de Jean XXII à laquelle renvoie l’abbé de Sade (ci-dessous 1), et cette bulle nous apprend en effet authentiquement que Ber- suire avait d’abord été franciscain. La pièce est du 3 août 1332: Bersuire avait alors, et depuis un certain temps, abandonné l'or- dre de saint François pour celui de saint Benoît et il se trou- vait dans l’abbaye bénédictine de San Salvador, au diocèse de Tuy (1). Cette dernière circonstance est assurément faite pour nous surprendre, et nous ne nous attendions pas à trouver notre Poi- tevin dans un monastère espagnol. Il ne saurait y avoir erreur pourtant sur l'identité de la personne: notre bulle confère à Petrus Berchorii , le prieuré de la Fosse (2), dépendance im- médiate de Saint-Florent de Saumur, et elle lui assure un rang

(1) L'abbé de Sade dit: « Saint-Sauveur au diocèse de Poitiers »; mais la bulle porte bien T'udensis et non Pictavensis diocesis. On pour- rait croire à une erreur du scribe qui aurait transcrit T'udensis au lieu de Turonensis; mais pas plus dans le diocèse de Tours que dans celui de Poitiers on ne connaît d’abbaye bénédictine de Saint-Sauveur. Il faut avouer d'autre part que Florez (España sagrada, t. 23) ne parle pas de cette abbaye de San Salvador au diocèse de Tuy.

(2) La Fosse-de-Tigné, canton de Vihiers (Maine-et-Loire). M. Céle- stin Port, dans son dictionnaire si érudit du département de Maine-et- Loire, n’a pu connaître ce fait et inscrire Pierre Bersuire en tête de la liste des prieurs de la Fosse-de-Tigné qu'il a donnée.

EXTRAITS DES ARCHIVES DU VATICAN 21

parmi les moines de cette dernière abbaye; ce Berchorii ne peut être que notre Bersuire qui a été en effet moine de Saint-Florent de Saumur, ainsi que Pannier l'avait dejà montré.

Bersuire ne paraît pas avoir gardé longtemps le prieuré de la Fosse que lui avait conféré Jean XXII. En 1336 nous le trou- vons prieur de Bruyères-le-Châtel (1), sans savoir à quelles cir- constances il devait la possession de ce nouveau bénéfice, qui d'ailleurs n'avait rien d’incompatible avec sa qualité de moine de Saint-Florent de Saumur, puisque c'était également une dé- pendance de l’abbaye. Il avait su se concilier la faveur de son abbé (2), et celui-ci le recommanda au pape Benoît XII: une bulle pontificale du 4 octobre 1336 lui conféra, à la prière de son supérieur, l'expectative d’un bénéfice dépendant de l'abbaye et à la nomination de l'abbé (ci-dessous, IT), bénéfice qui pou- vait aller jusqu’à 100 livres tournois, s'il était cum cura, et à 80 seulement s'il était sine cura. La recommandation de l'abbé de Saint-Florent n'était pas le seul titre de Bersuire aux faveurs pontificales, et la bulle de Benoît XII rappelle que depuis son enfance il s'était livré à l'étude de la théologie, ab annis puec- rilibus in sacre theologie studi laborasti. , Cette étude nécessitait évidemment sa présence à la cour pontificale ou dans quelque université, et l’on peut croire avec Pannier qu'il ne résida guère dans les bénéfices ecclésiastiques qui lui étaient confiés.

On ne voit pas bien quel genre de faveur constituait pour Bersuire la bulle précitée du pape Benoît XII. Cette bulle en effet lui assurait à la première vacance un bénéfice de 100 li- vres tournois, mais à la condition qu'il abandonnerait son prieuré de Bruyères aussitôt qu'il serait en possession du nouveau bé-

(1) Arr. de Corbeil (Seine-et-Oise). (2) Cet abbé était Hélie de Saint-Yrieix qui devint plus tard évêque d'Uzès et entin cardinal.

22 EXTRAITS DES ARCHIVES DU VATICAN

néfice, et ce prieuré de Bruyères comme nous l’apprend une troisième bulle représentait un revenu annuel de 190 livres parisis, La bulle d'ailleurs resta sans effet et six ans plus tard Bersuire était toujours prieur de Bruyères-le-Châtel; mais sa liaison avec le cardinal Pierre des Prés, dont il était familia- ris et continuus commensalis, , lui valut en échange un nou- veau prieuré, celui de Clisson (1) que le cardinal dut abandon- ner après avoir pris possession du prieuré du Monestier (2), au diocèse de Riez. En devenant prieur de Clisson, Bersuire cessait d'appartenir à l'abbaye de Saint-Florent de Saumur: il en avait été moine, au moins de nom, pendant dix ans, car sa nomina- tion à Clisson est du 30 juin 1343. Il dut entrer dès lors à Saint-Jouin de Marnes (3), dont Clisson était une dépendance (ci-dessous, bulle IT).

Dès 1351, ainsi que l’a montré Pannier, Bersuire était cham- brier d'un nouveau monastère bénédictin, Notre-Dame-de-Cou- lombs, au diocèse de Chartres (4). Aucun document ne nous ap- prend la cause ni l'époque précise de ce nouveau changement; mais une quatrième bulle vient nous renseigner d'une façon pré- cise sur sa dernière évolution, je veux dire son passage de Cou- lombs au monastère de Saint-Éloi de Paris. À l'aide des docu- mentes qu'il avait pu consulter, Pannier avait sinon établi, au moins conjecturé que Bersuire avait devenir prieur de Saint- Éloi en 1354, et échanger son office de chambrier de Coulombs avec Pierre Gresle, son prédécesseur immédiat à Saint-Éloi. Une

bulle d'Innocent VI du 8 avril 1354 vient confirmer cette con-

(1) Chef-lieu de canton de la Loire-Inférieure.

(2) Chef-lieu de canton des Hautes-Alpes.

(3) Canton d’Airvault (Deux-Sèvres). L'abbé de Sade a connu cette bulle.

(4) Canton de Nogent-le-Roi (Eure-et Loir).

EXTRAITS DES ARCHIVES DU VATICAN 23

jecture fort sensée: c'est une approbation donnée par le pape à l'échange fait par Bersuire avec Pierre Gresle (bulle IV).

I. Avignon, 3 août 1332.

Nomination de Pierre Bersuire au prieuré de la Fosse par le pape Jean XXII, et régularisation de son passage de l'ordre de saint Fran- çois à celui de saint Benoit.

Dilecto filio Petro Berchorii, priori prioratus de Fossa, ordinis sancti Benedicti, Malleacensis diocesis, salutem.

Religionis zelus, vite ac morum honestas aliaque in te ingentia dona virtutum super quibus apud nos fide dignorum testimonio commendaris, nos inducunt ut personam tuam favore benivolo prosequamur. Cum itaque prioratus de Fossa, monasterio sancti Florentii prope Salmurum, ordinis sancti Benedicti, Malleacensis et Andegavensis diocesium, im- mediate subjectus et per ipsius monasterii monachos solitus gubernari, cujus quidem prioratus fructus, redditus et proventus viginti quatuor librarum parvorum turonensium, secundum taxationem decime, ut as- seritur, valorem annuum non excedunt, ex eo vacare noscatur ad pre- sens quod dilectus filius Mandon, nunc de Cossé, dicti ordinis, Ceno- manensis diocesis, olim predicti de Fossa prioratuum prior, dictum prioratum de Cossé auctoritate nostra sibi collatum extitit pacifice as- secutus, nullusque preter nos de dicto prioratu de Fossa disponere possit hac vice pro eo quod nos dudum ante vacationem hujus predicti prio- ratus de Fossa, omnes prioratus ac dignitates, personatus et officia ce- teraque beneñtia ecclesiastica quorumcumque que per assecutionem pa- cificam aliorum prioratuum, offitiorum et benefitiorum ecclesiasticorum per nos seu auctoritate nostra tunc eis collatorum et in antea confe- rendorum ubicunque vacare contingeret nostre et apostolice sedis col- lationi et dispositioni specialiter reservantes decrevimus ex tunc irri- tum et inane si secus de illis per quoscunque quavis auctoritate scienter vel ignoranter contingeret attemptari: Nos, volentes tibi predictorum virtutum et meritorum tuorum obtentu facere graciam specialem, eun- dem prioratum de Fossa sic vacantem cum omnibus juribus et perti- nentiis suis apostolica tibi auctoritate conferimus et de illo etiam pro- videmus, decernentes te, postquam hujusmodi prioratum fueris pacifice

24 EXTRAITS DES ARCHIVES DU VATICAN

assecutus, de monasterio Sancti Salvatoris, dicti ordinis, Tudensis dio- cesis, cujus existis monachus, ad prefatum monasterium sancti Florentii auctoritate apostolica transferendum et in eo recipiendum in monachum et in fratrem et sincera in domino caritate tractandum.... nonobstante quod tu olim de ordine fratrum minorum quem expresse professus fue- ras ad ordinem sancti Benedicti de licentia tui superioris qui nunc erat _ te transtulisti ac felicis recordationis Bonifatii pape VIIL ac Clemen- tis V predecessorum nostrorum Romanorum pontificum et aliis quibu- scumque constitutionibus.. Nos insuper tecum ut premissis omnibus nequaquam obstantibus predictum prioratum libere recipere, et licite retinere necnon vocem in capitulo habere valeas et ad alias dignitates, offitia et benefitia ecclesiastica dicti ordinis sancti Benedicti eligi et assumi possis auctoritate apostolica ex uberioris dono gratie dispen- samus. Nulli ergo, etc.

Datum Avinione III. non. augusti, anno sexto decimo.

In eundem modum venerabilibus fratribus.. Alalleacensi et. Lu- tionensi episcopis, ac dilecto filio Oliverio de Cerzeto, canonico Pictavensi, capellano nostro. Religionis zelus etc.

(Reg. sur parchemin, coté 102, bulle 1229).

IT. Avignon, 4 octobre 1336.

Provision en faveur de Pierre Bersuire, prieur de Bruyères-le-Châtel, d'un bènèfice de 80 ou 100 livres tournois à la nomination de l’abbé de Saint-Florent de Saumur.

Dilecto filio Petro Berchorii (1), priori prioratus de Bruerts castro, ordinis sancti Benedicti, Parisiensis diocesis, salutem.

Religionis celus, vite ac morum honestas et alia probitatis et vir- tutum merita super quibus apud nos fide dignorum commendaris te- stimonio nos inducunt ut ad personam tuam apostolice liberalitatis dex- tram extendamus. Volentes itaque tibi qui, ut asseritur, ab annis pue- rilibus in sacre theologie studiis laborasti, pro quo etiam dilectus filius Helias, abbas monasterii sancti Florentii de Salmuro, ordinis sancti Be- nedicti, Andegavensis diocesis, nobis in hac parte humiliter supplicavit,

(1) Ms. Bercherii.

EXTRAITS DES ARCHIVES DU VATICAN 29

premissorum intuitu gratiam [facere] specialem, benefitium ecclesiasti- cum cum cura vel sine cura, etiam si offitium, prioratus, prepositura vel administratio existat, nulli alii de jure debitum, consuetum per mo- nachos dicti monasterii, cujus existis monachus, gubernari, cujus qui- dem beneficii fructus, redditus et proventus, si cum cura, centum, si vero sine cura fuerit ottuaginta librarum turonensium parvorum, se- cundum taxationem decime, valorem annuum non excedat, spectans ad collationem, provisionem seu quamvis aliam dispositionem abbatis qui est pro tempore dicti monasterü… conferendum tibi… donationi apos- tolice reservamus... nonobstantibus…. seu quod prioratum de Brueriis castro, dicti ordinis, Parisiensis diocesis, nosceris obtinere. Volumus autem quod quamprimum vigore presentis gratie hujusmodi beneficium fueris pacifice assecutus eundem prioratum de Brueriis castro, quem extunc vacare decernimus, omnino, prout etiam ad id te obtulisti spon- tanee, dimittere tenearis. Nulli ergo etc.

Datum Avinione III. non. octobris, anno secundo.

In eundem modum dülectis filiis Roberto Chareti, canonico Claro- montensi, et.. Lucionensi, ac.. Pictavensi officialibus salutem etc.

(Reg. de Benoît XII en parch. coté 122, bulle 339).

IT. Avignon, 30 juin 1842. ° Nomination de Pierre Bersuire au prieuré de Clisson par le pape Clément VI.

Dilecto filio Petro Berchorü, priori prioratus de Clissionio, ord. s. Be- nedicti, Nannectensis diocesis, salutem.

Religionis zelus.... Cum itaque predecessor noster, tunc in humanis agens, de prioratu de Monasteriis, dicti ordinis, Regensis diocesis, tunc vacante, venerabili fratri nostro Petro, episcopo Penestrino, per suas litteras duxerit providendum, volens quod idem episcopus quamprimum vigore litterarum ipsarum prioratum ipsum de Monasteris foret pacifice assecutus, prioratum de Clissionio, dicti ordinis, Nannectensis diocesis, quem prefatus episcopus tunc obtinebat dimittere teneretur, idemque episcopus dicto predecessore adhuc superstite prefatum prioratum de Monasteriis earumdem litterarum vigore fuerit pacifice assecutus et

propterea dictus prioratus de Clissiomio vacaretur (sie) et vacare nos-

26 EXTRAITS DES ARCHIVES DU VATICAN

catur ad presens nullusque de ïillo, de quo sic vacante dictus prede- cessor dum vixit minime ordinavit, preter nos hac vice disponere po- tuerit... nos, volentes tibi premissorum meritorum tuorum intuitu necnon consideratione dicti episcopi pro te, familiari et continuo commensali suo, nobis super hoc humiliter supplicantis, graciam facere specialem, prefatum prioratum de Clissionio sic vacantem, monasterio sancti Jo- vini de Marnis, dicti ordinis, Pictavensis diocesis, immediate subjectum et per ipsius monasterii monachos solitum gubernari, cujus fructus, redditus et proventus centum et decem librarum turonensium parvo- rum, secundum taxationem decime, valorem annuum, ut asseritur, non excedunt, cum omnibus juribus et pertinentiis suis apostolica tibi auc- toritate conferimus et de illo etiam providemus... decernentes te fore, quamprimum dicti prioratus de Clissionio possessionem pacificam fueris assecutus, de monasterio sancti Florentii, dicti ordinis, Andegavensis diocesis, evjus existis monachus, ad prefatum monasterium sancti Jo- vini auctoritate apostolica transferendum ac in eo recipiendum in mo- nachum et in fratrem.... nonobstantibus.... aut quod prioratum de Brueriis Castro, dicti ordinis, Parisiensis diocesis, qui ad centum et nonaginta libras parisiensium secundum decimam, ut asseritur, est taxatus no- sceris obtinere et quod beneficium ecclesiasticum cum cura vel sine cura, etiam officium, prioratus, prepositura vel administratio existat, auctoritate litterarum ipsius Benedicti predecessoris [nostri] tibi super hoc concessarum ad collationem dilecti filii abbatis dicti monasteri sancti Florentii nosceris expectare; volumus autem quod, prout te ad hoc liberaliter obtulisti, quamprimum vigore presentis gratie dictum prioratum de Clissionio fueris pacifice assecutus, prefatum prioratum de Brueriis, quem, ut prefertur, obtines quemque extunc vacare decer- nimus, dimittere tenearis et quod prefate littere dicti predeeessoris per quas, ut prefertur, hujusmodi beneficium expectas et processus habiti per easdem et quecumque inde secuta extunc etiam sint cassa et irrita et nullius existant roboris vel momenti. Nulli ergo, etc.

Datum Avinione II. kal. julü, anno primo.

In eundem modum di. fil. sancti Florentit de Salmuro et. de An- glis, Andegavensis et Lucionensis diocesium, monasteriorum abbatibus, ac. archidiacono Lucionensi. Religionis zelus…..

(Reg. sur papier, Clément VI, tome VIII, f 74, bulle 61).

e

EXTRAITS DES ARCHIVES DU VATICAN 27

L IV, Avignon, 8 avril 1364.

Permission donnée a Pierre Bersuire, par le pape Innocent VI, d'échanger son office de chambrier de l’abbaye de Coulombs pour le prieuré de Saint-Éloi de Paris.

Dilecto filio Petro Berchorii, priori prioratus conventualis sancti Eli- Parisiensis, ordinis sancti Benedicti, salutem.

Apostolice sedis circumspecta benignitas desideria justa petentium congruo favore prosequitur et votis eorum que a rationis tramite non discordant libenter se exhibet propitiam et benignam. Cum itaque nuper tu per te ipsum officium camerarie monasterii beate Marie de Columbis, ordinis sancti Benedicti, Carnotensis diocesis, et dilectus filius Petrus Greelle, sedis apostolice capellanus, per dilectum filium Johannem Greelle, canonicum ecclesie beati Ilarii Pictaviensis procuratorem suum ad hoc ab eo specialiter constitutum, prioratum conventualem sancti Eligii Parisiensis, predicti ordinis, que tunc temporis obtinebatis, de- siderantes illa certis ex causis rationabilibus invicem permutare in manu venerabilis fratris nostri Petri, Penestrini episcopi, ex causa permuta- tionis hujusmodi, apud sedem apostolicam duxeritis libere resignanda, idemque episcopus resignationes hujusmodi, de speciali mandato super hoc a nobis vive vocis oraculo sibi facto, apud sedem admiserit ante- dictam: Nos, votis tuis in hac parte favorabiliter annuentes, dictum prioratum a monasterio sancti Mauri de Fossatis, predicti ordinis, Pa- risiensis diocesis, dependentem et per monachos ejusdem monasterii s0- litum gubernari per hujusmodi resignationem vacantem... apostolica tibi auctoritate conferimus et de illo etiam providemus, decernentes te post- quan vigore presentium ejusdem prioratus possessionem pacificam fueris assecutus de monasterio beate Marie predicto ad dictum monasterium sancti Mauri auctoritate predicta transferendum fore....

Datum Avinione VI. idus aprilis, anno secundo.

In eundem modum däilectis filiis.. Parisiensis, et de Burlalio, Ca- strensis diocesis, decanis, ac Petro Poverelli, canonico ejusdem Parisien- sis ecclesiarum....

(Reg. parch. coté 226, bulle 94 sous la rubrique de beneficiis reqularibus).

28 EXTRAITS DES ARCHIVES DU VATICAN

XXII. GACE DE LA BIGNE.

Gace de la Bigne est un poète bien connu, au moins des érudits, comme auteur des Deduis de la Chace. On sait qu'il appartenait à une famille noble de la Normandie, qu'il entra dans les ordres et s'attacha d'abord au service du cardinal Pierre des Prés, le protecteur de Bersuire. Il devint ensuite chapelain de Philippe VI et conserva les mêmes fonctions auprès de Jean le Bon et de Charles V': c’est à ce titre qu'il partagea pendant quelque temps la captivité du roi Jean en Angleterre (1).

La bulle publiée ci-dessous confirme ce que nous savions déjà des relations de Gace avec le cardinal Pierre des Prés: elle l'ap- pelle capellanus suus domesticus et continuus commensalis. Par cette bulle Benoît XIT confère à notre auteur un canonicat dans l'église de St Pierre de Gerberoi (2), avec l’expectative d’une pré- bende, et il l’autorise à cumuler avec ce nouveau bénéfice la cure et la dîime de la Goulafrière (3), au diocèse de Lisieux, dont il était déjà en possession: ce sont deux détails tout-à-fait nou-

(1) Voyez pour la bio-bibliographie de Gace de la Bigne les sources indiquées par M. l'abbé Ulysse Chevalier dans son Æépertoire des sour- ces historiques de moyen-âge: la seule importante est le Philobiblon, se trouve une publication de M. le duc d'Aumale, tirée à part sous le titre de Notes et documents relatifs à Jean, roi de France, et à sa captivité en Angleterre. À ces sources il faut ajouter la préface de Afa- caire par Fr. Guessard, sont indiquées trois pièces du cabinet des titres relatives à notre auteur. Guessard vent qu’on l’appelle Gace de la Buigne, comme font les documents contemporains; mieux vaut, Je crois, adopter la forme actuelle du nom de lieu auquel Gace emprunte son surnom, la Bigne, cr d’Aulnay sur Odon (Calvados).

(2) Cor de Songeons (Oise).

(31 Cor de Broglie (Eure.

EXTRAITS DES ARCHIVES DU VATICAN 29

veaux, dont il faudra tenir compte le jour l’on écrira la bio- graphie de Gace de la Bigne. La bulle étant du 8 septembre 1335, il est impossible désormais d'accepter comme vraisemblable l’af- firmation gratuite de Théodore Lebreton (1) et d’Edouard Frère (2) d'apres laquelle notre poète serait vers 1328; il faut reculer

d'une vingtaine d'années au moins la date qu'on assignait jus-

ST

qu'ici à sa naissance.

>

Sorgue, 8 septembre 1335.

Benoît XII nomme Gace de la Bigne chanoine de St Pierre de Ger- beroi.

Dilecto filio Gatio de Buigna, canonico ecclesie sancti Petri de Ger- borredo, Belvacensis diocesis, salutem.

Multiplicia tue merita probitatis, super quibus apud nos fide digno- rum commendaris testimonio, nos inducunt ut personam tuam favore benivolo prosequentes tibi reddamur ad gratiam liberales. Volentes ita- que tibi, premissorum meritorum obtentu, necnon consideratione vene- rabilis fratris nostri Petri, episcopi Penestrini, pro te capellano suo do- mestico et continuo commensali super hoc nobis humiliter supplicantis, gratiam facere specialem, canonicatum ecclesie sancti Petri de Gerbor- redo, Belvacensis diocesis, cum plenitudine juris canonici apostolica tibi auctoritate conferimus et de illo etiam providemus; prebendam vero... nonobstante quod ecclesiam parrochialem de Golafreria, Lexoviensis dio- eesis, valoris annui quadraginta librarum turonensium parvorum, ac decimam nosceris obtinere..

Datum apud Pontem Sorgie Avinionensis diocesis VI idus septem- bris, anno primo.

(Reg. Benoît XII coté 120, bulle 493).

(1) Biographie normande, II, 318. (2) Manuel du bibliographe normand, I, 106.

30 EXTRAITS DES ARCHIVES DU VATICAN

XXIIL. GUI DE CHAULHAC.

Beaucoup d'auteurs ont écrit sur Gui de Chaulhac, le plus illustre chirurgien que la France ait produit avant Ambroise Paré. Son Ars chirurgica, composé en 1363, a été jusque vers le commencement du XVII siècle le guide et le manuel des chi- rurgiens français; mais sa vie est loin d'être aussi bien connue que ses œuvres. La bulle suivante a le mérite de nous donner pour sa biographie une date précise et un détail inédit: je la publie sans autre commentaire (1).

Villeneuve-lez-Avignon, 16 avril 1358.

Innocent VI nomme Gui de Chaulhac à un canonicat avec prébende vacant dans l’église de Reims par la mort d’Etienne de Chaulhaguet.

Dilecto filio Magistro Guigoni de Cauliaco, canonico Remensi, capel- lano nostro, salutem etc.

Grata tue familiaritatis obsequia que nobis et apostolice sedi hac- tenus impendisti et incessanter impendere non desinis, necnon literarum scientia, vite ac morum honestas et alia tuarum probitatis et virtutum merite familiari experientia nobis nota nos inducunt ut tibi reddamur in exhibitione favoris et gratie liberales. Cum itaque. canonicatus et prebenda ecclesie Remensis quos quondam Stephanus de Chaulhagueto, ejusdem ecclesie canonicus, capellanus capelle nostre, in ecclesia pre- dicta dum viveret obtinebat, per obitum ipsius Stephani qui nuper apud

(1) L'adresse de cette bulle montre que le vrai nom du célèbre chi- rurgien serait Guigue plutôt que Gui. Chaulhac est, comme on sait, un village de la Lozère (ancien Gévandan); le nom de Guigo est plus fré-

quent dans cette région, comme dans le Lyonnais et le Dauphine, que celui de Guido.

EXTRAITS DES ARCHIVES DU VATICAN 31

sedem apostolicam decessit, apud sedem ipsam vacaverint et vacent ad presens nullusque de eis preter nos hac vice disponere possit.… Nos volentes tibi premissorum meritorum et obsequiorum intuitu gra- tiam facere specialem, canonicatum et prebendam predictos sic vacantes cum plenitudine juris canon ci ac omnibus juribus et pertinentiis suis motu proprio, non ad tuam vel alterius pro te nobis oblate petitionis instantiam, sed de nostra mera liberalitate apostolica tibi auctoritate conferimus...

Datum apud Villamnovam Avinionensis diocesis XVII kal. septem- bris, anno primo. (Reg. d’Innocent VI coté 221, bulle 877).

XXIV. ROGER DES TERNES.

Successivement évêque d'Orléans et de Limoges, puis archevé- que de Bourges, fondateur d’un prieuré de célestins dans son lieu natal des Ternes (1) le bienheureux Roger Lefort (mort le mars 1368) n'est pas seulement un nom vénérable dans l’histoire de l'église. Avant d'être évêque, il avait étudié, puis enseigné le droit civil et le droit canonique dans l’université d'Orléans et il composa alors des commentaires juridiques; les sermons qu'il prouonça plus tard dans sa longue carrière ecclésiastique nous sont en partie parvenus: comme jurisconsulte, comme prédicateur, il appartient donc à l'histoire littéraire, et les quelques bulles

(1) Village de la commune de Pionnat, arrondissement de Guéret (Creuse). En 1436 après la rentrée de Charles VII à Paris, les restes du connétable d'Armagnac furent solennellement transportés par son fils Bernard, comte de la Marche, dans le prieuré des Ternes, J'on voyait encore son tombeau au siècle dernier. Il ne reste plus trace au- jourd’hui ni du tombeau du connétable, ni même du prieuré des Ternes.

32 EXTRAITS DES ARCHIVES DU VATICAN

que nous avons recueillies sur son compte ne seront pas dépla- cées ici (1).

I Le Groseau, 20 août 1313. Roger des Ternes est nommé doyen de St Yrieix.

Dilecto filio Rogerio de Ternis, decano ecclesie sancti Aredii (2) Le- movicensis diocests.

(Le doyenné était vacant par la récente promotion du dernier do- yen, Hugues Géraud, à l'évêché de Cahors. Le pape le confère à Roger) nonobstante quod in Ebroycensi et sancti Martini Turonensis et sancte Marie nove de Capella (3), predicte diocesis, canonicatus et prebendas ac in Bituricensi et Lemovicensi ecclesiis canonicatus sub expectatione vacaturarum prebendarum ac prioratum collegiate ecclesie beate Ma- rie de Gratiaco (4) et parrochialem ecclesiam de Montogio (5) ex di- spensatione apostolica et partem episcopalem decimarum de Podio Au- deriü, Bituricensis et Tholosane diocesium, nosceris obtinere, seu quod pateris in etate defectum.

Datum in prioratu de Grausello prope Malausenam, Vasionensis dio- cesis (6), XIII kal. septembris, anno VIIL

(Reg. Clement V coté 60, bulle 542).

(1) La notice la plus développée que l’on ait sur Roger des Ternes est celle de l'abbé Roy-Pierrefitte, dans ses Études historiques sur les monastères du Limousin et de la Marche, Guéret, 1857-1868.

(2) St Yrieix, chef lieu d'arrondissement du dép.t de la Ht° Vienne.

(8) La Chapelle-Taillefer, canton de Guéret (Creuse). Le cardinal Pierre de la Chapelle-Taillefer, oncle de Roger, avait fondé une collé- giale dans ce village il était nè.

(4) Graçay, cheflieu de canton (Cher).

(6) Il faut corriger en Montegio comme dans la bulle suivante: il s'agit de Montech, ch. 1. de cer, Tarn-et-Garonne.

(6) Le Groseau, près de Malaucène, arr. de Carpentras (Vaucluse).

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EXTRAITS DES ARCHIVES DU VATICAN 33

IT. Châteauneuf, 28 novembre 1318. Roger des Ternes est autorisé à conserver le prieuré de Graçay.

Dilecto filio Rogerio de Ternis, decano ecclesie sancti Aredii, Lemo- vicensis diocesis.

…. Sane petitio tua continebat quod dudum bone memorie Petrus, episcopus Penestrinus, tibi pronepoti suo prioratum secularis ecclesie de Gratiaco, Bituricensis diocesis, auctoritate apostolica sibi in hac parte concessa contulit…. dispensans tecum.... ut dictum prioratum libere re- cipere ac cum parrochiali ecclesia de Montegio, Tholosane diocesis, quam ex dispensatione apostolica obtinebas, posses licite obtinere. Verum quia in litteris super hujus modi collatione et dispensatione confectis de defectu quem tunc in etate patiebaris et adhuc pateris nulla mentio facta fuit... (le pape lui accorde la dispense d’âge dont il a besoin).

Datum apud Castrum novum, (1) Avinionensis diocesis, IX kal. de- cembris, anno IX°.

(Reg. côté 61, bulle 22),

III. Même date.

Roger des Ternes est autorisé à étudier le droit civil pendant sept années.

Eîidem. (Ut possit usque ad septennium audiendo vel legendo insistere stu- dio juris civilis, non obstante quod obtinet decanatum ecclesie sancti

Aredii, proviso quod decanatus predictus debitis interim obsequiis non fraudetur).

Datum ut supra. (1bid., ib., 23).

(1) Châteauneuf-du-Pape, arr. d'Orange (Vaucluse).

MÉLAMGES D'ARCH. ET D’HIST IV° ANNÉE 3

34 EXTRAITS DES ARCHIVES DU VATICAN

IV. Lyon, 9 septembre 1316. Roger des Ternes est nommé chanoine de Rouen par Jean XXII.

Dilecto filio Rogerio de Ternis, canonico Rothomagensi.

Apostolice sedis….

(Un canonicat avec prébende était vacant dans l’église de Rouen par la mort de Richard, cardinal-diacre de St Eustache; le pape le con- fère à Roger des Ternes).

Datum Lugduni V idus septembris, anno primo.

(Reg. Jean XXII côté 64, bulle 1252).

XXY. PÉTRARQUE.

Les registres pontificaux ont déjà fourni à l'abbé de Sade, au siècle dernier, plusieurs bulles de grande importance pour la biographie de Pétrarque (1) Le père Affd en rectifiant certaines conclusions de l’abbé de Sade, a publié en outre une bulle iné- dite de Clement VI qui nomme Pétrarque chanoine prébendé dans l’église de Parme le 29 octobre 1346 (2). La bulle qui suit nous paraît être un document inédit ; si elle n'a pas autant d'im-

portance que celles qui ont été mises en lumière par l'abbé de

(1) Mémoires pour la vie de François Pétrarque 1764-1767. Les bulles pubhées par l'abbé de Sade sont au nombre de trois: une bulle de Benoît XII nommant Pétrarque chanoine de Lombez (25 janvier 1335); une bulle de Clément VI conférant à Pétrarque le prieuré de S. Nicolas de Migliarino au diocèse de Pise (7 oct. 1342); une autre bulle de Clément VI légitimant le fils naturel de Pétrarque (9 sept. 1348).

(2) Memorie degli scrittori e letterati parmigiani, 1789 et s., t. II, discorso preliminare su la dimora di Petrarca in Parma, p. XXIX.

EXTRAITS DES ARCHIVES DU VATICAN 39

Sade et le père Affd, elle n'est pourtant pas sans intérêt: c'est une nouvelle preuve des faveurs dont le pape Clément VI, jus- qu’à ses derniers moments, ne cessa d'honorer l’illustre poète. D'ailleurs quand on a affaire à un homme comme Pétrarque, tout document contemporain qui porte son nom, quelque insignifiant qu'il puisse paraître, mérite d'être publié in-extenso.

Avignon, 15 septembre 1852.

Privilège d'exemption de l'ordinaire accordé à Pétrarque à raison de son archidiaconé de Parme par le pape Clément VI.

Diülecto filio Francisco Patraccho, archidiacono ecclesie Parmensis.

Literarum scientia tuorumque grandium excellentia meritorum, super quibus apud nos fide dignorum testimoniis comendaris, exposcunt ut ea tibi favore benivolo concedamus per que tibi possit plena tranquillitas provenire. Hinc est quod nos tuis supplicationibus inclinati et ex certis causis nobis expositis, quas haberi volumus presentibus pro expressis et singulariter nominatis, personam tuam nec non archidiaconatum ec- clesise Parmensis quem obtines cum omnibus ecclesiis et beneficiis ei- dem archidiaconatui subjectis ac ad collationem, provisionem, presenta- tionem seu quamvis aliam dispositionem archidiaconi Parmensis qui est pro tempore ac aliis bonis et rebus ad te et ipsum archidiaconatum spectantibus, quamdiu vixeris seu archidiaconatum predictum obtinueris, ab omni jurisdictione, dominio ac ordinaria potestate episcopi Parmensis qui est et erit pro tempore ac metropolitani ipsius auctoritate aposto- lica ex certa scientia prorsus eximimus ‘le gratia speciali teque et ar- chidiaconatum eundem exceptos, immunes ac liberos esse volumus ac nobis et successoribus nostris Romanis pontificibus et sedi apostolice immediate subesse. Itaque episcopus et metropolitanus predicti seu qui- cumque alius ratione delicti seu contractus aut rei de qua agitur, ubi- cumque committatur delictum, iniatur contractus aut res ipsa consistat, nullam possint in te iurisdictionem seu potestatem aut dominium exer- cere, felicis recordationis Innocentij pape iii] predecessoris nostri et qualibet alia constitutione contraria non obstante, decernentes omnes et singulas éxcomunicationum, suspensionum aut interdicti sententias quas

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36 EXTRAITS DES ARCHIVES DU VATICAN

contra huiusmodi exemptionis nostre tenorem rate promulgari contigerit irritas et inanes; per hoc autem exemptioni de dicto archidiaconatu per sedem ipsam hactenus forsan facte nolumus nec intendimus in aliquo derogare. Nulli ergo etc. nostre exemptionis, voluntatis, constitutionis et intentionis infringere etc.

Datum Avinione XVII kal. octobris anno undecimo.

In eundem modum venerabili fratri. episcopo Veronensi et dilectis filiis.. abbati monasterii sancti Johannis Parmensis ac archidiacono Ja- nuensi salutem. etc.

Literarum scientia etc. usque derogare. Quocirca mandamus quatenus vos vel duo aut unus vestrum per vos vel alium seu alios prefato Fran- cisco eficacis defensionis presidio assistentes non permittatis eundem super archidiaconatu, ecclesiis, beneficiüis, bonis et rebus predictis per eosdem ordinarios et metropolitanos aut quoscunque alios ac alias con- tra huiusmodi exemptionis nostre tenorem aliquatenus impeti vel etiam molestari, non obstante si ordinario et metropolitano predictis vel qui- busvis aliis communiter vel divisim a predicta sit sede indultum quod interdici, suspendi vel excommunicari non possint per literas apostolicas non facientes plenam et expressam ac de verbo ad verbum de indulto hujusmodi mentionem, contradictores auctoritate nostra etc. ut supra.

(Reg. de Clément VL année XI®°, bulle 791).

XXVI.

GUILLAUME DE MACHAUT.

L'emploi des documents d'archives dans le domaine de l’his- toire littéraire offre un danger sérieux. Les homonymes sont si nombreux au moyen âge qu’on est exposé à se laisser prendre à des apparences trompeuses et à encombrer la biographie d’un écrivain célèbre de documents qui lui sont tout à fait étrangers. C’est précisément ce qui est arrivé pour Guillaume de Machaut; la personnalité de l’illustre poète français du XIV® siècle a été si singulièrement travestie, que pour montrer que nous ne fai-

EXTRAITS DES ARCHIVES DU VATICAN 37

sons pas fausse route nous même, il nous faut d’abord signaler et rectifier les erreurs de nos devanciers.

C'est l'abbé Le Beuf qui semble le premier, au XVIII® siècle, avoir rappelé l'attention sur Guillaume de Machaut, dont les œuvres et la réputation étaient depuis longtemps oubliées. N'ayant aucun renseignement précis sur l'époque de sa naissance, il a cru le reconnaître dans un certain Guillelmus de Macholio (1), va- letus camere, qui figure en 1301 sur les tablettes de cire de Florence, et qui en 1308, sous le nom de Guillelmus de Ma- chello, reçut de Philippe le Bel la terre de Bouilli en Beauce (2). Cette identification a été acceptée sans examen par l'abbé Rive (3), et, ce qui est plus surprenant, par M. L. de Mas-Latrie, qui a publié trois diplomes royaux relatifs au valet de chambre de Phi- lippe le Bel comme des documents très importants pour la vie de l’auteur du Voir Dit (4). Mais M. Gaston Paris a montré que cette opinion n’était pas soutenable, car elle est en contra- diction avec les renseignements que Guillaume de Machant nous fournit lui même sur sa propre biographie (5). |

Dès 1849, Tarbé avait réfuté solidement l'opinion de l’abbé Le Beuf et de l’abbé Rive (6). À cette identification impossible, il en a substitué une autre qui paraît avoir pour elle toutes les vraisemblances. Le grand obstacle qui s'oppose à ce qu’on re- connaisse dans le valet de chambre de Philippe le Bel le poète

(1) Macholio est probablement une faute de lecture pour Machello.

(2) Mém. de l’Académie des Inscriptions, 1"° série, tome XX, p. 898, mémoire lu en décembre 1746.

(8) Notice d'un manuscrit de Guillaume de Machaut, à la fin du to- me IV de l’Essai sur la musique ancienne et moderne, par B. de La- borde et l’abbé Roussier. Paris, 1780 (cité par M. de Mas Latrie).

(4) Dans la préface de son édition de la Prise d'Alexandrie, Ge- nève 1877. Cette préface a été aussi publiée dans la Bibl. de l'École des Chartes, 1876, livraison.

(6) Revue historique, IV, 216.

(6, Les œuvres de Guillaume de Machaut, p. IX.

38 EXTRAITS DES ARCHIVES DU VATICAN .

Guillaume de Machaut, c'est que ce dernier étant mort en 1377, on ne peut pas raisonnablement admettre qu'en 1308 il ait déjà rendu au roi de France les longs services dont parle la pièce publiée sous le 1 par M. de Mas-Latrie. Or différents documents font mention de 1315 à 1319 d'un procès pendant entre “mon- seigneur Jehan de Machau, Pierre et Guillaume de Machau, en- fans et hers de noble homme monseigneur Pierre de Machau, jadis chevalier et chambellan le Noy , et Jeanne de Chambli, leur sœur (1). Pierre de Machau, le père, dont parlent ces do- cuments, mourut avant 1307; son plus jeune fils Guillaume de- vait être assez jeune en 1319, puisque les actes en question ne lui donnent aucune qualité; il peut donc être né.vers 1300, ce qui convient très-bien à notre poète. Nous savons d'autre part que Guillaume de Machaut le poète est mort chanoine de Reims, et qu'il avait un frère du nom de Jean, enterré comme lui dans l'éghse cathédrale de cette ville: n'est-ce pas une raison pour le regarder sûrement comme le plus jeune fils de noble Pierre de Machau, pour qui la carrière ecclésiastique dut être une voie tout indiquée?

Mais si le vrai n'est pas toujours vraisemblable, le vraisem- blable ici n'est certainement pas vrai. M. Paulin Paris, publiant en 1872 la prenuière édition du Voir Dit, a accepté l'identifi- cation de Tarbé. M. Gaston Paris, au contraire, dans l’article auquel j'ai déjà fait allusion, n'accorde pas plus de créance à l'opinion de Tarbé qu'à celle de l'abbé Le Beuf; il pense que Jusqu'à ce jour on a fait fausse route en s'obstinant à identifier les deux familles de Machau et de Machaut, dont le nom était

très distinct à une époque les consonnes finales n'étaient

(1) M. de Mas Latrie, Loc. cit., piéce 7. C’est par une erreur du scribe que l'aîné des fils de Pierre de Machau est appelé Guillaume comme le plus jeune, au lieu de Jean.

EXTRAITS DES ARCHIVES DU VATICAN 39

pas encore devenues muettes ,. L'opinion de M. Gaston Paris est la nôtre, et les documents que nous apportons dans cette étude nous permettront de la mettre au dessus de toute conte- station. Tarbé a cru que Guillaume de Machaut était originaire de Machault en Brie, ou du moins que c'est cette localité dont sa famille portait le nom; c’est une erreur évidente. Machault en Brie (auj. canton du Châtelet, dép. de Seine-et-Marne) s'appelle au moyen-âge Machellum, en latin, et en français Machel, Ma- chiau, Machau; (1) l'orthographe actuelle par {f est donc tout- à-fait absurde. C'est à cette localité que se rattache la famille de Machello; les documents publiés par M. de Mas Latrie tou- chant cette famille font fréquemment mention d'Orléans, de Melun, de Sens et de Montargis et ces villes sont en effet proches voi- sines de Machau en Brie. Au contraire Guillaume de Machaut le poète est toujours appelé de Machaudio ou de Machaudo, et Machaudium on Machaudum est le nom latin d'une autre lo- calité de Machault, aujourd'hui chef lieu de canton du départe- ment des Ardennes, à laquelle se rattache incontestablement la famille de l'illustre poète champenois.

Guillaume de Machau, fils de noble Pierre de Machau, et Guillaume de Machaut sont donc deux personnages du XIV® siè- cle tout à fait distincts. Par un hasard heureux, les registres du Vatican nous fournissent des témoignages sur l’un et sur l’autre et nous permettent ainsi de dégager nettement et définitivement “le vrai et populaire Guillaume de Machaut , comme dit M. de Mas-Latrie, de la biographie postiche qu'on a voulu lui faire à VPaide de celle d’un autre personnage.

Le 12 janvier 1332, le pape Jean XXII accorde à Guillaume de Machello, chanoine d'Orléans, une dispense pour percevoir

(1) Machel au XIII s. (Historiens de France, XXIII, 6624), Ma- chiau en 1310 (Olim, IL, 568, LXIIT). |

40 EXTRAITS DES ARCHIVES DU VATICAN

pendant trois ans les revenus des bénéfices ecclésiastiques dont il était revêtu (bénéfices qui ne sont pas énumérés), à condition de résider dans l'un d'eux. Les exécuteurs de cette bulle sont les abbés de Fleury-sur-Loire et de S' Pierre-de-Ferrières et le doyen de St Aignan d'Orléans (1) Il est bien évident qu’il faut recon- naître dans ce Guillaume de Macheilo le plus jeune fils de Pierre de Machau, dont la famille avait de nombreuses possessions dans le diocèse d'Orléans. Il est non moins évident que les quatre bulles publiées ci-dessous, adressées à Guillaume de Machaudio, se rap- portent à Guillaume de Machaut le poète.

La première est du 30 juillet 1330: c'est une provisioh de canonicat en expectative de prébende dans la cathédrale de Ver- dun, en faveur de Guillaume de Machaut, avec dispense pour conserver avec ce nouveau canonicat la chapellenie de l'hôpital de Houdain (Pas de Calais), dont il était déjà pourvu. Cette fa- veur est accordée à Machaut à la prière du roi de Bohême qui avait sollicité le pape pro clerico, elemosinario ct familiari suo domestico. ,

Le 17 avril 1332 le pape Jean XXII accorde au même Guil- laume de Machaut un canonicat en expectative de prébende dans la cathédrale d'Arras. Cette nouvelle faveur ne détruisait en rien la première; elle est également faite à la prière du roi de Bo- hême qui sollicite pro domestico, familiari, notario suo.,

Jean XXII ne devait pas s’en tenir là: le 4 janvier suivant, une troisième bulle conféra à Machaut un canonicat à Reims, toujours sans préjudice des nominations antérieures et avec dis- pense pour conserver la chapellenie de Houdain. Ces bénéfices, on peut le croire, ne l'obligeaient pas à la résidence, et notre

poéte n'avait même pas besoin d’une dispense particulière à ce

(1) Reg. de Jean XXII sur papier dits registres d'Avignon, tome XXXIX, folio 332, bulle 602.

ENTRAITS DES ARCHIVES DU VATICAN 41

sujet, car le roi de Bohême, comme tous les souverains, avait ob- tenu du pape le privilège de non résidence pour un certain nom- bre de clercs de son entourage.

Il ne s'était encore produit aucune vacance de prébende ni à Verdun, ni à Arras, ni à Reims, lonque Jean XXIT mourut et fut remplacé par Benoît XTI (couronné le 8 janvier 1335). L'avè- nement du nouveau pontife remit tout en cause, le nouveau pape ayant à cœur de remédier aux abus de tout genre, et particu- lièrement à celui des expectatives, qui s’étaient glissés dans l’ad- ministration de son prédécesseur. Guillaume de Machaut dut sa- crifier ses deux premiers Canonicats, dont il n'avait pas encore touché les revenus, pour sauver le troisième: à ce prix seulement Benoît XII lui confirma le titre de chanoine de Reims, et encore y mit-il pour condition qu'aussitôt qu’il aurait pris possession de la première prébende vacante il abandonnerait sa chapellenie de Houdain; il l’autorisa toutefois à garder la prébende dont 1l était déjà en possession à St Quentin et qu'il avait obtenue sans recourir à la faveur pontificale (17 avril 1335).

Ces quatre documents nous montrent Guillaume de Machaut au service de Jean de Luxembourg, roi de Bohême, et confir- ment ce que le poète nous apprend lui même de ses fonctions auprès de ce prince:

Je fui ses clers ans plus de trente, Si congnu ses meurs et s'entente, Car j'estoie ses secretaires

En trestous ses plus gros affaires (1).

La bulle de Benoît XIT nous apprend que Machaut était an- près du roi de Bohême depuis douze ans ou environ, ce qui re- porterait à 1323 son entrée au service de ce prince. Il y a con-

(1) Vers cités par M. de Mas-Latrie, loc. laud., p. XV.

2 EXTRAITS DES ARCHIAES DU VATICAN

tradiction entre ce témoignage et les vers de l'auteur du Voir Dit que nous venons de citer, et d'après lesquels il aurait été clerc de Jean de Luxembourg (ft 1346) pendant plus de trente ans, c’est-à-dire depuis 1316 au plus tard. Il est probable que dans ces vers le bon Machaut a un peu exagéré la longueur de son séjour auprès du roi de Bohême pour mieux persuader le lecteur de la connaissance intime qu'il dit avoir eue de toutes les affaires de son premier protecteur. D'ailleurs lorsqu'il écri- vait ces vers, (en 1369 ou 1470) plus de vingt ans s'étuient écoulés depuis la mort de Jean de Luxembourg, et c'est peut être plus encore la mémoire de Guillaume de Machaut que sa bonne foi qu'on peut légitimement suspecter.

À ces quatre bulles j'en joins une cinquième relative à Jean de Machaut, frère de Guillaume, qui n'a rien de commun non plus avec le fils aîné de Pierre de Machau mentionné plus haut. En 1333 il était simple clerc sans bénéfice, ce qui montre qu'il n’était que le cadet de Guillaume, et non son aîné, comme l'a cru Tarbé; il était également au service du roi de Bohême, et après la mort de ce prince, il suivit Guillaume de Machaut à la cour du roi de Navarre, nous le trouvons en 1354 (1).

Toutes ces pièces, considérées en elles-mêmes, nous révèlent, comme on voit, des faits absolument nouveaux et qu'il est fort important de recueillir, puisqu'ils concernent le plus illustre poète français du XIV siècle; mais leur intérêt s'accroît encore, parce qu’elles permettent de dissiper définitivement une confusion re- grettable qui avait entièrement faussé l’histoire des premières

années de Guillaume de Machaut.

(1) Le 14 octobre 18514 le pape Innocent VI nomme Jean de Machaut chanoine de Toul « consideratione carissimi in Christo filli nostri Caroli, regis Navarre illustris, pro te dilecto suo nobis super hoc humiliter supplicantis. » (Reg. d’Innoc. VI, an. II, livre III, bulle 510).

EXTRAITS DES ARCHIVES DU VATICAN 43

I. Avignon, 30 juillet 1580. Jean XXII nomme Guillaume de Machaut chanoine de Verdun.

Dilecto filio Guillelmo de Machaudo, canonico Virdunensi, salutem etc.

Laudabilia tue probitatis et virtutum merita, super quibus apud nos fide dignorum testimonio multipliciter commendaris, exposcunt ut per- sonam tuam affectu favorabili prosequentes tibi reddamur ad gratiam liberales. Volentes itaque tibi premissorum intuilu, necnon considera- tione carissimi in Christo filii nostri Johannis, regis Boemie illustris, pro te clerico, elemosinario et familiari suo domestico nobis in hac parte humiliter supplicantis, gratiam facere specialem, canonicatum ecclesie Virdunensis cum plenitudine juris canonici apostolica tibi auctoritate conferimus et de illo etiam providemus, prebendam vero. non obstante quod liberam perpetuam capellaniam hospitalis beate Marie de Husdi- nio, Atrebatensis diocesis, nosceris obtinere...

Datum Avinione III. kal. augusti, anno quarto decimo.

In eundem modum dilectis filiis.. abbati monasterii Lucemburgensis, Trevirensis diocesis, et.. decano sancti Salvatoris Metensis, ac magistro Petro de Vigone, canonico Taurinensis ecclesiarum, scriptori nostro.

(Bulle égarée dans les registres de l'antipape Clément VII, tom. LX VI, f” 481, elle nous a été signalée par notre confrère M. Paul Durrieu).

IT. Avignon, 17 avril 1332. Jean XXII nomme Guillaume de Machaut chanoine d'Arras.

Dilecto filio Guillelmo de Machaudio, canonico Atrebatensi, salutem etc.

Vite tue ac morum honestas aliaque laudabilia tue merita probitatis, super quibus apud nos fide dignorum testimonio commendaris, nos ex- citant et inducunt ut personam tuam prerogativa specialis favoris et gratie prosequamur. Hinc est quod nos volentes tibi hujusmodi meri- torum tuorum obtentu, necnon consideratione carissimi in Christo fil nostri Johannis, regis Boemie illustris, pro te domestico, familiari, no- tario suo nobis in hac parte supplicautis, gratiam facere specialem, ca-

44 EXTRAITS DES ARCHIVES DU VATICAN

nonicatum ecclesie Atrebatensis cum plenitudine juris canonici aposto- lica tibi auctoritate conferimus et de illo etiam providemus, prebendam vero. non obstante quod in hospitali beate Marie de Houdaign (sic), Atrebatensis diocesis, capellaniam et in ecclesia Virdunensi canonicatum sub exspectatione prebende nosceris obtinere....

Datum Avinione XV. kal. maï, anno sexto decimo.

In eundem modum däilectis filiis. preposito Vaurensis, et. archidia- cono Abrincensis ecclesiarum, ac.. officiali Atrebatensi.

(Reg. en parch. coté 102, bulle 1218: la minute se trouve dans les reg. dits d'Avignon, tome XXXIX, fo 587 vo).

III. Avignon, 4 janvier 1388. Jean XXII nomme Guillaume de Machaut chanoine de Reims.

Dilecto filio Guillelmo de Machaudio, canonico Remensi, salutem etc.

Vite ac morum honestas aliaque laudabilia tue merita probitatis, super quibus apud nos fide dignorum testimonio commendaris, nos ex- citant et inducunt ut personam tuam prerogativa specialis favoris et gratie prosequamur. Hinc est quod nos volentes tibi hujusmodi meri- torum tuorum obtentu, necnon consideratione carissimi in Christo filii nostri Johannis, regis Boemie illustris, nobis pro te familiari et dome- stico notario secretario suo in hac parte humiliter supplicantis, gratiam facere specialem, canonicatum ecclesie Remensis cum plenitudine juris canonici apostolica tibi auctoritate conferimus et de illo etiam provi- demus, prebendam vero... non obstante quod in Virdunensi et Atreba- tensi ecclesiis canonicatus sub expectatione prebendarum ac capella- niam hospitalis beate Marie de Husdiuio (sic), sine cura, Atrebatensis diocesis, nosceris obtinere...

Datum Avinione II. non. januarii, anno decimo septimo.

In eundem modum dilectis filiis.. abbati monasterii sancte Genovefe Parisiensis, et. scolastico ecclesie T'ullensis, ac. officiali ecclesie Remensis.

(Reg. sur parch. côté 104, bulle 212).

EXTRAITS DES ARCHIVES DU VATICAN 45

IV. Avignon, 17 avril 1335.

Benoît XII confirme Guillaume de Machaut dans son titre de cha- noine de Reims, mais révoque les autres concessions de Jean XXII.

Dilecto filio Guillelmo de Machaudio, canonico Remensi, salutem etc.

Laudabilia tue merita probitatis, super quibus apud nos fide digno- rum testimonio commendaris, nos excitant et inducunt ut personam tuam prerogativa specialis favoris et gratie prosequamur. Sane dudum felicis recordationis Johannes papa XXIIv predecessor noster volens tibi meritorum tuorum intuitu, necnon consideratione carissimi in Chri- sto filii nostri Johannis, regis Boemie illustris, pro te familiari et do- mestico notario suo secretario eidem predecessori in ea parte humi- liter supplicantis, gratiam facere specialem, canonicatum ecclesie Re- mensis cum plenitudine juris canonici apostolica tibi auctoritate contulit.. prout in eisdem litteris plenius continetur. Cum autem tu, sicut asseris, nondum vigore dicte gratie in dicta ecclesia hujusmodi prebendam fueris assecutus, nos volentes te premissorum intuitu necnon et consideratione regis ejusdem pro te adhuc clerico suo secretario et familiari dome- stico, quem asserit duodecim annis vel circa suis obsequiis institisse, nobis in hac parte humiliter supplicantis, favore prosequi gratioso, ca- nonicatum ejusdem ecclesie Remensis cum plenitudine juris canonici apostolica tibi auctoritate conferimus… non obstante quod in Atreba- tensi et Virdunensi per diversas alias dicti predecessoris litteras sub expectatione prebendarum in canonicum es receptus et in Sancti Quin- tini in Viromandia ecclesiis canonicatum et prebendam ac perpetuam capellaniam hospitalis beate Marie de Husdinio sine cura, Noviomensis et Atrebatensis diocesium, nosceris obtinere. Volumus autem quod omnes predicte ipsius predecessoris littere, per quas in predictis Remensi et Atrebatensi ac Virdunensi ecclesiis sub expectatione prebendarum ca- nonicus existebas et processus per eas habiti et quecunque alia inde secuta ex nunc sint cassa et irrita et nullius prorsus existant roboris vel momenti, quodque quamprimum vigore presentis gratie hujusmodi prebendam pacifice fueris assecutus, predictam perpetuam capellaniam

46 EXTRAITS DES ARCHIVES DU VATICAN

quam obtines, ut fertur, quamque extunc vacare decernimus, omnino dimittere tenearis..

Datum Avinione XV. kal. maiïi, anno primo.

In eundem modum düilectis filiis.. sancte Genovefe Parisiensis, et.. sancti Nicasiü Remensis monasteriorum abbatibus, ac.. archidiacono Abrincensi.

(Reg. parch. 119, bulle 339).

V. Avignon, 4 janvier 1333.

Jean XXII confère à Jean de Machaut un bénéfice ecclésiastique à la nomination de l'abbé de Montebourg.

Dilecto filio Johanni de Machaudio, clerico Remensis diocesis, salu- tem etc.

Multiplicia tue merita probitatis.… Hinc est quod nos volentes…. consideratione carissimi in Christo filiü nostri Johannis, regis Boemie ilustris, pro te dilecto familiari et domestico elemosinario suo in hac parte humiliter supplicantis, gratiam facere specialem, beneficium ec- clesiasticum cum cura vel sine cura consuetum clericis secularibus assignari, cujus fructus, redditus et proventus si cum cura sexaginta, si vero sine cura fuerit quadraginta librarum turonensium parvorum, secundum taxationem decime, valorem annuum non excedant ad dilec- torum filiorum.. abbatis et conventus monasterii beate Marie de Mon- tisburgo, ordinis sancti Benedicti, Constancensis diocesis, collationem, provisionem seu presentationem pertinens, si quod vacat ad presens, vel cum vacaverit.……. tibi auctoritate apostolica conferimus...

Datum Avinione II. non. januarii, anno decimo septimo.

In eundem modum dilectis flliis.. abbati monasterii sancte Genovefe Parisiensis, et.. archidiacono Constanciensis, ac.. scolastico Tullensis ecclesiarum.

(Reg. parch. 104, bulle 217).

EXTRAITS DES ARCHIVES DU VATICAN 47

XX VIT. JEAN DE MONTREUIL.

Jean de Montreuil, secrétaire de Charles VI, ambassadeur en Allemagne, en Angleterre et en Italie, ami de Nicolas de Clé- manges, de Pierre d’Aiïlli, de Gerson, de Coluccio et de Leonardo Aretino, peut être considéré comme le premier en date des hu- manistes français: c’est à ce titre qu'il nous a paru mériter un travail spécial auquel nous nous permettons de renvoyer le lec- teur (1). On y trouvera employée à son lieu la bulle dont nous donnons ci dessous!le sommaire d’après les registres de l’antipape

Clément VII.

Avignon, 80 décembre 1391. Permission pour Jean de Montreuil d’avoir un autel portatif.

Dilecto filio Johanni de Monsterolio, canonico Rothomagensi. Sincere etc. Hinc est quod nos tuis devotis supplicationibus incli- pati, ut tibi qui, ut asseris, carissimi in Christo filii nostri Caroli regis Francorum illustris secretarius existis, libeat habere altare portatile etc., ut in forma. Datum Avinione, III. kal. januari anno quarto decimo. (Clément VII, reg. 66, fo 201).

(1) De Joannis de Monsterolio vita et operibus, Parisiis apud E, Thorin, 1888.

48 EXTRAITS DES ARCHIVES DU VATICAN

XX VIII. JEAN COURTECUISSE.

Jean Courtecuisse, chancelier de l’université de Paris (1418), puis évêque de cette ville et ensuite de Genève, il mourut le 4 mars 1423, appartient à la même génération que Jean de Montreuil. M. Hauréau lui a consacré une bonne notice biogra- phique, à laquelle nous nous bornerons à renvoyer (1). La bulle suivante nous fournit un renseignement inédit sur la première

partie de la carrière de Jean Courtecuisse, assez obscure jusqu'ici.

Avignon, 4 juillet 1891.

Jean Courtecuisse est nommé chanoïne prébendé dans la cathédrale de Poitiers, à la suite du décès de Jean de Loubert,.

Dilecto filio Johanni Breviscote, canonico ecclesie Pictavensis, ma- gistro in theologia, salutem.

Litterarum scientia, vite ac morum honestas etc. Cum itaque cano- nicatus et prebenda ecclesie Pictavensis quos quondam Johannes de Loberto in ecclesia predicta, dum viveret, obtinebat per obitum ipsius Johannis, qui nuper apud sedem apostolicam diem clausit extremum, vacaverint et vacent ad presens…. Nos volentes tibi premissorum me- ritorum et obsequiorum intuitu gratiam facere specialem, canonicatum et prebendam predictos sic vacantes cum plenitudine juris canonici ac omnibus juribus ac pertinentiis suis motu proprio, non ad tuam vel al- terius pro te nobis super hoc oblate petitionis instantiam, sed de no- stra mera liberalitate apostolica tibi auctoritate conferimus....

Datum Avinione III non. julii, anno tertio decimo.

(Clément VII, reg. 61, fo 468).

(1) Hist. it. du Maine, ® édit., III, 148-176.

EXTRAITS DES ARCHIVES DU VATICAN 49

XXIX.

AMBROGIO TRAVERSARI.

Beaucoup d'auteurs ont écrit sur le bienheureux Ambroise, général de l'ordre des Camaldales et cardinal, mort près de Flo- rence le 21 octobre 1439, et pourtant personne ne semble avoir connu les deux documents que nous publions ci-dessous et qui offrent un intérêt considérable, non seulement pour sa biographie, mais pour l’histoire même de la papauté et de l'humanisme en Italie. Entré en 1400, à l’âge de 14 ans, au couvent des Ca- maldules de Florence, Ambrogio Traversari fut l’un des premiers italiens qui apprirent sérieusement le grec, et les longues années qu'il passa dans son monastère, avant de parvenir aux honneurs, furent employées par lui à traduire les œuvres des pères grecs; il ne négligea pas d’ailleurs complètement, tant s’en faut, les auteurs profanes, et il n'a pas été oublié par ceux qui ont écrit de nos jours l'histoire de l'humanisme (1). Nommé général de son ordre l’année même Eugène IV arrivait au pontificat (1431) il fut employé par le nouveau pape qui le nomma cardinal et lui confia des missions politiques et religieuses d’une grande im- portance. Ce sont des faits connus; mais ce qu'on a ignoré jusqu'ici, c'est qu'Ambrogio ait eu des rapports avec le prédé- cesseur d'Eugène IV, le pape Martin V. Ces rapports, que nous révèlent les deux brefs de Martin V qui suivent, sont à l’hon- neur de l’un et de l'autre, et nous font voir le souverain pon- tife sous un jour assez nouveau. Le nom de Martin V est à peine

(1) Voyez notamment Georg Voiar, Die Wiederbelebung des classischen Alterthums, oder das erste Jahrhundert des Humanismus, édition.

MÉLANGES D'ARCH. ET D'HIST. IV° ANNÉE 4

50 EXTRAITS DES ARCHIVES DU VATICAN

mentionné dans l’histoire littéraire de son époque; Tiraboschi rappelle que diffèrentes universités italiennes ont reçu des pri- vilèges de la chancellerie romaine sous son pontificat, mais rien, ajoute-t-il, ne semble indiquer que le pape ait pris personnelle- ment un intèrêt quelconque aux études littéraires qui font la gloire du quinzième siècle italien (1); ce n’est qu'avec Eugène IV que la papauté commence à jouer un rôle dans ce mouvement de renaissance qui, parti de l'Italie, a fini par entrainer l’Eu- rope tout entière. Telle est au sujet de Martin V l'opinion cou- rante, et le récent et si important ouvrage de M. Georg Voigt ne fait que la reproduire. Ceci étant, on comprendra tout l'in- térêt qui s'attache, sans que nous y insistions beaucoup, aux do- cuments que nous publions: Martin V lui-même encourage Am- brogio Traversari à poursuivre ses études grecques, et écrit au prieur du monastère des Camaldules de Florence pour que le la- borieux et savant moine et tous ceux qui seraient disposés à limiter ne soient pas troublés, mais au contraire protégés et soutenus dans leurs occupations littéraires. Ces deux brefs font grand honneur au pape qui les a écrits ou fait écrire: Pie IT lui-même n’eût pas mieux dit, du moins quant au fond, car il eût probablement mis plus d'élégance, voire de correction, dans la forme (2).

(1) Storia della lett. ital., tomo VI, lib. I, $ 26.

(2) Le notaire apostolique qui a copié ces deux brefs dans le regi- stre qui nous les a transmis a négligé d’en reproduire la date. Le bref qui les prècede immédiatement est daté de St Marie Majeure «kal. sept. pontaf. nostri anno sexto», c’est-à-dire du 31 août 1428; il est donc probable qu'ils sont de la même année. Toutefois il faut remar- quer que le premier bref daté qui les suive est de 1426 (année du pontificat).

EXTRAITS DES ARCHIVES DU VATICAN 51

I. Vers 1498.

Bref de Martin V adressé au prieur du couvent des Camaldules de Florence, l’invitant à favoriser de tout son pouvoir les travaux litté- raires d’Ambrogio Traversari.

Dilecte fili, salutem etc.

Si, secundum beati Hieronimi sententiam, sancta rusticitas soli sibi prodest, nulli dubium esse debet quin hi multum prosint in ecclesia Dei qui lumine scientie alios quoque conantur per doctrinam suam di- rigere in semitas mandatorum Dei. Neque enim fides nostra adeo per orbem terrarum diffusa crevisset contra perversas plurium hereticorum sectas atque opiniones, nisi fuisset doctissimorum hominum scientia et eruditissimorum virorum doctrina, qui non tantum sanctimonia vite quantum sapientie doctrina illorum perfidiam repressere. Sunt enim tan- quam candelabra lucentia in templo Domini ex quorum splendore ce- teri possunt ambnlare in veram lucem. Huic ergo rei qui student non sibi solum sed aliis proficientes et sacrarum scripturarum ministeria . jJuvantes ad suam ceterorumque utilitatem non deterrendi sunt ab 6o- rum laudando proposito aut molestandi, sed adjuvandi potius, hortandi ac etiam confovendi. Itaque, dilecte fili, recte et bene faceres et rem Deo acceptam si eos qui sunt in tuo monasterio avidi inherendi studiis sacrarum litterarum, quos nonnullos audimus esse, permiseris repleri hoc tam sancto cibo ad suam et reliquorum commoditatem. Dilectum vero filium fratrem Ambrosium virum utique doctum, quem sacrorum voluminum translationibus vacare intelleximus, nequaquam volumus per te ab hoc suo studio ac proposito modo aliquo impediri, sed adju- vari potius in hoc exercitio tam honesto. Est enim labor suus tum lau- dabilis, tum vero maxime utilis multis. Gratissimum ergo nobis facies si tanquam bonus parens gaudens virtute filiorum et fratri Ambrosio et aliis idem sequi volentibus ita prebebis te favorabilem ac benignum ut per humanitatem tuam facultatem habeant vacandi hujusmodi studiis: quod ut facias devotionem tuam plurimum in Domino exhortamur. Da- tum etc.

52 EXTRAITS DES ARCHIVES DU VATICAN

II. Môme date.

Bref de Martin V adressé à Ambrogio Traversari, l'encourageant à poursuivre ses traductions des Pères grecs. ;

Dilecte fui, salutem etc.

Scribimus dilecto filio priori tuo ut te, quem scimus intendere summo cum desiderio sacroram librorum lectioni ac translationi, minimum im- pediat quominus in hoc tam bono et laudabili opere possis perseverare, quod ob nostram reverentiam ipsum credimus facturum. Neque enim uberiorem fructum afferre potest hominibus industria tua quam grecos excellentissimos doctores, quorum scientia nobis est ignota, latinos fa- ciendo ex grecis, ut eorum doctrina, per quam ad celestia hortamur regna, nobis fiat nota. Utilia enim nobis cognita prodesse possunt, in- cognita nullam afferre possunt utilitatem. Volumus igitur et tibi pre- sentium auctoritate mandamus quatinus, prout laudabiliter cepisti, in solitis studiis et exercitio perseverans proficias in diem et gratiam quam tibi a Deo data est non sinas tepescere sed eam excites atque extollas, faciens illam tuam diligentiam aliis quoque communem, quod et Altis- simo gratissimum erif et gratissimum nobis.

Datum Rome etc.

(Reg. coté 359, fol. 14 et 15 r°).

En terminant la publication de ces extraits je tiens à remer- cier publiquement S. E. le cardinal Hergenroether et M. le pro- fesseur Balan de toutes les facilités de travail qui m'ont été ac- cordées aux archives du Vatican. Un mot de remerciment aussi aux modestes employés de ce vénérable dépôt, pour l’obligeance

LS

dont il ont toujours fait preuve à mon égard.

ANTOINE THOMAs.

BULLE RELATIVE A UNE ÉLECTION

DR

JACQUES DE ARENA À L'UNIVERSITÉ DE PADOUE

La Bulle qui suit porte le numéro LXI (folio 16, r°.) dans le premier Registre des Bulles de Nicolas IV. Elle est intéressante à la fois pour la biographie d'un jurisconsulte bien connu et pour l’histoire d’une école de droit non moins célébre. Elle ajoute une date nouvelle au peu de renseignements qu'on ait retrouvés jusqu'ici sur la vie de Jacques de Arena, et fournit quelques dé- tails sur l'Université de Padoue à la fin du XIIIe siècle.

On sait que Jacques de Arena, probablement à Parme, enseigna le droit civil à Padoue en même temps que Guido de Suzara, son ancien maître. Or Guido ayant quitté cette ville en 1266 pour n'y plus revenir, il est hors de doute que déjà à cette époque Jacques professait à Padoue. D'autre part, Di- plovataccius (1) prouve qu'il était encore à cette université en 1287. Neuf ans plus tard, il était professeur à Naples (2). Voilà les trois seules dates certaines qu'aient pu donner jusqu'ici les biographes de ce jurisconsulte. On croit qu’il enseigna en outre à Reggio et à Sienne, peut-être aussi à Bologne, mais on ignore absolument à quelle époque.

La Bulle qu'on pourra lire in-extenso ci-dessous est dabée du Juin 1288. L'élection de Jacques de Arena, dont il y est

(1) Cité par le p. Sarti. Savigny (Geschichte des Rümischen Rechts im Miltelalter, V, 399 et ss.) résume les’diverses biographies de J. de Arena.

(2) Origlia, Studio di Napoli, I, 167, cité par Savigny.

54 BULLE RELATIVE À UNE ELECTION

fait mention, avait eu lieu, il est vrai, en 1287, puisque la pé- tition des étudiants transalpins à la Commune de Padoue est du mois d'Octobre de cette année, mais la supplique de la Commune au pape est postérieure au 25 Décembre 1287, date extrême fixée par les écoliers pour le renvoi de leur professeur. Donc au commencement de l'année 1288, à l'époque cette supplique fut apportée à la cour pontificale, et même plus tard, quand la chancellerie apostolique y répondit, Jacques de Arena était en- core à Padoue. Il est vrai que l'expression cum petitiones ipse non fuissent adimplete, prise à la lettre, ne prouverait pas, à la rigueur, que la Commune eût maintenu Jacques dans sa chaire. Les écoliers exigeaient la révocation de leur professeur avant le jour de Noel de l'an 1287; la Commune pouvait la leur avoir accordée postérieurement à cette date sans les avoir relevés de leur serment. Mais s'il en avait été ainsi la bulle n'aurait pas manqué d'en faire mention. Sur ce point, pas de doute possible pour qui connait le style des bulles à cette époque. Il est donc permis d'affirmer que Jacques de Arena enseignait encore au moins en l'année 1288 à l’Université de Padoue.

À côté de ce renseignement notre bulle fournira d’autres détails à l'Histoire de l'Université de Padoue, sur les élections faites par les écoliers, sur la mésintelligence qui régnait parfois entre les étudiants du pays et les étrangers, les Citramontains , et les Ultramontains ,; sur l'esprit de corps qui unissait au contraire ces derniers puisque trois d'entre eux seulement ont refusé un serment qui pouvait entraîner de très-graves consé- quences; sur le grand nombre de ces étrangers dont le départ menaçait de ruine l'Université; enfin il est assez piquant de voir combien au XIII siècle déjà, les maîtres avaient des ménage- ments à garder avec leurs élèves.

ERNEST LanGLoïs.

BULLE RELATIVE À UNE ÉLECTION 55

Dilecto filio magistro Bovatino, Archipresbytero Ecclesie Paduane.

Petitio dilecti fil, Communis civitatis paduane nobis exhibita con- tinebat, quod in civitate ipsa de consuetudine obtinetur, quod doctores ibidem in civili jure regentes pro tempore a scolaribus in predicta ci- vitate insistentibus studio litterarum communiter eliguntur, et hujus- modi eorum electio per ipsius Communis consilium approbatur, Cum autem occasione electionis, que de dilecto filio Jacobo de Arena, juris civilis professore, a scolaribus paduanis, citramontanis videlicet et ul- tramontanis, in eadem civitate in discordia celebrate, inter scolares ipsos dissensio suscitata fuisset; quam quidem electionem, tanquam de per- sona ydonea, non absque utilitate studentium ibi, factam, consilium ip- sius Communis, prout ad eos spectabat, concorditer approbarat; pre- dicti scolares ultramontani, tribus ex eis tantum exceptis, mense Oc- tobris proximo jam elapso, juramento prestito firmaverunt, quod nisi dictum Commune, ante fostum Dominice Nativitatis proximo tunc ven- turum, infrascriptas petitiones eorum, quas Communi fecerunt eidem, videlicet, quod Florianus, bedellus generalis universitatum scolarium predictorum, dicere ambassatas rectoris et universitatis ultramontanorum scolarium eorumdem, idemque rector suum officium exercere circa ean- dem universitatem ultramontanorum non impedirentur per Commune prefatum, quodque memoratus Jacobus deberet a lectura ordinaria li- brorum legalium removeri, et remotus infra decennium nullatenus as- sumeretur ad illam, efficaciter adimpleret, ultra festivitatem beati Mi- chaelis Archangeli proximo futuram in civitate predicta causa studii nullatenus remanerent; ut post eorum recessum, infra déecem annorum spatium ad ipsius civitatis studium non redirent, neque super hiïis dis- pensationem per se vel per alium aut alios impetrarent, nec ea uterentur, si contingeret illam ab alio impetrari. Quare fuit nobis ex parte pre- dicti Communis humiliter supplicatum, ut cum petitiones ipse non fue- rint adimplete, dictumque juramentum incaute prestitum et minus licite videatur, et ex discessu predictorum ultramontanorum scolarium, si fieret, de civitate ipsa, noscatur tam Communi quam civitati predictis grave dispendium imminere, presertim cum ex hoc facile sequi possit dissolutio studii paduani, quam non esset dubium in non modicum de- trimentum rei publice redundare, salubre ac utile adhibere remedium super hoc de benignitate Sedis Apostolice curaremus. Nos igitur et in-

56 BULLE RELATIVE À UNE ÉLECTION

dempnitati dicti Communis et saluti dictorum scolarium ultramonta- norum ac utilitati publice volentes in hac parte paterna diligentia pro- videre, dilecti filii nostri Petri, Sancti Eustachii diaconi cardinalis, nobis super hoc cum instantia supplicantis, precibus inclinati, discretioni tue per Apostolicam Sedem mandamus quatinus, si est ita, juramentum pre- dictum ab eisdem scolaribus ultramontanis taliter prestitum auctoritate nostra relaxes, injuncta ipsis pro tanto eorum excessu penitentia com- petenti eosque ac ipsorum singulos denunties ad predicti juramenti observantiam non teneri, omnem notam sive maculam, si quam ex in- consulta prestatione hujusmodi juramenti forsitan incurrerunt, penitus abolendo. Ita quod nullum propter hoc eis vel eorum alieni possit im- pedimentum obici vel obstaculum interponi. Dat. Reate, Kalendis Junü, anno primo.

LES ARTS A LA COUR D'AVIGNON SOUS CLÉMENT V ET JEAN XXII

(D'après les registres caméraux de l’Archivio segreto Vaticano).

DEUXIÈME PARTIE (1) (1320-1334)

Nous avons borné la première partie de notre étude sur Les Arts à la Cour d'Avignon aux quatre premières années du pon- tificat de Jean XXII, nous arrêtant à la limite de l’an 1320. La seconde partie s’étendra jusqu'à 1334, jusqu'à la fin de ce pontificat, que nous n’avons pas l'intention de dépasser. Cette di- vision, irrégulière en apparence, qui prend d’une part quatre an- nées d’un règne, jointes à des témoignages incomplets sur celui de Clément V, et laisse de l’autre quatorze années non moins remplies que les premières, a besoin d’être justifiée. Jusqu'en 1320, Jean XXII s'appliqua surtout à adapter à ses besoins, au moyen de constructions nouvelles, de réparations, de décorations variées, l'ancienne demeure des évêques d'Avignon (2). Les pro-

(1) Voir les Mélanges d'archéologie et d'histoire etc., ITe année, fasc. 1er.

(2) L'eraploi alternatif des mots hospilium papale, palatium episco- pale et ailleurs palatium vetus, palatium novum nous avait d’abord fait supposer que Jean XXII commença en 1317 la construction d'un palais distinct du palais épiscopal, mais contigu à celui-ci et sur les terrains qui en dépendaient (voyez la première partie, loc. cit., pages 45 et 46). En avançant dans ce travail, nous sommes vite revenus de cette opi- nion: c’est la résidence même de l’évêque qui devint le palais officiel du souverain pontife; mais il en agrandit considérablement l’enceinte par l’acquisition de plusieurs propriétés particulières, et il y adjoignit

MÉLANGES D'ARCH. ET D'HIST. 1V* ANNÉE 5

58 LES ARTS À LA COUR D'AVIGNON

ductions des arts viennent se grouper, pour la plupart, autour d’un ensemble déterminé de constructions. En 1320, l'appropria- tion du palais papal est achevée; elle ne donnera plus lieu qu'à des aménagements de moindre importance. Mais l’activité des constructeurs et des décorateurs se porte sur les églises ou cha- pelles d'Avignon et des environs, sur les châteaux voisins, que leur qualité de fiefs de l'évêque met dans la possession immé- diate et personnelle du pape, à Châteauneuf-Calcernier, à Bar- bentane, à Noves, et surtout à Sorgues, qui nous arrêtera assez longuement au chapitre Peinture. Dans notre première partie, les documents se sont donc presque uniquement rapportés au palais épiscopal d'Avignon, ou ce qui revient au même, à la résidence pontificale de Jean XXII. Dans la seconde, ils appren- dront quelle impulsion fut donnée par ce grand pape aux monu- ments religieux et civils auxquels il s'intéressait dans son voisi- nage, à quels maîtres d'œuvres ou artistes il les confiait, et à quelles influences ceux-ci obéissaient dans leurs constructions ou leurs décorations ; le principal intérêt des travaux effectués au pa- lais même sera de révéler la succession des surintendants des bâ- timents de Jean XXII, lesquels étaient aussi ses architectes (ope- rarti).

Pour l'orfévrerie, les documents n’indiquaient pas une divi- sion semblable; mais nous avons cru devoir, pour ne point en faire une catégorie à part, les annexer chronologiquement à cha- cune des deux parties. Il ne sera pas malaisé, si on veut envisager la suite des articles relatifs à cette branche de l'art, avant et après 1320, de réunir par la lecture la rubrique orfévrerie de la

es corps-de-logis dont l'importance pouvait faire croire à un édifice nouveau. Sur les agrandissements parcellaires de l'emplacement du pa- lais pontifical on peut consulter la récente brochure de M. Duhamel, Les origines du palais des papes, Tours, 1888.

SOUS CLÉMENT V ET JEAN XXII 59

présente partie à ce que nous en avons dit précédemment: il n’y a pas d'interruption chronologique.

La seule remarque importante à laquelle les ouvrages d'or et d'argent donnent lieu, c’est que l'élément italien, complètement absent du domaine de l'architecture, de la peinture et même de la sculpture, se retrouve en ceux-ci avec une influence toujours croissante à mesure qu’on avance dans le pontificat de Jean XXII : et, bien entendu, nous n’entendons point parler des bijoux de fa- brication florentine que les marchands importent à la cour en même temps que des épices, des étoffes et des pierres précieuses, mais des pièces ouvrées à Avignon même, notamment de la rose d’or, largesse annuelle et précieuse de la cour romaine. A partir de 1309 elle était apportée d'ateliers anonymes de Toscane ; en 1328, pour la première fois depuis vingt ans, elle fut ciselée à Avignon par un orfèvre siennois, établi avec quelques compatriotes de- puis un petit nombre d'années, et jugé enfin assez habile pour mener à bien cette tâche délicate. Il n’y a pas sans doute à s'en étonner, car l'école d’orfévrerie siennoise a déjà acquis à cette époque un rang élevé et ses chefs une réputation étendue. Faut-il rappeler les noms d’Agostino et Agnolo dits de Sienne, élèves de Giovanni de Pise, de Lando di Pietro (1), qui fabrique en 1311 la couronne de sacre de l'empereur Henri VIT, d'Andrea d'Ogna- bene qui exécute en 1316 le beau devant d’autel de la cathé- drale de Pistoie? Mais la peinture n'était-elle pas aussi floris- sante alors sur les bords de l’'Ombrone et de l'Arno, non-seule- ment avec les grands chefs d’école Giunta de Pise, Giotto, mais avec leurs illustres disciples Taddeo Gaddi, Simone Martini, Duccio Capanna, les Lorenzetti et d'autres ? N'y avait-il pas des sculpteurs

(1) Voyez Milanesi, Documenti per la storia dell'arte sanese, t. I°", p. 230. Lando di Pietro était très probablement le père d’un de nos or- fèvres siennois établis à Avignon. Nous insistons plus loin sur cette question.

60 LES ARTS À LA COUR D’AVIGNON

comme Giovanni d’Arezzo et Andrea de Pise, l’auteur de la porte du baptistère et des religieux bas-reliefs enchâssés dans le cam- panile du dôme, à Florence? Cependant aucun de leurs élèves ne franchit les monts avec les nombreux personnages qui viennent d'Italie à la cour pontificale. Il y a lieu vraiment de douter que leur renommée soit parvenue à Avignon, tant on y met de soin, par système ou par goût, à n’employer que des représentants des vieilles écoles de France et d'Angleterre. On ne saurait trouver un motif à cette sélection entre les arts dans l'infériorité des or- fèvres de la haute France, dont l'organisation en confréries re- monte au temps de saint Eloi, et dont les chroniques, les inven- taires du XIVe siècle (notamment celui de Charles V) et les pièces trop rares conservées nos musées attestent la fécondité, l'habileté et le style. Nous livrons donc le fait aux commentaires du lecteur, sans en chercher nous-même l'explication décisive. Notre première partie contient un certain nombre de passages des registres caméraux cités in-extenso. Cela nous a semblé utile pour fixer sur le vif la physionomie de ces registres, attester la valeur de leurs témoignages et donner du relief à des détails in- téressants qui, seulement traduits et commentés dans notre texte, se seraient affaiblis ou perdus. Ici les citations jugées nécessaires ne figureront plus qu'en note; ce n’est plus sur les procédés de construction, les fournitures et couleurs destinées aux peintres, le mode et la quotité des salaires, tout cela restant à peu près comme dessus, qu'il convient d'insister: c’est sur le fait et la date pré- cise des ouvrages, le nom des maîtres, l'identification approxima- tive des lieux, la détermination aussi précise que possible de ce qui fut fait en architecture, en peinture, en ciselure, à la cour de Jean XXII, la sculpture n'étant représentée que par l'exécu- tion, très probablement postérieure à son règne, du tombeau mo-

numental de ce pape.

SOUS CLÉMENT V ET JEAN XXII 61

Architecture. I. AVIGNON. Palais papal.

En 1319, après trois ans de travaux presque continuels di- rigés par le surintendant des bâtiments Guillaume de Cucuron, le palais épiscopal était transformé et approprié à la résidence pontificale. Bien que des documents locaux, mis au jour depuis la publication de la première partie de ce travail (1), énumèrent les différentes acquisitions faites par Jean XXII pour élargir l'enceinte du palais épiscopal, il reste difficile de déterminer très exactement les limites de cette enceinte et, dans celle-ci, de fixer la place des appartements occupés par le souverain pontife. Pour la première nous j’avons tracée (2) graphiquement sur le plan du palais des papes actuel (planche IT), en nous aidant des indi- cations fournies par les pièces que cite M. Duhamel dans son travail, de passages des registres caméraux, et d'observations ma- térielles fournies par l’état des lieux. Elle partait au nord-est du point 1, englobant les bâtiments dits de Trouillas (3), qui ap-

(1) L. Duhamel, Les origines du palais des papes.

(2) Tracé approximatif; nous accepterions avec empressement les rectifications certaines que proposeraient les savants locaux. Nous em- pruntons ce plan, en y ajoutant quelque indications au travail intéres- sant de M. Duhamel.

(8) Il y avait anciennement un pressoir appartenant à la commu- nauté d'Avignon, trullatium communilatis. Au XIIe siècle il fut cédé au chapitre, qui y fit construire les habitations du doyenné. Domus Trullatii devint ainsi synonyme de decania Avinionis (salvo jure et do- minio domus Trullatii seu decanie Avinionis, 1308). Jean XXII ayant rattaché la majeure partie de ces constructions au palais épiscopal, on installe dans la domus Trulhacii divers services communs, écuries, dé- pôts de bois, etc. Il y avait aussi une turris Trulhacii dont la tour ac- tuelle de Benoît XII n’a fait que prendre la place. Le 2 mai 1324, Ar-

62 LES ARTS À LA COUR D'AVIGNON

partenaient et touchaiïent à la prévôté (domus prepositure) (1) de l'église de Notre-Dame, si même ils ne la constituaient pas. De elle se dirigeait à l’ouest vers le point 2, longeant la façade méridionale de l’église métropolitaine, puis descendait vers le midi, en 3, prenant dans l'angle ainsi formé l’église de Saint- Etienne, dont la façade regardait le couchant. C’est pour former cette limite occidentale et agrandir les dépendances pontificales au midi, de 3 en 4, que Gausbert Duval, mandataire de Jean XXIT et son vicaire général pour l'évêché d'Avignon, achète (2) de 1318 à 1322 un certain nombre de maisons, jardins, hôtels, cens éta- blis sur différents immeubles, et notamment toute la rue dite des Raynauds de Valréas ,, parce qu'ils y avaient leur hôtel, la- quelle rue devait être au midi et tourner un peu au nord-est dans la direction de la prévôté. En remontant enfin du sud au nord, de. 3 en 1, on trouvait successivement l’ancienne construction de l’au- mônerte, dans les dépendances de laquelle fut établie cette domus audientie dont il est assez souvent question dans ce chapitre, la façade du palais épiscopal proprement dit, et on aboutissait à Trouillas, les possessions de la mense épiscopale touchaient à celles du chapitre, à la prévôté, au doyenné, à la trésorerie (3).

naud Escudier touche 46 agneaux d’or «pro bardamento turris Trul- hacii in qua debent ligna reponi. » Tous cela était assez distinct de la résidence pontificale.

(1) L’annexion de la prévôté neuve et de l'aumônerie «cum hospi- tali, viridario, domibus et pertinentiis suis » au palais épiscopal est con- sacrée par une bulle du 13 décembre 1316 (Duhamel, loc. cit. pièces ju- stif. IT).

(2) Voyez le détail de ces acquisitions dans Duhamel, Pièces justif. V à XV.

(38) À l’orient et au midi s’étendaient de vastes vergers, possessions anciennes de l'évêché ou dépendances des prévôté et aumônerie nou- vellement annexées, que nous ne faisons pas entrer dans cette enceinte. Au surplus voici les confronts du palais au commencement du ponti- ficat de Benoît XII (1336), quand eurent lieu l'installation de l'évêché

SOUS CLÉMENT V ET JEAN XXII 63

Il était nécessaire de donner ces indications topographiques som- maires pour que le lecteur se reconnût dans la suite des con- structions, généralement désignées par leurs confins immédiats, effectuées sur cet emplacement pendant tout le pontificat de Jean XXII.

Quant au corps-de-logis spécialement occupé par le pape, ses familiers et ses serviteurs, ni les documents des archives d'Avignon, ni les extraits des comptes caméraux ne permettent de le fixer avec certitude. Contentons-nous de faire remarquer qu’il ne pouvait être sur l'emplacement des premières construc- tions de Benoît XII, en À cour de la Campane, en B chapelle, en C tour de Trouillas, dans la partie septentrionale de F et de F' cour intérieure et salles diverses (voyez le plan), car Benoît XII commença sa chapelle et sa tour en 1335, sans travail préalable de démolition, dont les comptes postérieurs porteraicnt témoignage ; il dut au contraire occuper la demeure de son prédécesseur avant l'achèvement de la sienne, très reconnaissable dans l’ensemble du palais des papes, et dont il ne prit possession officielle qu’en

dans le palais construit par Arnaud de Via et la définitive attribution du palais épiscopal aux souverains pontifes :

D'une part (au nord) l’église cathédrale, son cloître, la chapelle Saint- Jean (que Benoît XII venait de construire) et le cimetière dit de cor- tina existant entre les deux; d’une autre part, au nord-ouest et à l’ouest, les maisons du doyen et du sacristain d'Avignon et la voie publique; d’une autre part, au nord-est, les maisons de la prévôté d'Avignon dites de Trouillas; d'une autre part, à l’est, la voie publique par laquelle on va du puits de feu Guillaume Ameli à l'église cathédrale, incluses les maisons nouvellement acquises par le pape; d'autre part enfin, au sud et au sud-ouest, les maisons de Bertrand Gautier, des héritiers de Bertrand Raynaud et les voies publiques, incluses la « domus in qua tenetur au- dentia» et la maison de Perrin Bedel. (Arch. de Vaucluse, fonds de l'archevêché, Bullaire, fe» 95 et 26, publié par Duhamel, loc. cit. p. just. XVII).

Le texte latin n'indique pas l'orientation; nous l’avons restituée d’après les documents et le plan ci-joint.

64 LES ARTS À LA COUR D’AVIGNON

1341 (1). Ce fait, joint à des observations personnelles résultant de l'examen dans leurs basses œuvres de certaines parties du corps- de-logis oriental, telles que celles connues aujourd’hui sous le nom de la Glacière et de la Salle brûlée, laisse à penser que le palais proprement dit pouvait partir de ces points (en E, D sur notre plan) la façade étant tournée vers l’est, et s’enfonçer dans la direction de l’ouest, occupant les localités actuelles de la partie inférieure de la cour F, du corps de logis F” et du nord de la cour de Clément VI L. Remarquons à l'appui que celles-ci sont sur le même plan du rocher des Domps, facilitant ainsi une con- struction uniforme. Les édifices postérieurs de Clément VI et d'In- nocent VI s’enfoncent d’un étage à cause de la déclivité brusque du rocher, de telle sorte que leur premier étage est au même niveau que le rez-de-chaussée du palais de Benoît XII et de celui que nous attribuons à Jean XXII.

Du côté de l'ouest il devait arriver à peu près à la ligne de la façade de Notre-Dame des Domps, car nous verrons plus loin le palatium et l'église reliés par un système commun de défense dans lequel entre une tour de la Cloche (2). La porte principale de Saint-Etienne qui s’ouvrait à cet aspect avait être fermée par suite de l'annexion de cette église au palais, et du transport de son titre paroissial à l’église de Sainte-Madeleine (3). On re-

(1) Par la ratification de l’échange intervenu en 1336 entre l'évêque Jean de Cojordan et Benoît XII, échange qui assignait, comme nous l'avons dit, le palais d’Arnaud de Via à l’évêque et réservait au pape l’ancien palais épiscopal.

(2) Le mur à machicoulis qui règne aujourd’hui de la tour de la Campane à l’angle de N. D. des Domps n’a fait peut-être qu’en prendre la place. |

(8) Ce transport eut lieu en 1317, quand Jean XXII fit de Saint- Etienne sa chapelle privée. Après la ruine de cette chapelle, le vocable même en fut donné à Ste-Madeleine. Le catalogue des Bénéfices et cha- pellenies d'Avignon (Bibl. d'Avignon, mss. fonds Chambaud) appelle l'église Sainte-Madeleine «sancti Stephani seu sanctae Mariae Magda-

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connait encore, parait-il, les contreforts de cette église, dont la chapelle de Benoît XII devait bientôt prendre la place, dans la clôture nord du cloître inférieur F (1).

La tâche de Guillaume de Cucuron n'était donc pas, on le voit, terminée en 1319, puisqu’outre les travaux d'entretien, des annexes dans les dépendances successivement acquises de- venaient à tout instant nécessaires. Il fallait mettre le palais en état de défense, lui joindre une prison d'état, la turris came- rerum secretarum ,, à laquelle G. de Cucuron affecte, de 1320 à 1323, la majeure part des sommes qui lui sont allouées pour les

lenae ». Aujourd’hui Sainte-Madeleine est elle-même détruite, il n’en reste qu’un arc de voûte dans une maison particulière.

(1) Sauf l’auteur de la récente brochure que nous avons signalée sur les Origines du palais des papes, les savants qui se sont occupés du palais des papes se sont contentés, comme Viollet-le-Duc (Dictionnaire d'architecture, palais), d'affirmer que Jean XXII avait habité le pa- lais de l’évêque. M. Canron, dans sa notice sur Le palais des papes à Avignon (2° 6d. Avignon, 1875) place la demeure épiscopale au midi de l’église métropolitaine «sur l'emplacement des anciennes prisons et des ramples qui y conduisent.» Ces anciennes prisons, appropriées aujour- . d'hui au logement de l’archiviste départemental de Vaucluse, ne sont rien autre que le corps occidental de la demeure quadrilatérale de Benoît XII. Le pape, en le construisant, ne détruisit pas et tout au plus entama les édifices occupés par son prédécesseur. Il est donc raisonnable de placer ceux-ci un peu plus à l’est. Nous nous rencontrons sur ce point principal avec M. Duhamel. La quatrième vie de Jean XXII (Baluze, Vitae paparum Avenion., t. Ier, col. 178) dit bien que le palais était con- tigu à l’église métropolitaine, mais il faut entendre par qu’il en était fort proche, et relié peut-être à elle par une galerie ou un corps-de- logis qui ne constituait pas à proprement parler la résidence papale. L'occasion à laquelle l’auteur de cette vie donne ce témoignage ne permet pas d’ajouter grande foi à sa précisiom Le pape, lors de son élection à Lyon, aurait fait le serment de ne jamais monter cheval ni mulet que pour aller à Rome. «Il tint ce serment, car il alla en barque jus- qu'à Avignon, et ce fut à pied qu'il monta au palais; il n’en sortit en- suile que pour entrer à l’église majeure qui est contigüe au palais ». Rien n'est moins exact, nous savons qu’il se rendait souvent à Sorgues et dans ses autres résidences du voisinage.

66 LES ARTS À LA COUR D’AVIGNON

édifices (1). Cette tour a-t-elle été détruite en totalité? en peut-on retrouver les traces dans les basses œuvres de quelqu'une des tours actuellement existantes, de celle de Trouillas par exemple ou de la Campane? Rien ne nous fixe bien sur son emplacement. Les autres dépenses faites dans le palais n’ont pour objet que de menues réparations ou des détails d'aménagement intérieur. On trouve cependant des achats d'immeubles pour agrandir les dé- pendances du palais épiscopal (Reg. 41, fs 172 et 173).

Les derniers travaux de quelque importance auxquels les comptes attachent le nom de Guillaume de Cucuron furent des chapelles édifiées dans les églises d'Avignon par la libéralité du pape: en l'honneur des Anges et Archanges et de tous les Apôtres à N. D. des Domps. en l'honneur de saint André dans l'église paroissiale de Saint-Agricol. Il eut la satisfaction de ter- miner lui-même la première: le 24 décembre 1322 il reçoit un paiement pour les peintures exécutées dans cette chapelle, ce qui prouve que tout l'œuvre architectonique était dès lors complet. Les deux autres ne devaient être couvertes que par son successeur. Ce paiement du 24 décembre, qui s'applique aussi à un autel érigé en l'honneur de la sainte Trinité à N. D. des Domps, est le dernier attribué au premier architecte de Jean XXII (2). Tout

_ ce que les registres nous apprennent sur sa vie, indépendamment

de ses ouvrages, c'est que, originaire de la petite ville de Cucu-

(1) Reg. 41, 149 et reg. 53, passim.

(2) Voici le texte de ce paiement qui est décisif: « Die XXTITI2 de- cembris, pro picturis capelle Angelorum et Archangelorum, et pro muro mediano constructo in turri camerarum secretarum et lapidibus ibi po- sitis et cemento, et pro altari sancte Trinitatis constructo pro domino nostro in ecclesia B. M. Avenionis, tradidimus domino Guillelmo de Cucurono xzvi sol. x den. turon. gross. cum o rotundo, x flor. auri et vin den. turon. parv. »

En marge: «Ista est ultima assignatio facta domino de Cucurono. » (Reg. 54, $ 96).

SOUS CLÉMENT V ET JEAN XXII 67

ron (1) au pied de la chaîne du Grand-Luberon, par conséquent enfant du Comtat-Venaissin, il était prêtre (2), chapelain du pape, et qu'après être demeuré un peu plus de six années à son service (depnis le mois de novembre 1316) il mourait à Avignon en janvier 1323.

Quels étaient le mérite, le goût, le style de cet architecte inconnu, il est bien difficile de le dire aujourd'hui. Son œuvre principale, le palais de Jean XXII, est détruite ; les chapelles de N. D. des Domps et des autres églises ont fait place à des dé- corations plus modernes. Des principaux monuments civils ou religieux de ce temps auxquels il aurait pu contribuer, il ne faut compter que Saint-Agricol, le palais de Sorgues et l'édifice élevé par le cardinal Arnaud de Via, neveu de Jean XXII, transformé d'abord en palais épiscopal, puis en petit séminaire. Mais on ne voit nulle part que Guillaume de Cucuron ait participé à la construction de Saint-Agricol, sinon par cette chapelle de saint André dont il a été question plus haut, et à celle de la résidence d'Arnaud de Via, d’ailleurs considérablement modifiée à l’heure présente. Reste Sorgues, détruit au siècle dernier, et seulement appréciable par un dessin dont nous donnons le fac-simile. Quoiqu'il n’existe pas de témoignage formel, nous pouvons supposer qu'il a collaboré aux plans de ce château en sa qualité de surintendant des bâtiments du pape; mais sa part est trop incertaine pour qu'on puisse trouver à Sorgues de quoi caractériser son talent. Force nous est donc de ne formuler sur lui et les autres maîtres d'œuvres ses contemporains, connus ou inconnus, qu'une appré- ciation collective, laquelle trouvera sa place quand nous exami-

(1) Cucuron est aujourd’hui une importante commune du canton de Cadenet, dans le département de Vaucluse. (2) Reg. 37, {> 105. Au reg. 38 (f° 51 vo) il est appelé aussi Géraud.

68 LES ARTS À LA COUR D’AVIGNON

nerons la variété de style gothique rayonnant à laquelle appar- tiennent les édifices avignonnais de cette période.

Le successeur de Guillaume ne devait pas remplir plus de six mois la charge de surintendant des œuvres et édifices du pape. Son nom était Raymond Mezier. C'est le 4 février qu'il prend officiellement possession de son titre, en recevant un premier paie- ment de 50 florins pour les ouvrages et édifices à faire dans le palais épiscopal d'Avignon, chapelles et autres œuvres. à con- struire pour notre S. P. le pape , (1). Le 12 février il reçoit encore 50 florins pour couvrir la chapelle de tous les Apôtres à N. D. des Domps et celle de saint André à l'église de Saint- . Agricol (2); le 21 février, 50 florins pour l’œuvre de ces cha- pelles et les portals de N. D. des Domps. Quelques versements de 50 et de 100 florins s’échelonnent ainsi jusqu’au 24 juin pour la chambre de Mgr le Cardinal (3), pour réparer et bi- tumer les terrasses, pour faire un plancher ou un mur de refend (meianum) dans la tour de la Cloche’ (4), et pour l'œuvre du fourneau et de la grand-cour , (5). Il meurt à son tour, au com- mencement de juillet, et c'est Pierre Audebert qui le remplace.

La charge de celui-ci fut tout-à-fait intérimaire. Dès le 14 juillet de la même année, c’est entre les mains de maître Àr-

(1) Reg. 54, # 100.

(2) Reg. 54, ibid.

(8) Sans doute Arnaud de Via, neveu du pape, promu cardinal diacre du titre de saint Eustache le 24 juin 1317.

(4) Il est très raisonnable de penser que cette tour de la Cloche «turris Campane », était sur l'emplacement actuel de la tour de la Cam- pane, construite par Benoît XII (voyez plus loin). Peut-être même celui-ci ne fit-il que surélever un ouvrage que son prédécesseur aurait assis sur le roc, à l’extrémité nord-ouest de sa demeure (voyez le plan). L'appareil de la base de cette tour est en effet différent de celui du sommet et certainement plus ancien.

(5) Reg. 54, 100. Le dernier versement de 40 florins est affecté aux frais des peintures des chapelles etc. (20 juin 1323).

SOUS CLÉMENT V ET JEAN XXII 69

naud Escudier charpentier (fusterius) , que passent de pareils soins (1). Les travaux du palais d'Avignon, travaux de réparation plutôt que de construction, reprennent un peu d’essor; le déco- rateur et le charpentier ont plus à faire que l'architecte. Voici, à partir de son entrée en fonctions jusqu'à la fin du pontificat, les principaux ouvrages auxquels présida Escudier.

1323-1324. L'œuvre des maisons de Trouillas, sont installés des écuries et des dépôts de bois, les murs du verger qui leur confinait, la maison de l'ancienne prévôté qu’'habite Île cardinal neveu du pape (Arnaud de Via), unie autrefois à la mense épiscopale ,. Dans la partie supérieure du verger, Jean XXII avait réuni une ménagerie d'animaux exotiques. Aussi, le 4 dé- cembre 1324, Escudier reçoit-il 62 agneaux d'or pour la grande cage (domus) des ours; le 3 avril 1325, 40 agneaux d’or pour la cage (domuncula) du lion, et le 2 mai, 46 agneaux d'or, dont une partie est affectée à la réparation de la cage des autruches (2).

1325-1326. Réparations générales aux peintures de la salle du consistoire, du .“ studium , du pape et du portail de l'église métropolitaine (3); on couvre aussi de peintures nouvelles la grande salle du palais; c'est Arnaud Escudier qui est chargé de la

(1) 14 juillet 1823. « Tradidimus Petro Audeberti, qui post mortem dicti magistri Raymundi Mezerii supraintenderat operibus domini nostri in palatio episcopali ..... XXVII s. 1 den. tur. gross. cum o rotundo, 1v den. obol. viennensium. (Reg. 54, 100). Dans un paiement suivant le palais est appelé palatium episcopale seu papale.

(2) Reg. 58, fv 164 et suiv. Plus tard (1827-1328) il y aura un cha- meau, des cerfs, et le gardien de la ménagerie sera un fonctionnaire régulièrement appointé (Reg. 84, fo 81 vo).

(8) Il est fort possible que les peintures qu'on répare au portail de l'6- glise soient celles dont on aperçoit encore aujourd’hui les traces informes, et qui, s’il faut en croire M. Viollet-le-Duc, lequel les a vues en meil- leur état il y a quelques années, accusaient une exécution différente

70 LES ARTS À LA COUR D'AVIGNON

surveillance et de la répartition des salaires. En sa qualité de fusterius domini papae, il est directement intéressé à cinq cham- bres nouvelles que lon établit tout auprès des appartements du pape (juxta hospitium domini nostri) (1), et à une grande chaire pour la chapelle du pape, laquelle lui est payée 31 sous et un denier de gros tournois plus 14 deniers tournois (2).

1327-1328. Réparation de la domus audientie (3) qui menace ruine: elle avait été bâtie seulement dix années aupa- vant par Guillaume de Cucuron (voyez notre première partie); de la prison des Bénédictins d'Avignon, qui servait probablement de prison ecclésiastique. Trente-cinq escabeaux sont achetés pour la chambre du pape, des créneaux de plâtre sont dressés sur la plate-forme du palais. Nouvelle réparation à la maison de Trouil-

du style italien du XIV® siècle et une date antérieure. Les autres re- ehampissages ne rentrent pas absolument dans le domaine de l'art.

(1) Reg. 70, fes 90 et suiv. Le 25 novembre 1325 il touche 282 agne- aux d'or pour ces divers travaux; le 19 mars 1326, 82 agneaux d'or 24 sous viennois pour la réparation des chambres qu’habite Arnaud Duèze (vicomte de Caraman et neveu du pape par son père) et de quatre nou- velles chambres supérieures avec leurs peintures et leurs soffites; le 29 juillet, 530 florins d’or et 82 agneaux d'or 14 sous viennois, pour d'au- tres chambres encore, entre autres celle de monseigneur P(ierre) de Villemur, etc.

(2) 24 juin 1326. (Reg. 70, 85). Le 8 avril 1327 Bernard de Cossarges, « fusterius », exécute aussi pour le pape une chaire pontificale en bois sculpté, destinée à la chapelle de Saint-Etienne (Reg. 81, 50).

(8) C'était le palais se tenait le tribunal ecclésiastique qui fut plus tard appelé la Rote (et peut-être aussi le siège des bureaux de la chancellerie). Les juges de ce tribunal s’appellaient et s'appellent en- core auditores. Rappelons que par la bulle célèbre Ratio juris eæigit, promulguée en 1826, l’année précédente, Jean XXII réorganisait ce tribunal, en réglait les attributions et fixait les jours auxquels les au- diteurs se devaient rendre ad palatium. Ces mesures lui ont même valu à tort l'honneur de l'institution première de ce tribunal qui, nous le vo- yons, ne s'appelait pas alors la rofe, mais l’audientia. (Voy. Moroni, Dizionario di erudizione etc., vol. XXXII, uditori di rota).

SOUS CLÉMENT V ET JEAN XXIL 71

las (hospitium Trulhacit) qu'habite le cardinal neveu du pape (voyez plus haut) (1). Reprise générale des cloîtres du palais avec gargouilles et piliers neufs (9 octobre 1328). Achèvement de chapelles à l'église Saint-Etienne (2), de chambres, de la do- mus draperie: celle-ci est l'edificium penoris dont 1l a été question dans notre première partie (18 décembre) (3).

1329-1330. L'année 1329 n'offre rien d’important à si- gnaler. En 1330, le clocher et la façade de l’église d'Avignon sont

+

munis d'un système de défense, qui faisait suite à celui qu'on

s

avait appliqué à l'habitation du pape. Au-dessus et à côté du clocher (supra et juxta cloquerium) on bâtit trois gachilia (4), c'est-à-dire trois tours de guette crénelées, trois gâches, comme on dit dans le pays (9 mai 1330). Ces modestes fortifications sont complétées en décembre 1331 par une logette (camerula) sur le pont-levis de la porte principale du palais, propre à con- tenir des gens d'armes. En août on élève un escalier et une

(1) Reg. 84, f 55. A la même époque figure l'achat d’une maison dans la rue Crose pour l’établissement des écuries et fenils pontificaux. Nous laissons aux érudits de Vaucluse le soin de déterminer si cette rue n’est pas celle qui a pris plus tard le nom de rue palapharnerie (Consulter Achard, Dictionnaire des rues et places d'Avignon, p. 118).

(2) D'autres travaux sont exécutés en diverses églises d'Avignon; il en sera question plus loin. Nous mentionnons ici Saint-Etienne, parce que cette église faisait pour ainsi dire partie de la résidence papale.

(3) Reg. 92, f 52.

(4) Reg. 98, fo 76-77. Ils sont établis, ajoute le registre, «in taula- mento dicti cloquerii pro deffentione hospicii dominii nostri », et ils coû- tent, « cum gradariis duobus et hostiis positis in camera deffensibili super portam,» 89 livres 10 sous 9 deniers.

Il est inutile d'ajouter que rien n’en existe plus aujourd’hui. Dans les dessins que M. Viollet-le-Duc donne du palais d'Avignon et du pa- lais des archevêques de Narbonne, contemporain de celui-ci, au mot palais de son Dictionnaire d'architecture, figurent plusieurs de ces ga- chilia, très usités au Ve siècle.

792 LES ARTS À LA COUR D’AVIGNON

tribune contre le mur du palais (1). Le total de tout le chapitre ne monte qu'à 24 florins et quelques livres de gros tournois.

1331-1332. En janvier 1331 on travaille à côté du tri- bunal de l'audientia, à la construction d'un tribunal des con- tradictoires (edificium audientie contradictarum). Maçonnerie de l'œuvre, construction du mur contigu à la trésorerie ,, char- pente, couverture, ferrure, Arnaud Escudier pourvoit à tout, et, comme jadis Guillaume de Cucuron, il reçoit toutes les sommes pour les répartir ensuite en salaires (2). La grande salle du cou- vent des Bénédictins, probablement voisin du palais (3), est ré- parée aux frais du pape moyennant 50 livres de couronnés (24 dé- cembre 1332) (4).

1333-1334. Pendant l'année qui précéda sa mort, Jean XXII poursuit sur plusieurs points les travaux d'aménagement du palais un moment interrompus. En octobre 1333, il fait exhausser son cabinet d’études (séudium), la chambre il se tenait ordinaire-

(1) Reg. 108, b9 ve.

(2) Reg. 108, 69. Le tribunal des contradictoires fut institué pour recevoir toutes oppositions contentieuses aux bulles du pape, touchant la qualité du juge, le lieu de juridiction, et autres difficultés que sou- levait la provision obtenue du pape. Sous Jean XXII il se composait d’un auditeur, d'un correcteur et d'un procureur. Plus tard il y eut avec un auditeur et un correcteur, deux lecteurs, deux notaires et qua- torze procureurs. On lui attribua toutes les affaires publiques de ré- vision, de lettres de justice ou de pure grâce, dans lesquelles les ju- gements ou les exécutoires étaient rendus avec la clause vocatis vo- candis (Voy. Moroni, Loc. cit. vol XXXII, p. 187).

(8) Ce n'était pas libéralité pure, le pape entretenait au couvent de Saint-Benoît certains services. Nous avons vu qu'il y avait une prison. Un texte manuscrit du cartulaire des Statuts, à la bibliothèque d’Avi- gnon, cité par M. Viollet-le-Duc dans son article sur le palais d’Arvi- gnon, indique un cimetière de St-Benoît, situé près des paturages qui entouraient le rocher des Domps.

(4) Reg. 120, 65.

SOUS CLÉMENT V ET JEAN XXII 13

ment (13 octobre) (1). En novembre et décembre, on creuse à une grande profondeur les souterrains (2) du garde-meubles, l'edificium penoris in quo tenentur panni. À la fin de 1334 il est couvert et achevé.

Toujours préoccupé de rendre le palais défensif, il construit, en avril 1334, deux grands arcs entre la grande porte et le mur du palais (3). En mai, les anciens créneaux de plâtre de la plate-forme supérieure sont remplacés par des créneaux de pierre. En juin et juillet enfin, on perce de grandes fenêtres dans la petite salle qui est devant La chambre du pape et dans le mur de la chapelle.

Ici s'arrête le témoignage des registres en ce qui concerne les édifices, car pour la deuxième partie de l’année 1334, qui occupe un registre distinct, les f5 41 à 48, relatifs aux orne- ments, aux livres et aux édifices, ont été enlevés.

On sait que Jean XXII mourut le 4 décembre 1334; Be- noft XII, son successeur, fut couronné le 20 du même mois. I n'entre pas dans le cadre de ce travail de dresser l'historique des constructions de Benott XII sur les terrains que l'évêché d'Avignon possédait ou que Jean XXII avait successivement acquis autour de Notre-Dame des Domps, dans l'enceinte du palais apostolique , (4). Qu'il nous suffise d'affirmer textes en mains que, contre la commune croyance, il ne détruisit point dès l’abord l'habitation de son prédécesseur pour fonder la sien- ne (5). Il est bien vrai qu’à peine installé il construit et pour-

(1) Reg. 137, À 76.

(2) Crotae: caves autant peut-être que souterrains.

(3) Reg. 137, fo 77. Avec un mur et un binetus dans le grand garde- meubles, ils coûtent 111 livres de couronnés.

(4) «In hospitio apostolico Avenionensi ».

(6) Cette opinion ayant été jusqu’à présent admise universellement,

MÉLANGES D'ARCH. ET D'HIST IV° ANNÉE 6

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suit rapidement des fabriques nouvelles; mais ce ne sont point des chambres pour lui et ses famihiers, des salles de réception ou de consistoire: pour ces usages les édifices récents encore de Jean XXII lui suffisent. Dès le 3 avril 1335, c'est une tour et une chapelle de novo construenda in palatio predicto , que l'architecte Pierre Poisson, de Mirepoix, se met à élever. Ce Pierre Poisson est le premier en date des architectes qui ont contribué à l'érection du palais actuel, et l'unique maïtre des œuvres du pape Benoît XII (1).

Quoique l'orientation de la chapelle et de la tour ne soient pas indiqués, il est certain que celle-ci est la tour de la Cam- pane (voyez le plan), bâtie peut-être sur les fondations d'une tour de la Cloche (ou de la Campane) qui avait été déjà l'objet des soins de Jean XXII. Cette tour, disent les articles du compte, joignait l’ ancienne trésorerie , ; elle était voisine par consé- quent de cet hospitium audientie, de cet hospitium audientie contradictarum, dont il a été question plus haut, lesquels con- finaient à la trésorerie (2). Il est possible que, quelqu'un de ces corps-de-logis accessoires ayant être mis à bas pour l’œu- vre nouvelle, on ait pour cette cause attribué à Benoit XII, dès

nous renvoyons seulement à la notice de Viollet-le-Duc dans son Dic- tionnaire d'architecture (v° palais) et à l’étude de M. Canron.

(1) M. Müntz, qui a examiné quelques uns des registres caméraux de cette époque, a fait dernièrement connaître à la Société des Anti- quaires de France le nom et les premiers travaux de ce maître (Voy. aussi le Bulletin monumental de 1882). Nous ignorions cette commu- nication quand nous poursuivions nous-même nos recherches; mais, ne les poussant pas plus loin, nous espérons que uotre éminent con- frère nous donnera bientôt des textes plus complets sur la suite des travaux de cet architecte et de ses successeurs. Ce Poisson (en latin Piscis) n’était pas le seul de son nom et de sa famille à se distinguer dans l’art de bâtir. Le 4 août 1335, Benoît XII envoie un Jean Poisson à Rome pour y réparer «la basilique des saints apôtres Pierre et Paul (SkPierre) et le palais papal (de Latran) » (Reg. 146, fv 118).

(2) Reg. 143, 102.

SOUS CLÉMENT V ET JEAN XXII 75

son avènement, la démolition du palais de son prédécesseur, dé- molition commencée peut-être dans le cours de ce pontificat, mais qui fut surtout imposée à Clément VI par l'exigence de ses plans grandioses. Quant à la chapelle, il n'y a pas le moin- dre doute ; c'est le beau vaisseau voté qui borne au nord l'en- semble des constructions du palais actuel, et s'étend, sur une ligne parallèle, le long de la façade méridionale de N. D. des Domps (1) sur l'emplacement de l’ancienne église Saint-Etienne, dont les murs sont en partie utilisés pour l'œuvre nouvelle. L'examen des lieux avait déjà révélé à Viollet-le-Duc que cette chapelle et les deux tours qui semblent la garder l’une à l'ouest, la Cloche, l’autre à l’est, Trouillas, étaient les premières parties construites du palais des papes actuel. Cette chapelle, demeu- rée longtemps en ruines, est aujourd'hui en voie de restaura- tion, et on y doit installer les archives départementales de Vau- clase. Sur l'enduit très dégradé des murs se voient encore quelques traces de peintures.

Cet édifice fut si rapidement conduit (en dix mois on y dé- pensa 12,000 florins d’or), que le 14 décembre 1335 on com- mençait à le peindre et qu’on tenait compte à maître Poisson des paiements qu'il distribuait aux décorateurs.

II. AVIGNON. Eglises diverses.

Jean XXII s’intéressa, dans Avignon même, à l'érection de plusieurs églises ou chapelles; indépendamment de l'impulsion qu'elles recevaient de la présence de la cour pontificale, de l'af-

(1) M. Canron (Le palais des Papes etc., 27) assigne à cette cha- pelle la destination ancienne de sacristie et de salle capitulaire de l'église métropolitaine.

16 LES ARTS À LA COUR D’AVIGNON

fluence des fidèles et des aumônes, le pape contribuait person- nellement aux frais de leur construction.

À la métropole de N. D. des Domps, comme nous avons eu l'occasion de le dire, deux chapelles furent construites en 1322 sous la direction de Guillaume de Cucuron, et couvertes au commencement de 1323 par les soins de Raymond Mezier. On y érigea la même année un autel en l'honneur de la sainte Trinité ; en 1323, on refit les portails de l’église.

À l'église paroissiale de Saint-Agricol deux chapelles égale- ment sont dues à Jean XXII, l’une dédiée à saint André, con- struite en 1322 par Guillaume de Cucuron, l'autre dédiée à saint Naufary en 1326, Pierre Audebert étant le maître des œuvres du pape. Ce saint Naufary (ou Nauphary), en latin Nau- farius, fort peu connu dans l’histoire, était un solitaire de Marcil- lac en Quercy, mort au siècle précédent et pour lequel Jean XXII, presque son compatriote, devait avoir une dévotion particu- lière (1). Ces deux chapelles sont aujourd’hui sous d’autres vo- cables. Les plus anciennes dédicaces de chapelles dont on con- serve le souvenir en cette église sont en effet celle de sainte Aure (1354), qui elle-même a perdu son nom, et celle de saint Michel (1355), qui l'a conservé (2).

Le 11 février 1325, le pape passa avec Bérenger Bermont, habitant de Noves, un contrat par lequel celui-ci s’engageait à construire dans l’église de Saint-Agricol une chapelle cum croseriis et vantura , en l'honneur de Dieu et des Saints, moyen- nant 185 livres viennoises, 50 livres étant payées d'avance (3). Ce Bermont est encore un de ces lapicidae qui, sans prendre le

(1) Très probablement il avait fait venir à Avignon de ses reliques, dispersées en 1793, quand Saint-Agricol devint le temple de la Raison. L'ensemble du corps de ce saint est déposé à Cagnac, dans l’église de Saint-Martin (Voy. Martyrologe universel, p. 516).

(2) L'abbé Moutonnet, Notice sur Saint-Agricol (Avignon, 1842).

(38) Reg. 58, 165.

SOUS CLÉMENT V ET JEAN XXII 17

nom de l'architecte, en avaient toute la science. L'église, com- mencée en 1321, était alors en voie de construction. Il est fort possible, et l'importance de sa dédicace le donnerait à supposer, que cette chapelle fût celle de l’abside, que la libéralité de Jean XXII, venant en aide à l'insuffisance des ressources de l'œuvre de la paroisse, prenait à sa charge d'élever. Mais cette abside a été détruite en 1612 pour cause d’agrandissement. Il est donc bien difficile de reconnaitre dans cet édifice remanié à tant de reprises, particulièrement au XV® siècle, les deux chapelles de Guillaume de Cucuron et l'œuvre de Bermont, à qui le pape n'avait confié cette tâche que parce que son vieux maitre des œuvres était mort, et qu'il ne tenait pas en égale confiance ceux qui lui avaient succédé dans ces fonctions, sans le remplacer. Ce qui est certain, c'est que ces constructions de chapelles, quelqu'importantes qu'on les suppose, ne permettent guère d'attribuer aux soins de Jean XXII, comme on l'a fait, l'entière construction du Saint-Agricol du XIV® siècle, c’est-à- dire les trois nefs telles qu'elles existent aujourd’hui, formant un carré parfait, moins le dernier arceau, la façade et l’agran- dissement du chœur, (1). Les sommes qu'il y emploie constituent sans doute une très remarquable contribution, mais non le fonds total nécessaire à l'érection d’un tel édifice.

Les libéralités aux églises des Carmes, des Augustins et des Frères Mineurs, que nous avons constatées dans notre première partie, continuent: c’est une chapelle construite en l'honneur de sainte Agnès dans l'église des Carmes, une autre en l’hon- neur de sainte Marie Madeleine dans l'église des Augustins (2);

(1) Moutonnet, Notice etc., p. 88. Les consciencieux érudits d'Avi- gnon pourront, mieux que nous, déterminer sur ces données la part du architectes délégués par le pape.

(2) Le 14 décembre 1324, pour ces deux chapelles, il paie à Jean Ledoux, « administrateur de l’œuvre de ces églises », 56 agneaux d'or.

78 LES ARTS À LA COUR D'AVIGNON

puis des subsides pécuniaires aux anniversaires de son couron- nement. C'est ainsi que, le 10 septembre 1333, 300 florins sont

répartis entre les operarit des Carmes, des Augustins et des Mineurs (1).

Le 10 novembre 1328, le pape alloue 10 florins et 50 li- vres de viennois pour la façade et l’échauguette (gachilis) (2) de l’église Saint-Jean. Il y avait alors deux églises ou chapelles de Saint-Jean; Saint-Jean-le- Vieux sur la place Pie, l'ancienne église des chevaliers Hospitaliers, et Saint-Jean de Rhodes près de Saint-Agricol, qui, appartenant aux Templiers, fut attribué lors de leur suppression aux chevaliers de Saint-Jean. Nous ne savons à laquelle s'adressaient ces réparations. Nous incli- nons plutôt pour Saint-Jean-le-Vieux, qui par les débris qui en subsistent encore semble mieux mériter le nom d'ecclesia que lui donne le compte, Saint-Jean de Rhodes n'ayant pas dé- passé les dimensions d'une chapelle (3).

Nous avons parlé de l'église Sainte- Madeleine, à propos de l'annexion de la chapelle Saint-Etienne faite à cette paroisse en 1317. Une contribution de 100 florins accordés par Jean XXII,

Le 24 février 1325, il leur assigne 25 gros tournois pour achat d’orne- ments (Reg. 58, fo 193).

(1) Reg. 181. L'église des Carmes ou Saint-Symphorien a été en- tièrement refaite, sauf les voûtes d’ogive des chapelles latérales; elle est située à l’est de la ville près de la rue Carreterie. De l’église des Au- gustins, peu éloignée de la précédente, il ne reste que le clocher, dans la rue de la Carreterie; la partie basse seule peut en être rapportée au XIV® siècle. Quant au couvent des Frères Mineurs ou Cordeliers, il a été transformé en collège, et c’est une portion réparée avec goût de la nef latérale de son église (où fut enterrée Laure de Noves), qui sert aujourd’hui de chapelle à cet établissement. Le reste est détruit.

(2) Dans le même registre (92, 75), le gachilis est appelé murus cum merlellis.

(8) Une partie de celle-ci est visible aujourd’hui, assez bien conser- vée, mais transformée en salle-à-manger de l'hôtel du Louvre.

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SOUS CLÉMENT V ET JEAN XXII 79

le 6 février 1331, pour la reconstruction de cette église met au jour le nom de deux operarii de la région, Rostaing de Mo- ricres et Guillaume d'Aramon (1) qui, en leur qualité d’archi- tectes de l'église, touchent cette somme de concert avec Ray- mond Pons, aumônier d'Avignon. Le souvenir et l'empla- cement de Sainte-Madeleine ne sont conservés que par une place

de ce nom.

Le seul édifice religieux d'Avignon auquel Jean XXII ait mérité d'attacher son nom, parce qu'il fut en entier construit par ses soins et à ses frais, c'est la chapelle de Notre-Dame du Miracle (2). Le chroniqueur Massillan raconte (3) qu'en 1320 un jeune garçon, accusé injustement par sa mère d'avoir attenté à sa pudeur et condamné à mort pour ce fait, fut miraculeuse- ment délivré de ses liens au moment il arrivait au lieu du

s

supplice, en adressant une fervente prière à une image de la Vierge Marie qui se trouvait là. Ce lieu était alors hors des murs de la ville, mais l'enceinte d'Urbain V l’engloba, et il devint voisin (et au dedans) de la porte Saint-Roch, au nord-ouest d'Avignon, à une très petite distance du Rhône (4). La chapelle que le pape éleva pour perpétuer le souvenir de ce miracle ne

(1) Reg. 108, # 98 vo. Morières, commune à l’est et dans l’ar- rondissement d'Avignon. Aramon, aujourd’hui chef-lieu de canton du Gard, est situé sur la rive droite du Rhône, à 18 kilomètres environ d'Avignon.

(2) Et non des Miracles, comme l’appellent la plupart des textes du XIV® siècle et des siècles postérieurs. Consacrée sous le vocable de N. D. du Miracle, ce ne fut que plus tard quand de nouveaux faits mi- raculeux vinrent accroître son prestige, que la voix du peuple l’intitula des Miracles.

(3) Recueil d'Avignon, t. IV. (Bibl. d'Avignon, mss.)

(4) L'emplacement de la chapelle, tout-à-fait disparue aujourd’hui, est marqué par l’ilôt de maisons que bornent les rues du Limas, Limasset, Grande-Fusterie et du Pont.

80 LES ARTS À LA COUR D’AVIGNON

fut achevée qu’en 1327. En 1328 on y posait des autels et des rétables (9 octobre et 18 décembre) (1); en 1322, un chœur de bois ouvragé; on construisait la même année un porche (appen- dicium seu porticus) devant le portail (2). C'est Pierre Audebert qui touche toutes les sommes et par conséquent doit être tenu pour l'architecte. A partir de 1332, la chapelle est achevée ; la bienveillance de Jean XXII ne se manifeste plus que par des faveurs pécuniaires et spirituelles et par l'établissement d’un certain nombre de chapelains (3).

Dans l'architecture religieuse de cette période (1320-1340), telle qu'elle se manifeste à Avignon et aux environs, dans les églises de Saint-Didier, Saint-Agricol, les Récollets, la Char- treuse de Villeneuve, le style gothique présente comme caractère dominant une simplicité un peu sèche, une extrême sobriété d’or- nements, mais offre, dans l’ensemble, de l'élégance et de la pu- reté. À l'extérieur, des contreforts sans arcs-boutants, montant jusqu'aux combles, et laissant entre eux des espaces égaux, de moyenne largeur, s'ouvrent des fenêtres en lancettes ordi- nairement divisées Saint-Didier par exemple) en deux étroites baies géminées, terminées en trèfle à leur sommet et surmontées d'un oculus en quatre feuilles. A l'intérieur, généralement l'arc

en tiers-point dans sa rigueur géométrique ; les nefs d'égale hau-

(1) Reg. 81, À 60, et reg. 92, f 62. Pour les premiers on dépense 148 livres de viennois; pour les seconds, 138 livres 10 sous 1 denier.

(2) Reg. 12, P 66 vo.

(3) Le 7 mars 1881, il donne aux chapelains 180 forins d’or pour l'achat d’un jardins clos et d’une maison sis près de la dite chapelle et appartenant à maître Louis de Pierregrosse (Reg. 108, fo 98 ve). Au- tres dons le 16 août et le 16 octobre 1382. A cette église fut annexée quelques années plus tard une maison de filles repenties:; Laure de Noves, femme d'Hugues de Sade, lui légua 60 sous, le 5 avril 13148. Quant aux chapelains, Clément VI, en 1344, fixa leur nombre à dix et mit un doyen à leur tête. (Massillan, loc. cit.).

SOUS CLÈMENT V ET JEAN XXII 81

teur, quand la grandeur de l’église en comporte trois; les pieds droits et leurs moulures se prolongeant d’un seul jet en dou- bleaux et en formerets jusqu'à la elef de voûte, sans différence de volume et sans solution de continuité à la naissance de la courbe des arcs, sinon parfois un anneau à peine saillant ou un étroit chapiteau de placage, assez semblables à ceux qu'em- ploie le style gothique du XIII siècle en Italie; les arcs ogi- ves et les dernières moulures des doubleaux et des formerets, qui n'ont pas de correspondants dans le pied-droit, se croisant et se perdant par pénétration sur ce pied-droit ou sur le mur latéral : tels sont, pour ne pas insister sur des détails qui nous entraîtneraient loin de notre sujet, les principaux traits distinc- tifs des édifices de ce temps à Avignon (1).

III. SORGUES.

Nous avons eu à signaler déjà dans notre première partie (2) la construction du palais papal de Sorgues qui, dans ce temps-là, se nommait Pont-Sorgues. Comme les châteaux de Barbentane, de Châteauneuf, de Bédarrides, de Noves, Sorgues était un an-

(1) Le monastère chartreux de Notre-Dame de Bonpas, au sud-est et à 11 kilomètres environ d'Avignon, sur la rive droite de la Durance, reçoit aussi les libéralités de Jean XXII. Le cloître tombait en ruines. Pierre Gautier, maître charpentier (et directeur des travaux), Gilles Bourgeois et Guillaume Fayseri, tailleurs de pierre, sont chargés de le relever moyennant 60 florins et d'y établir quatorze colonnes neuves de pierre (18 janvier 1333). Au 25 janvier de l’année suivante, l’abbaye de Bonpas était mise en état de défense par la construction d’une porte fortifiée avec meurtrières et mâchicoulis et d'un mur d’enceinte «com- prehensis portali, arcu, tueria et clausura dicte domus et camera supra portam », le tout au prix de 83 livres et 11 sous de couronnés. (Reg. 120, f 65, et 139, 76). Le monastère et l’église attenante, depuis longtemps ravie au culte, sont aujourd’hui transformés en fabrique de soie et mai- son de campagne.

(5) Voy. les Mélanges etc., II® année, fasc. Ier, p. 51.

82 LES ARTS À LA COUR D’AVIGNON

cien fief de l’évêché d'Avignon. J ean XXIT, qui les avait possédés comme évêque avant son élévation au pontificat, semble les avoir considérés comme le domaine immédiat des papes tant que ceux-ci résideraient à Avignon; ou plutôt il se tint lui, chef de l’église universelle, pour véritable évêque d'Avignon, et comme son ne- veu Jacques de Via qu'il avait nommé à ce siége mourut avant même d'être sacré, le 24 juin 1317, il ne lui désigna pas de successeur, se réserva personnellement (2x manus suas tenuit) l'administration du diocèse et chargea deux vicaires-généraux du soin du temporel et du spirituel. Sorgues offrait une heureuse position pour une habitation de plaisance sur la rive gauche de la rivière de Sorgues, traversée en ce point par un pont fortifié qui servait de communication à un important village. Jusqu'à ces dernières années on avait cru que le château papal élevé à Sorgues ne remontait qu'à Urbain V et à l’année 1364 (1). Notre confrère M. Müntz, dans une communication faite en 1880 à la Société des Antiquaires de France, a fait justice de cette erreur et constaté que, de 1319 à 1324, plus de 30,000 livres avaient été employées à la construction de ce château (2). En réalité c'est en 1317 que commencèrent les travaux, mais il est certain qu'ils furent poussés avec un redoublement d'activité quand les grandes

(1) Voy. Jules Courtet, Dictionnaire géographique, géologique, histo- rique, etc. des communes du département de Vaucluse (Avignon, 1877).

(2) Bulletin de la Société des Antiquaires, 1880, p. 217-218. M. Müntz cite la déclaration par laquelle Pierre de Aula ouvre le compte des sommes qu’il emploiera à Sorgues aux œuvres pontificales: «Anno Do- mini MCCCXIX, die XVI mensis septembris, ego P(etrus) de Aula fui missus ad Pontem Sorgie per venerabiles viros et dominos Ademar(um) Aurelii et Gasberum de Valle, thesaurarios domini nostri pape, pro cu- stodiendo palacio papali ibi de novo construendo, et pro solvendo ope- rariis ibi operantibus, et pro aliis solvendis et recipiendis pro dicto pa- lacio necessariis et solvendis. Et ego P. de Aula predictus recepi a dictis dominis thesaurariis, pro operibus et edifficiis et aliis rebus ne- cessariis pro dictis operibus dicti palacii faciendis, infrascriptas pecunie summas ».

SOUS CLÉMENT V ET JEAN XXII 83

œuvres du palais épiscopal d'Avignon se ralentirent. À partir de 1319 on y dépense la majeure partie des sommes affectées aux Opera et edificia. C’est le maître Pierre de Gauriac qui a la direction matérielle des travaux, et Pierre de Aula (1) qui, sous le nom d'admainistrator operum, est chargé de la répartition des salaires. Rien ne permet d’affirmer avec certitude que Guillaume de Cucuron ait collaboré aux projets et aux plans, car son nom ne se trouve nulle part dans les articles relatifs à la construction de Sorgues; c’est donc à Pierre de Gauriac qu’il faut en laisser l'honneur.

Les comptes sont très sobres de détails sur les salles succes- sivement construites. De 1319 à 1322 ils parlent seulement du palais papal et de la domus audientie (tribunal de la rote), qui était bien distincte du palais (2). En 1321-1323, on travaille plus spécialement à cette salle de l’audientia, aux cuisines et à la clô- ture du verger qui entoure le palais (3), et on commande une cloche à Geoffroy Julien, campanarius (4) (5 juin 1322).

On passe, dans le printemps de 1323, aux peintures de la

(1) D’après une communication bienveillante de M. Duhamel, archi- viste de Vaucluse, Aula ne serait qu’une variante d’Aulanum et dési- gnerait un village du département de la Drôme qui a donné son nom à la famille d’Aulan, actuellement encore existante. Pierre de Aula pourrait être un membre de cette famille. Identification plausible, mais que nous n'osons présenter comme certaine.

(2) Reg. 38, 40 et 41, passim. Le 30 octobre 1321, le roi Robert de Naples, sa femme et son frère Jean firent aux travaux de Sorgues, dejà avancés, l’honneur d’une visite (iverunt cum comitivis suis una cum multis alis nobilibus ad videndum edificia palatii papalis). Bernard de Puy-Doan et Guillaume Martin, chargés de les y accueillir, dépensèrent pour les frais de réception 211 florins d’or et 2 sous 4 deniers viennois (Reg. 41, f 156].

(3) Reg. 64, for 95-96.

(4) Celui-ci livre en même temps trois autres cloches pour les cha- pelles nouvellement construites à Bédarrides, à Carpentras et à Noves. Il reçoit pour le tout 146 florins d’or et 8 sous 3 deniers viennois (Reg. 41, f 161).

84 LES ARTS À LA COUR D’AVIGNON ù

chapelle et de la salle du consistoire. Nous en verrons plus loin le détail. Cette chapelle n’est terminée que deux ans plus tard, car c'est le 12 août 1325 qu’on paye à Bernard de Puy-Doan (1), écuyer, les 10 sous 9 deniers de gros tournois qu'a coûtés sa couverture (2).

Quand en 1324, après les morts successives de Guillaume de Cucuron et de Raymond Mezier et le court passage de Pierre Audebert à la surintendance des bâtiments, Arnaud Escudier eut été chargé de la surveillance de tous les travaux, c'est lui qui, au lieu et place de Pierre de Aula,-pourvoit aux réparations et à l'entretien de Sorgues, reçoit, le 28 août 1324, 25 florins pour les cloîtres de ce palais, et, le 30 septembre, 43 florins pour les peintures de la chapelle basse, oui fait enfin restaurer en 1325 les peintures de la chapelle (haute), de la grande salle et des cloi- tres (3). C'est une mesure de centralisation, car Pierre de Aula n’en reste pas moins attaché au service du pape, En 1326, nous le trouvons demeurant soixante-dix-sept jours de suite à Sorgues pour y surveiller la frappe de la monnaie d'or (voyez plus loin à l’article Monnaies).

La construction, l'aménagement et la décoration du palais peuvent dès lors être considérés comme terminés. Ils ne compor- tent plus la présence d'un operarius, mais seulement d’un gar- dien, custos, à qui incomberont toutes les réparations d'entretien. Ce gardien est le prêtre Jean de Labrosse. À partir du 18 mai 1327, 1l reçoit diverses subventions pour réparer la toiture du palais (4) couverte en dalles. Les comptes ne mentionnent aucun

(1) Nom traduit littéralement du provençal: de Podio-Doani. C’est très probablement aujourd’hui la localité dite Pouinoon, commune de Cavaillon, dépt de Vaucluse.

(2) Reg. 58, f 167.

(3) Reg. 70, for 90 et suiv.

(4) Le 18 mai, 8 livres de valois noirs « pro lausa necessaria » ; le 9 juin, 80 florins d’or; le 12 avril, 100 livres de viennois « pro lausis et reparatura tecti palatii Pontis Sorgie » (Reg. 81, fr 51-52).

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autre travail de quelque importance avant la construction d'un vivier (1333), auquel on consacre le 12 décembre, dans un pre- mier versement, 480 florins d'or (1).

Ce château de Sorgues, dont Jean XXII fit sa résidence d’été favorite, mérite une description sommaire. Détruit presque de fond en comble à la Révolution, :l n’en demeure plus aujourd'hui que quelques informes pans de murailles; mais trois dessins, exé- cutés pendant le siècle passé et conservés au musée d'Avignon (2), permettent de juger de ses: dimensions, de son style et de sa destination. Ce n'était ni un château fort, comme les résidences royales ou féodales de la haute France, Vincennes, Couey, Pier- refonds, ni une spacieuse villa d'agrément, comme le XV® siècle en Italie et le XVIe siècle en France en virent tant éclore. C'était plutôt un manoir, une maison des champs, les exi- gences de la défense, impérieuses à cette époque et sur ce point, étaient satisfaites, mais subordonnées à l'aisance de la vie privée, aux besoins spéciaux, aux services nombreux et pacifiques de la

(1) Reg. 139, f 76.

(3) Nous donnons (planche IIT) la reproduction du plus important, L'album in-4° ils se trouvent présente une très précieuse collection, exécutée au XVIIIe siècle, de vues et de monuments du Comtat-Venais- sin dessinés à la plume et rehaussés à la sépia ou à l’encre de Chine. Beaucoup de ces monuments ayant disparu à la fin du siècle dernier ou au commencement du nôtre, ces croquis à {a cavalière en donnent au moins une idée. Les dessins de Sorgues figurent sous les ne: de pagination 105, 107, 109. Il y a quatre vues du château et du village de Barbentane (fv 145, 147, 149, 151), et une vue de Bédarrides. Com- me Sorgues, Bédarrides semble n'avoir jamais été un château bien fortifié; au moins ce n’était au XVIIIe siècle qu'une maison de plai- sance, accostée aux angles de tourelles engagées, avec une seule tour couverte d’un toit. Barbentane au contraire se présente comme un ou- vrage de défense. Deux hautes et larges tours carrées, crénelées, pres- que accolées l’une à l’autre, la plus haute surmontée d’une tourelle d'observation (gachilis) dominaient le village, garanti lui même par une enceinte fortifiée. À en juger par le dessin, l’œuvre de ces tours rap- pelait assez la tour de Villeneuve, dite de Philippe-le-Bel, qui commande le Rhône en face d'Avignon.

86 LES ARTS À LA COUR D'AVIGNON

cour apostolique. Au reste le vieux château de Sorgues, con- struit au XII siècle par les comtes de Toulouse, subsistait en- core dominant le nouveau, amoindri peut-être et démantelé par les ordres d’Innocent IV, mais assez sûr pour que Jean XXII y établit son hôtel des Monnaies (1). L'architecte du nouveau, libre de son terrain, maître de son plan, n'ayant pas à raccorder son œuvre avec des édifices antérieurs qu’on tint à conserver, imprima à l’ensemble un caractère d'unité et de symétrie qui manquait aux travaux de Guillaume de Cucuron au palais épi- scopal d'Avignon, et qui fait défaut à l’imposante masse du palais des papes actuel. Le château était bâti à une faible distance de la Sorgue, qui coule en cet endroit du nord-est au sud-ouest, et sa façade principale suivait à peu près la direction de la ri- vière. Elle était donc orientée à l’ouest-nord-ouest, et les quatre façades, se coupant à angle droit, subissaient respectivement la même inclinaison sur le méridien. Mais, pour simplifier, nous ap- pellerons occidentale cette façade qui regardait la rivière, orien- tale celle qui lui était opposée, septentrionale et méridionale les deux autres.

Tout au bord une première clôture, armée de créneaux et de mâchicoulis, mais sans tours, était accessible par une porte fortifiée à la sortie du pont qui traversait en ce point la Sor- gue. A l'intérieur, contre cette clôture s’appuyaient à gauche les bâtiments des communs, parmi lesquels la cuisine se faisait re- marquer à sa haute cheminée pyramidale. Puis venait le châ- teau, composé de quatre corps-de-logis assemblés en rectangle parfait, reliés aux angles par quatre tours carrées engagées dans l’œuvre, surélevées d’un tiers sur la hauteur des murailles. Celles- ci, comme les tours, étaient défendues au nord et à l’ouest par

1) Le 2 février 1325, 50 agneaux d'or sont employés «pour les tra- vaux de l'ancienne demeure papale de Pont-Sorgues, se tient la cu- rie et se frappe la monnaie» (Reg. 58, for 164 et suiv.).

SOUS CLÉMENT V ET JEAN XXII 87

un système de créneaux et de mâchicoulis, et à l'est et au midi, du côté du village de Sorgues, autant qu’on en peut juger sur l’un de ces dessins purement pittoresques, par de grandes arcades en tiers-point appuyées sur des contreforts, comme au palais d'Avignon et à d’autres constructions contemporaines de la France méridionale. Une cinquième tour carrée, également engagée, com- mandait la herse de l'entrée principale, située au milieu de la façade occidentale, en face de la rivière et du pont; une tour de guette était à son sammet. Sauf sur cette façade, rarement et étroitement ajourée, les appartements étaient éclairés par d’as- sez grandes fenêtres rectangulaires à meneaux en croix. Au mi- lieu du château, une cour carrée entourée d’arcades. Sur cette cour qui servait de cloître, de promenoir couvert, s’ouvraient les salles et les chambres construites dans la partie intérieure du palais.

Quant à la distribution, le détail des paiements attribués aux peintres pour la déccration des grandes pièces offre des élé- ments qui permettent de la déterminer dans une certaine mesure. Sur ce détail, que nous indiquons plus loin à l’article Peinture, des hommes du métier pourraient sans doute esquisser un plan du rez-de-chanssée et du premier étage. Nous nous bornerons à dési- gner brièvement l'emplacement de quelques salles importantes.

À gauche et à droite de l'entrée, qui s'ouvrait au pied de la tour centrale, étaient les salles destinées au gardien et au po- ste des gens d'armes préposés à la défense, peut être aussi l’esca- lier. C'était la distribution habituelle, dans ces manoirs, du corps- de-logis d'entrée (1). À gauche de ceux-ci, dans la partie sep- tentrionale qui s’étend de la tour 1 à la tour 3, et s'avançant sans doute un peu sur la façade occidentale d’entrée au point

(1) Voyez dans le Dictionnaire de Viollet-le-Duc le plan du manoir de Xaintrailles (t. VI, p. 312).

88 LES ARTS À LA COUR D’AVIGNON

le dessin porte une assez haute fenêtre, du côté du cours de la Sorgue par conséquent, une grande salle d’apparat, dont la décoration rie coûta pas moins de 100 florins d'or. Dans l'aile qui regarde le midi, une autre salle voûütée d'arête, qui fut adaptée aux séances du consistoire et peinte en 1325 par Pierre Massonnier. Enfin, dans l’aile du levant séparée en deux par- ties longitudinales, l’une qui regardait la cour intérieure, l’au- tre qui faisait face au jardin, une salle dite orientale, servant peut-être aux repas, occupait toute cette dernière partie, tandis que le côté de la cour était réservé à diverses chambres de ser- vice. Voilà pour le rez-de-chaussée.

Pour le premier étage, point de données quant à la dispo- sition des ailes septentrionale et occidentale (les seules qui soient visibles dans le dessin). La chambre-à-coucher et le cabinet du pape étaient construits dans le corps du levant, entre les tours 1 et 2; et sa chapelle dans le corps du midi, qui communiquait avec le précédent par la tour 2, et qui contenait aussi, avec les chambres des chevaliers attachés à la personne du pape, celle de son neveu préféré le cardinal Arnaud de Via. Ces indications, tout incomplètes qu'elles sont, ont l'avantage d'être rigoureu- sement tirées des comptes de décorateurs qui seront spécialement étudiés plus loin (1).

IV. CHÂTEAUNEUF-CALCERNIER C'est Jean XXII qui fit élever à Châteauneuf-Calcernier, de- venu par cette résidence Châteauneuf-du-pape, le château qu’on

y voyait encore à la fin du siècle dernier et dont aujourd’hui il

reste au moins quelques ruines. Pendant la période de son pon-

(1) Reg. 87, # 100.

SOUS CLÉMENT V ET JEAN xXXxII 89

tificat que nous avons précédemment étudiée, le baile Hugues de Patras était le seul qui figurât dans les comptes pour rece- voir et répartir les salaires (1). À partir de 1319 son rôle de simple surveillant est bien déterminé, et l’on voit figurer à ses côtés un regens opera et edificia Castri novi, qui se nomme Raynaud Ebrard et porte le titre d’écuyer du pape, domicellus domini pape ,. Celui-ci est le véritable architecte (2).

À partir de juillet 1322 ils sont remplacés l’un et l’autre par le baile Guillaume Coste, lequel ne préside guère qu'une année aux travaux (operibus factis Castri novi), ce qui signifie sans doute que le palais était achevé en 1323. En 1332 cependant maître Pierre Gautier, charpentier d'Avignon, était envoyé en Ligurie pour y acheter des bois de construction destinés en majeure partie

aux châteaux de Barbentane et de Châteauneuf (3). (Reg. 120, fo 65 vo). |

V. NOVES.

Le château de Noves existait à l'avènement de Jean XXII. Si on ne fit que l'agrandir et le fortifier, nous ne pouvons nous

sd

attendre à ce que les comptes soient riches en détails. Il y avait pour Noves un registre spécial tenu par le clavaire Jean Aimery (4). Cependant le trésor pontifical, pro augmento et melioramento ,,

(1) Mélanges etc., année 1882, pages 48, 50, 51.

(2) Reg. 54, fes 95-96; reg. 58, f 51 ve. Il y a aussi au musée Calvet des dessins du château de Châteauneuf. Voyez plus haut p. 85 une note sur l'album qui les contient.

(8) Reg. 54, ibid. On trouverait peut-être le détail des frais d'entretien dans les registres intitulés: ÆExitus el introitus Comitatus Venayssini. Mais, dans cette série, les lacunes et les irrégularités sont encore plus abondantes que dans la série des Introitus et exitus camere.

(4) Voy. sur ce personnage et sur Noves notre première partie, loc. cit., p. 50-51.

MÉLANGES D'ARCH. ET D'HIST. IV® ANNÉE 7

90 LES ARTS À LA COUR D’AVIGNON

acheta un certain nombre de dépendances, domus et hospicia, turres, curtes, casales sive airales; et, parmi les aliénations con- senties le 21 juin 1322, il s'en trouve une faite au nom de la dame Laure de Noves par son procureur Bertrand de Loubières. Si on accepte pour la date de naissance de la Laure à qui Pé- trarque adressait ses Canzoni l’année 1308, adoptée par la plu- part des critiques, il est peu probable que ce soit d'elle qu’il s'agisse ici; mais 1l est fort possible que ce soit de sa mère, portant le même nom qu'elle (1).

Peinture et Sculpture.

Nous avons suivi pas à pas, dans la première partie, les pein- tures exécutées à Avignon dans le palais épiscopal, à la chapelle de Notre-Dame, au cloître de la terrasse, à la chambre du pape, à l’église Saint-Etienne, à la salle du consistoire, dans l’église de Notre-Dame des Domps, etc., sous la direction du Frère Pierre du Puy (2). Nous avons déterminé le salaire des ouvriers. Pareille

(1) En tout état de cause, nous citons ce document qui a son im- portance :

«Item procuratori domine Laure de Novis, videlicet Bertrando de Luperiis de Tarascone, pro tribus ayralibus sive casalibus sitis infra dictum fortalicium, solvimus nomine dicte domine de dicta summa v flor. auri » (Reg. 41, 173 vo). Ce Bertrand de Loubières consent aussi des aliénations pour son propre compte, moyennant 240 florins (ibidem).

(2) Nous rappelons qu'il faut écrire Pierre du Puy, et non Dupuy, comme l'ont fait déjà quelques écrivains, mettant en œuvre les rensei- gnements que nous avons donnés dans la première partie sur ce maître auparavant inconnu (Duhamel, Les origines du palais des Papes et Les architectes du palais des Papes, Avignon, 1882). Si de Podio était un nom de famille, on pourrait l'identifier Dupuy ; mais Pierre du Puy appartenait à l'ordre des religieux Mineurs, et on sait que ceux-ci quit- tent leur nom en entrant en religion pour prendre un prénom nouveau, auquel on joint, pour les distinguer des autres frères qui porteraient

SOUS CLÉMENT V ET JEAN XXII 91

tâche ne sera plus à remplir pour le palais d'Avignon. Les grandes œuvres sont terminées. À peine reste-t-il à les compléter dans quel- ques parties et à les restaurer lorsqu'elles se dégradent. Pierre du Puy demeure à la cour du pape avec son titre officiel et ses appointements fixes (1); il continue à être fourni périodiquement d’habits d’été et d'hiver (2); son nom figure sans interruption dans les Solutiones vadiorum jusqu'aux premiers mois de 1328, époque à la quelle il meurt. Mais sa direction et sa surveillance

le même prénom, la désignation de leur pays d'origine. Pierre du Puy avait reçu, en prononçant ses vœux, le prénom de Pierre, et il était originaire du Puy (en Velay?).

(1) Quoique Pierre du Puy reçût tous les mois ou tous les deux mois des appointements calculés sur la base d’un salaire journalier fixe, ces appointements bi-mensuels ne présentent pas toujours, en apparence, la même somme. Cela tient peut-être à la différence de longueur des mois, mais surtout à la diversité des espèces employées, au taux du change et à la dépréciation momentanée de certaines monnaies.

Il reçoit:

De septembre 1819 à août 1321, toutes les huit semaines, 21 florins 4 gros tournois 12 deniers viennois; sauf le dernier paiement, effectué en 22 sous 9 deniers de gros tournois cum o rotundo (reg. 38, 40).

En 1822-1833, toutes les huit semaines, 28 sous tourn. 4 deniers, soit 2 sous tourn. 11 deniers par semaine (reg. b4).

En 1893-1324, toutes les huit semaines:

28 sous 8 deniers de gros tournois cum o longo,

ou 20 florins 15 sous viennois,

ou 22 sous 8 deniers de gros tourn. cum o rotundo, plus 8 deniers viennois (reg. 57, fes 110 et suiv).

Enfin, voici les six solutiones de l'exercice 1326-1327 (reg. 81, f 70):

12 12 agneaux d’or 24 sous viennois;

2.4 15 florins d’or;

8.8 12 agneaux d’or 18 sous viennois;

. 48 12 agneaux d’or 10 sous viennois;

b.a 12 agneaux d’or;

6.2 11 agneaux d’or 24 sous 6 deniers viennois.

Ces différences des solutiones fournissent des renseignements qui ne sont pas à négliger pour établir la valeur comparative des nombreuses monnaies courantes, et pour apprécier les variations du titre des espèces et du taux de l’échange. (Reg. 38, 40, 54, 57, 81, 84).

(2) Reg. 40, fo: 198 et suiv.

92 LES ARTS À LA COUR D'AVIGNON

se portent sur un autre point; c'est la nouvelle résidence de Sorgues qui devient le rendez-vous des peintres et le centre de l'activité artistique pendant la seconde période du règne de Jean XXII.

Le 19 juillet 1321, Pierre du Puy vient donc à Sorgues pour y peindre les salles et les chambres du palais, en commen- çant du côté de la cour (reg. 37, 104), probablement, comme nous l'avons dit, dans le corps-de-logis oriental, mais à l’op- posé de la façade extérieure et par conséquent à l'exposition du couchant. Son rôle se borne à diriger: il a sous ses ordres des peintres expérimentés, parmi lesquels Pierre Massonnier, son bras droit au palais et aux églises d'Avignon, qui est ici chargé des achats de couleurs et d'accessoires et touche une paie quotidienne de quatre sous six deniers; puis Jean Olivier, que les comptes nous ont montré occupé en 1316 aux peintures du château de Noves, Jean Daussures, Jean Angles ou Langlois, Pons Dejo (ou Deio), Audrinet, Etienne Dalbo, Perrot Lenorman, Arinat.

Le 9 août, on passe à la salle orientale, laquelle dans le même corps-de-logis donnait sur la façade. D'autres peintres sont joints aux précédents, Aimery Celerier, J. du Pin (de Pinu ou Pino), Guillaume Vidal, Morel Buculhe, Thomas de Montpellier, Adé- mar de Valence, Perrot d'Agenais (ainsi dénommé pour le di- stinguer de Perrot le Normand). Ils y travaillent pendant tout septembre, avec quelques peintres nouveaux qui viennent grossir leur nombre, Pierre Bosquet, Aymar, Jean de Romans, Vincent, Damso de Brabant (de Braiban), Jean Lelo (Paiement du 6 sep- tembre, reg. 37, f°5 104 et 106). C'est dans cette partie du pa- lais, au levant, qu'était la chambre et le cabinet du pape: le 20 septembre on paye à Gilles Loparel d'Avignon, batteur d'or, 17 livres et 15 sous de viennois pour mille pièces de

SOUS CLEMENT V ET JEAN XXII 93

feuilles d'or et d'argent qu'on y applique (1). Il était naturel que ces appartements fussent les premiers ornés et rendus ha- bitables. La chapelle pontificale, dont nous parlerons plus loin, était dans l’aile méridionale qui regardait le village et commu niquait avec eux par la tour d'angle.

En même temps {23 août) on confiait à Thomas Daristot, peintre anglais, la décoration à prix fait (ad preffagium) de la portion du palais et de la salle qui étaient voisines de la Sorgue (a parte aque); cette salle occupait donc une partie de l'aile occidentale à gauche du grand portail d'entrée (voyez le dessin), et peut-être de l’aile septentrionale, qui regardait aussi la ri- vière, quoique moins directement que la façade de l’ouest. Dans le contrat conclu entre le peintre et Pierre de Aula, qui repré- sente le trésorier du pape (reg. 37, f°# 100 et 101), les condi- tions du travail sont très explicitement déterminées. C’est le Frère Pierre qui en indiquera la manière et la forme (2), c'est lui qui fournira les esquisses et les cartons et veillera à leur fidèle ré- production; mais Thomas Daristot paiera ses ouvriers et ses cou- leurs, et on lui fournira le bois et les clous des échafaudages. Pour le tout il lui sera compté 100 florins d'or, le florin va- lant 21 sous et 3 deniers viennois. Cette décoration fut achevée en trois mois. Le 29 novembre, le dernier versement de 25 flo- rins est effectué entre les mains de Thomas. Presque aussitot après (23 décembre), il se charge de peindre moyennant 20 flo- rins l4 salle de l'étage inférieur (aula a parte inferiore) qui est du côté de la ville , dans l’aile méridionale, avec les arcs da la voûte, les fenêtres et les piliers, le tout à la connaissance de Frère Pierre, , comme précédemment. IL reçoit d’avance 8

(1) Reg. 37, 108. Il est expressément spécifié que cette chambre et ce cabinet sont du côté du levant.

(2) « Juxta modum et formam datos per fratrem Petrum de Podio de ordine Fratrum Minorum, pictoris domini nostri», etc.

94 LES ARTS À LA COUR D’AVIGNON

florins, évalués au même taux que dans son dernier marché (1). Il se mit à l'œuvre, mais plus tard on voulut disposer cette salle- basse en consistoire; les travaux furent interrompus, et le peintre anglais s’employa à d'autres ouvrages.

Revenons aux maîtres que nous avons laïssés occupés, en sep- tembre, aux peintures des appartements du pape dans l’aile orien- tale. Y furent-ils retenus par l'importance de celles-ci, pendant octobre, novembre et les premiers jours de décembre? Quelques- uns d’entre eux aïidèrent-ils Thomas Daristot, dont les disciples et les ouvriers ne nous sont pas connus par les comptes et qui devait, aux termes de ses contrats, les choisir et les payer? Cela est possible. Le 24 décembre, nous trouvons Jean Lelo (ici de Leo), Jean Dalbo, Jean Olivier, déja nommés, puis 4r- naud Coste (2), Jean Belo, Raymond Borguiera, Jacques Lom- bard, travaillant, toujours! sous la direction de Pierre du Puy, à la chapelle du pape dans l'aile méridionale donnant du côté du village (3). C'était assurément le lieu qui exigeait le plus de soins et le plus de magnificence. Aussi achète-t-on du batteur d'or Loparel mille pièces d'or bruni sur étain pour les peintures de cette chapelle, le 23 décembre, et quelques jours plus tard, au mois de janvier, dix-sept-cents pièces d'or parti pour le même objet (4).

(1) Reg. 37, 101 ve.

(2) Un autre peintre du XIV® siècle porte le nom de Coste; c'est le Jean Coste qui se chargea, en 1855, d'exécuter pour le duc de Nor- mandie les peintures historiées du château de Vaudreuil (Bibl. de l'Ec. des Chartes, 2 série, t. I et IIT).

(3) Reg. 87, for 110 et 111.

(4) Voyez plus haut un achat analogue qui lui avait été fait le 20 septembre.

Philippe de Crussol, le 19 octobre 1821, achetait & Montpellier pour les peintures de Sorgues des couleurs et des fetilles d’étain doré, dont le prix monte à 104 florins d'or 9 sous 1 denier de petits tournois. (Reg. 41, 155 vo). Montpellier était alors, avec les villes toscanes, le

SOUS CLÉMENT V ET JEAN XXIL 95

La chapelle du pape étant achevée à la fin de janvier 1822 (du 24 décembre au 31 janvier), les mêmes maîtres passent aux chambres et aux salles voisines. Et voici comment les comptes les désignent (1) : la chambre du cardinal neveu du pape, les cham- bres des chevaliers qui composaient sa maison, la chambre de la tour près de la chapelle. Cette tour est sans aucun doute celle du sud-ouest, qui figure le plus à droite dans le dessin (n° 4) et porte visiblement une grande fenêtre à meneaux ; la chapelle devait lui être contigüe au midi. Puis viennent les tours croisières de lorient (n°5 1 et 2), enfin les cloîtres du palais. Il n'est pas une muraille qui échappe à leur infatigable pinceau. Le 31 juillet 1322, tout est achevé. [ls reçoivent à cette date leur dernier paiement, et le total des salaires de ces décorateurs s’élève à 877 livres 10 deniers et une obole de viennois, les travaux exécutés par maître Thomas Daristot n'entrant pas dans ce total (2). Deux ans plus tard, le 4 juillet 1324, Massonnier reçoit 40 florins à forfait pour dé- corer la salle méridionale du consistoire: sur ce marché il doit aussi peindre une toile (pannus) pour Saint-Etienne d'Avignon (reg. 57, f 84); et le 18 août on compte à Arnaud Escudier 50 gros tournois cum o rotundo, prix de diverses œuvres et pein- tures exécutées à Sorgues et principalement d’une * toile peinte d'images pour la chapelle , (reg. 57, ibidem). Ce n’est pas sans douleur que, lorsqu'on cherche aujourd'hui les restes de ce pa-

meilleur centre d’approvisionnement pour les objets finement manufac- turés, la cire, les lacs de soie des bulles, etc.

(1) Reg. 87, frs 111 à 118.

(2) Le 15 mai 1322, un certain nombre de tapis furent acquis du marchand Corboli. Le palais d'Avignon, ayant été abondamment fourni de tentures et d’étoffes d'ameublement pendant les premières années du pontificat de Jean XXII (voyez la première partie de cette étude), la majeure part de ceux-ci était sans aucun doute destinée aux apparte- ments de Sorgues. Il y en a vingt-cinq, dont vingt-deux ornés de roses rouges sur fond vert, et trois petits avec les armes du pape sur champ vert (Reg. 41, 161).

96 LES ARTS À LA COUR D’AVIGNON

lais de Sorgues se voyaient tant de belles choses, on trouve à peine quelques fragments de murs ruinés, que les habitants ont oublié d'utiliser comme matériaux de construction. Les mu-

railles et les peintures qu’elles portaient ont disparu comme leurs hôtes !

Sorgues décoré, Pierre du Puy retourne à Avignon, et nous le trouvons en octobre 1322 faisant réparer par trois maîtres les peintures du cloître de la terrasse et de la chapelle Saint- Etienne, peintures qui cependant n'étaient vieilles que de quatre ans. C'était, il faut le croire, des peintures à la détrempe ou à la colle sur un enduit de plâtre; à fresque elles n'auraient pas été si promptement dégradées, Pour ce travail on lui alloue, le 10 octobre, 6 livres 9 sous 6 deniers (1).

En novembre et en décembre (1322), il fait peindre par Pierre Massonnier (ce sont les propres termes du compte) cette chapelle des saints Anges à Notre-Dame des Doms qui fut le dernier ouvrage de Guillaume de Cucuron. Le peintre reçoit, y compris les achats de couleurs, 67 livres 17 sous 5 deniers et une obole de viennois (2).

C’est la dernière fois que Pierre du Puy, dont l’âge augmente et pour qui les responsabilités deviennent pesantes, figure en personne dans les contrats avec la charge de répartir les salaires. Soit à Sorgues, soit à Avignon, le trésorier du pape traite dé- sormais directement soit avec les surintendants des bâtiments, Raymond Mezier, qui ne fait que passer dans ces fonctions (com- mencement de 1323), et Arnaud Escudier, soit avec les maîtres eux-mêmes. Ainsi, le 14 juillet 1323, Massonnier reçoit pour le

salaire des maîtres qui ont peint sous ses ordres. les chapelles

(1) Reg. 53, f> 43-44. (2) Voyez à l’article Architecture, p. 68 le paiement du 20 juin 1323 «pro picturis capellarum» (Reg. bi, 100 vo).

SOUS CLÉMENT V ET JEAN XXII 97

des Apôtres et de saint André à Notre-Dame des Doms, et les couleurs employées, 21 sous 6 deniers de gros tournois cum o rotundo. En 1324, c'est encore Massonnier et Escudier qui seuls sont rémunérés pour les entreprises qu'ils ont dirigées ou véri- fiées au château de Sorgues (1).

Pendant les années 1325, 1326, 1327, 1328, les comptes ne mentionnent les travaux de peinture qu’à des intervalles éloi- gnés et d’une manière confuse, sans préciser des œuvres parti- culières exécutées par des maîtres nominativement désignés. Ce sont, en 1325-1326, les peintures de la grande salle du vieux palais ,, des chambres construites dans les portions neuves que Jean XXII annexait successivement à l'ancienne résidence épi- scopale, comme la chambre du clocher ,, les appartements d'Arnaud de Via (2), ete. On n’a affaire qu’à des ouvriers pein- tres en bâtiments. Question de métier et non d’art. Les regis- tres par leur silence savent bien, quand il y a lieu, faire la différence. Au mois d'août 1328, le Frère Pierre du Puy, qui avait veillé pendant plus de dix ans à la bonne exécution de toutes les décorations si modestes fussent-elles, si inférieur que fût l'usage des pièces auxquelles elles s’appliquaient (3), disparait,

(1) Voy. plus haut p. 84 et 95 (Reg. 57, 57 et suiv.).

(2) Reg. 70, f 90 et suiv.

(8) Depuis les découvertes, chaque jour augmentées, de débris de peintures murales exécutées par nos vieilles écoles du moyen-âge, de- puis les beaux travaux de reconstitution de Viollet-le-Duc, on sait que la peinture murale était alors universellement répandue. On sait aussi que toutes ces décorations, même les plus simples, dénotaient une par- faite entente des couleurs et des tons dans leurs rapports avec les lieux auxquels elles étaient adaptées, une harmonie dont les règles étaient traditionnellement conservées dans les écoles et qui n’ont été qu’im- parfaitement retrouvées de notre temps (voyez le Dictionnaire de Viol- let-le-Duc, Peinture). Il est bien certain que plusieurs de ces maîtres ne faisaient que suivre les indications générales de directeurs de tra- vaux comme Pierre du Puy, Massonnier, Daristot; mais, outre qu'ils contribuaient au bon effet du décor par l’habileté de leur main, il y

98 LES ARTS À LA COUR D’AVIUNON

comme nous l'avons dit, des Solutiones vadiorum. À partir de 1329, le nom des deux autres maîtres peintres Pierre Massonnier et Thomas Daristot ne se trouve plus qu’associé à des œuvres de mince importance. Le premier reçoit au 17 août 1329 un salaire de 23 livres et 12 sous de viennois pour l’ornement de deux chaires enrichies de couleurs, d'or et d'argent, de drap d'or, de clous dorés, etc., munies de peaux et de courroies; puis 7 livres 13 sous 6 de- niers de viennois pour la peinture de trois rétables de bois destinés aux trois autels de Notre-Dame-du Miracle, que le pape affection- nait particulièrement (1). En 1333, Thomas Daristot n’exécute que quelques peintures dans le cloître de la chapelle du pape (2).

Ici se terminent les œuvres de peinture qu'on peut rapporter au second des papes d'Avignon. Quoiqu'il y ait une lacune dans les registres de 1334 pour les six derniers mois de son ponti- ficat, il est vraisemblable que les jours qui précédèrent la fin d'un nonagénaire, affaibli par la maladie autant que par l’âge, ne se firent pas remarquer par un redoublement d'activité.

Nous avons déjà fait observer que, jusqu'à la fin de ce pon- tificat, l'élément italien est absent et comme systématiquement

avait toujours place dans le détail pour l'initiative individuelle; d’ail- leurs, dans notre ignorance de la contribution de chacun à la tâche com- mune, il vaut mieux les nommer tous pour n'être injuste envers personne.

(1) « Pro pictura duarum cathedrarum suprascriptarum, coloribus, auro et argento ibi positis, pellibus, corrigiis, finabriis, panno aureo, clavis deauratis et aliis ibi positis pro munitura earum, solvimus ma- gistro Petro Massonerii pictori xxuu lib. xix sol. vienn. in XV sol. VIT den. tur gros. cum o rotundo, 11 sol. vienn. »

« Item eidem pro repingendo cameram et fornellum domini nostri et aliqua in magna aula domini, et pingendo tria dossalia lignea posita in tribus altaribus capelle beate Marie de Miraculo, solvimus vu lib. xl sol. vi den. vienn. in v sol. 1 den. turon. gross. cum o rotundo x den. vienn. » (Reg. 92, fo 64:

(2) « Pro pingendo aliqua in claustro camere domini nostri, magistro Thome Anglico pictori xxu1 sol. coronat. » (Reg. 120, 67).

SOUS CLÈMENT V ET JEAN XXII 99

écarté des listes des peintres que nous avons fait connaître, alors que la plupart des provinces françaises, et même l'An- gleterre et le Brabant, s'y trouvent représentées. Ce fait permet de conjecturer et de se représenter, au moyen des peintures contemporaines qui existent dans le midi de la France (notam- ment la belle décoration du chœur de l'église de Saint Nazaire, à Carcassone), quel était le style de ces ouvrages. On peut trouver à Avignon même quelques traces de ce style traditionnellement conservé jusque vers 1350 (non sans mélange, il est vrai, d'inspi- ration italienne), dans les curieuses fresques de la Chartreuse de Villeneuve“lès-Avignon, nous savons par les comptes camé- raux que le peintre Simon ou Simonnet de Lyon avait tra- vaillé à côté de Matteo di Giovannetto ou de Matteo d’Arezzo.

Benoit XII semble avoir respecté la tradition et conservé ses faveurs à l'école française (1). Parmi les peintres qui sont appliqués, dès octobre 1336, aux peintures de la chapelle qu'il vient de faire construire en une année et dont nous avons parlé plus haut, la presque totalité des noms affecte une forme fran- çaise ou provençale. Cependant on voit déjà se glisser dans les rangs secondaires quelques vocables à physionomie italienne tels que Thorolino, Peyro (pour Piero) di Lipo (2). C’est l’a-

(1) I n’y a pas de verrier dont le nom figure dans les comptes de Jean XXII: mais celui de Benoît XII et celui de Clément VI étaient français. Le verrier de Clément VI se nommait Chrétien.

(2) Voici d’ailleurs les noms de tous ceux qui travaillèrent à cette chapelle en 1336-1337 (reg. 148, passim):

Jean Delbon Alen Breto(n)

G. Balofi Barto de Vannes Robin de Romans Raynaut

Dotho Jean Lecoq Jean Bertran Jacomi

P. Miquel Peyro Sigat

P. Boyer Phélipot de Lelo

Guiraut Rayssa Le Corsari de Mar (sic)

L] be

100 LES ARTS À LA COUR D’'AVIGNON

vant-garde de l'invasion des artistes toscans et siennoïs qui, remplaçant peu à peu l'ancienne école nationale, auront une part dominante dans la décoration du nouveau palais, surtout à partir du jour l’illustre Simone Martini sera venu se fixer

LS

à Avignon avec Donato son frère, en février 1339 (1).

Tombeau de Jean XXII.

Les plus précieux monuments de sculpture contemporains des premiers papes d'Avignon, qui subsistent encore aujourd'hui à peu près intacts ayant survécu aux dévastations révolution- naires, sont les tombeaux de Jean XXII et d'Innocent VI, le premier dans une chapelle fermée de Notre-Dame des Doms, le second érigé dans l’église des Chartreux de Villeneuve

Milo Lancelino Jean Fromatge Jacques Rayssa Symonet de Leo (de Lyon) Perot de Castres P. Massot B. de Marcela (de Marseille) Jean Carnali Jacques Guast Grelin de la Font G. Scot. Un peu plus loin: Nicolas d'Ambona Peyro (Piero) di Lipo Pierre Gobert Jacques Hengles (ou Langlois).

Nous conservons à ces noms la forme que leur donnent ordinairement les registres; il est aisé de rétablir ceux dont l'interprétation est in- complète ou incorrecte. C’est ainsi qu’Alen Breto est Alain le breton, que B. de Marcela est B. de Marseille. I1 en est qui sont tout-à-fait défigurés, et il faut, pour les identifier, être guidé par des mentions antérieures. Jean Delbon n’est autre que le Jean Dalbo (alias Dalbon, Delbo) qui travaillait à Sorgues douze quatorze annés auparavant. Ce Jean Delbon en sa qualité de directeur de l’œuvre, touche 24 sous par jour. L’échelle des prix s’abaisse graduellement suivant la capa- cité de chacun; G. Scot touche des journées de 2 sous et demi.

(1) Vasari, édit. Milanesi, t. Ier, p. 547.

4 » Ce + .

SOUS CLÈMENT Ÿ FT JEAN XXII 101

il demeura jusqu'en ce siècle, et déposé depuis sa restauration à l’hospice de cette ville. Nous n'avons pas à nous occuper de celui-ci, dont la date excède la limite fixée par nous-même à ces recherches. Mais une étude sur le mouvement artistique qu'a provoqué Jean XXII serait incomplète, si nous ne disions quel- ques mots de son admirable mausolée. Il est probable que celui-ci n’a pas été, contrairement aux règles d’une prévoyance dont on trouve de fréquents exemples dans l'histoire des pontifes ro- mains, exécuté du vivant de Jean XXII. Nos investigations dans ses registres de comptes et dans ceux de son successeur Be- noît XII, ont été infructueuses pour découvrir aucun détail important sur l’auteur, inconnu jusqu’à ces derniers temps, et sur la construction de ce monument, qui relève également de l'architecture et de la statuaire. C'est seulement dans un regis- tre de Clément VI (reg. camér. 237, 138), à la date du 10 octobre 1345, que nous avons eu la satisfaction de rencontrer une note établissant le nom du sculpteur et le prix auquel son œuvre lui fut payée.

Il y est dit qu'en vertu d'une convention passée au temps du pape défunt (Benoît XII) entre Jean (de Cojordan) évêque d'Avignon, alors trésorier du pape, et maitre Jean de Paris, celui-ci s'est engagé à exécuter le tombeau moyennant la som- me de 650 florins d’or; que 200 florins lui ont été payés depuis lors par Jacques de Broa, trésorier du pape; et qu'à cette date, 10 octobre 1345, ou complète l'acquit du salaire convenu par un versement de 450 florins, dont 70 florius de Piémont. C’est donc à cette époque seulement que le monument est achevé, mis en place, En supposant qu'il ait été entrepris l’année même de la mort de Jean XXII (1334), Jean de Paris n'aurait pas mis moins de onze ans à le composer et à l’exécuter. On ne s'en étonne pas trop, à la vue de ce chef-d'œuvre de marbre et d’albâtre, de cette com- position ingénieuse et compliquée cependant ni le goût ni

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l'unité ne font défaut, la merveilleuse dextérité du praticien ne nuit pas à l'harmonie de l'ensemble, et surtout à la pensée de ce qu'il était avant les dégradations du temps et des hommes, quand il ne comptait pas moins de soixante-quatre statuettes (1). Il n'y à plus aujourd'hui que les niches qui les contenaient, qua- tre à chacun des pinacles qui flanquent les angles du monument, et une série d’autres, sans profondeur, courant en galerie con- tinue sur le soubassement. La statue du pape a été brisée pen- dant la Révolution; on en a pratiqué une reconstitution falla- cieuse à l’aide d’une ancienne statue d'évêque, dont la tête mi- trée repose aujourd'hui sur le coussin destiné à soutenir l'image de Jean XXII.

Qui était ce Jean de Paris? Peut-on revendiquer pour Ini, à Avignon ou ailleurs, d’autres œuvres connues? Son nom se re- trouve-t-il dans les comptes? Il n’est guère possible de répondre aux deux premières questions. Il n'a pas été publié, que nous sachions, de texte étranger aux cameralia qui fasse mention d'un sculpteur de ce nom dans la première moitié du XIV® siècle. La taille de Paris pour 1313 porte bien un maître-constructeur du nom de Jean de Noyon, qui pourrait être Jean de Paris en Avignon; mais le registre porte aussi qu'en cette année 1513 ce Jean de Noyon n’a pu payer la taille, vu qu'il était mort (2). Quant aux ouvrages, il n'est pas téméraire de supposer qu'il participa avec ses élèves aux monuments funéraires ou décoratifs que les princes de l'Eglise érigèrent dans les églises d'Avignon, à Saint- Martial, aux Célestins, ainsi qu'au tombeau et à la statue du car- dinal Arnaud de Via, dont on voit encore quelques fragments dans

(1) Quelques-unes de ces statuettes décorent aujourd'hui, dans l’église Saint- Pierre, une jolie chaire du XV® siècle, dépouillée aussi hélas! des images sculptées pour elle.

(2) Nous devons cette communication à l’obligeance de M. de Mon- taiglon, si compétent pour l’histoire de l’art français au moyen-âge.

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la collégiale de Villeneuve. Simples conjectures, car dès lors une très florissante école de sculpture est installée à Avignon; les maîtres y sont vite remplacés par leurs élèves devenus maîtres à leur tour, ou par des étrangers qu'attire la certitude de tra- vaux importants et d’une rémunération magnifique. C'est un au- tre maître qu'on jugera digne, quelques années plus tard, d'élever la tombe de Clément VI à l'abbaye de la Chaise-Dieu (1).

Nos comptes parlent de Jean de Paris en un autre lieu. C'est : à l’année 1332 (2). Pour la fabrication d'un socle en bois sou- tenant une grande croix d'argent donnée par Jean XXII au mo- nastère de Notre-Dame des Chartreux à Cahors, sa patrie, il est payé 5 deniers de gros tournois à Jean de Paris, fusterius ,. Cette qualification prouve qu’il ne travaillait pas seulement la pierre, le marbre, mais le bois, qu’il possédait des qualités de constructeur et d'architecte inséparables au moyen-âge du titre de fusterius ,; de plus, la date constate qu'il était au service du pape dont il édifia le tombeau quelques années avant la mort de celui-ci (3).

(1) Il sera question de cet artiste dans une publication que nous préparons sous ce titre: L'église abbatiale de la Chaise-Dieu en Au- vergne, son fondateur, son architecte, ses décorateurs.

(2) Reg. 664, fo 84 vo. La cote numérique de ce registre, très dif- férente de celles que nous avons données jusqu'ici, est faite pour sur- prendre. En voici l'explication. Une portion du registre relatif aux an- nées 1331-1332 a été distraite de la série lors du classement et de la reliure des volumes. Après bien des recherches, nous avons trouvé cette partie, reliée à part, parmi des registres très postérieurs en date.

(8) Mentionnons pour ne rien omettre, plutôt qu’en raison de leur intérêt artistique, quelques modelages en cire, notamment deux images de 16 livres avec leurs tabernacles, et quatre torches de cire de 20 li- vres, acquis le h octobre 1332 de Pierre Agorne d'Avignon et placés dans l’église de N. D. des Doms. Prix: 4 livres 10 sous de couronnés. (Reg. 120, fo 72 vo).

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Orfévrerie, ornements, roses d’or, etc.

On ne saurait donner une idée complète du luxe d'or et d’ar- gent qui régnait à la cour du pape Jean XXII et de ses suc- cesseurs qu’en publiant in-extenso l’inventaire de toutes les ri- chesses du trésor pontifical, dressé en 1369, sous Urbain V, au moment le projet de retour à Rome était agité déjà dans les conseils du souverain pontife. Nous n’avons pu retrouver à l’Ar- chivio Vaticano l'inventaire qui dut être dressé à la mort de Jean XXII (1); mais il se trouvait dans le thesaurus antiquus, inventorié sous Urbain V, des objets précieux remontant règne par règne jusqu'au pontificat de Boniface VIII, et malgré des aliénations partielles, comme celles consenties par Innocent VI en 1358 (2), il est certain que ce trésor ancien contenait, à la date de cet inventaire, les principales pièces d'orfévrerie que les

(1) Il y en eut un dressé en septembre 1820 par Raymond Lascoutz, chanoine de Reggio, trésorier du pape, et par Jauffre Isnard, son cha- pelain. Nous en avons publié quelques fragments dans notre première partie (Archivio segreto Vaticano, Expense palatii apostolici, 1817-1337, fs 42 et suiv.). C’est probablement la date encore récente de cet inven- taire qui empêcha d'en dresser un autre à la mort du pape, en 18534. Aussitôt après La mort de Clément V, le 23 avril 1814, on avait dressé un inventaire détaillé de ses meubles, de son trésor, de l’argent mon- nayé, des documents d'archives. L’Archivio Vaticano possède également un inventaire d’Innocent VI (probablement de 1368), celui d'Urbain V dont nous parlons plus haut et des fragments de ceux de Benoît XII, de Grégoire XI et de l'antipape Clément VII. Le mémoire que nous adressâmes à l’Institut en 1882 consistait en une étude sommaire sur ces inventaires.

(2) Voyez dans la Revue archéologique d'avril 1882, le détail de ces aliénations, publiées par MM. Müntz et Maurice Faucon. Ces aliénations n'étaient pas motivées, comme on l’a pensé, par l'épuisement des res- sources financières du pape. Son inventaire montre qu'il avait en ce temps dans ses coffres des espèces diverses valant en monnaie d’au- jourd’hui environ vingt millions de francs,

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papes d'Avignon avaient fait exécuter, les parures de perles et de pierres précieuses qu'ils n'avaient pas distribuées, et le plus grand nombre des présents offerts au saint-siége pendant cin- quante ans par tous les rois et grands seigneurs de la Chrétienté.

Notre but n'étant pas de tracer le tableau des richesses de cette cour, mais de caractériser l'impulsion artistique qu’elle dé- terminait, ainsi que les manifestations et les progrès annuels de Part, et de mettre au jour le nom des artisans laborieux qui étaient les instruments de cette magnificence, nous nous bornons à signaler ce précieux inventaire aux archéologues de l’art mé- diéval (1).

Comme dans la première période, les objets sont ici rangés en deux catégories et viennent de deux sources différentes. La bijouterie fine, les anneaux, les pierreries, les couronnes, les re- liquaires, les croix d’argent, les roses d’or sont apportées de To- scane par maître Richo Corboli qui garde le titre de marchand suivant la curie romaine , jusqu’en 1330. Il meurt sans doute à cette époque, et c'est un Francesco Barrucei qui hérite de son titre et de ses fonctions. Les ustensiles, calices, aiguières, pla- teaux sont l’œuvre des orfèvres établis à Avignon; nous connais- sons déjà deux d’entre eux, le siennois Tauro et l’avignonnais Pérégrin. Cependant une évolution qui s’accentue chaque année davantage tend à faire passer entre les mains des orfèvres ré- sidents la fabrication d’un certain nombre des articles d'impor- tation. De nouveaux maîtres, plus habiles peut-être, sont venus se fixer à la cour à côté des anciens. C'est d'abord Jacobino di Jacopo (Jacobi) de Sienne, gendre de Tauro, qui apparait en 1323 chargé de la fabrication de deux calices d'argent doré. C’est en- suite Domenico di Jacopo (Menuchio Jacobi) de Sienne, frère ou

(1) En nous réservant toutefois dans cet inventaire le catalogue de la librairie d'Urbain V, dont la publication est prochaine.

MÉLANGRS D'ARCH. ET D’HIST. IV° ANNÉE. 8

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cousin du précédent, dont la première opération relatée dans le compte est l’exécution délicate de la rose d'or pour l’année 1328. Depuis l'an 1309, maître Tauro l'avait ouvrée pour la der- nière fois, ce Joyau, qui exigeait une fabrication plus délicate que ne la pouvait fournir l'art un peu grossier des maîtres avignon- nais, était apporté de Toscane par Corboli. On donnera plus tard à Domenico le titre d'aurifaber curie romane. Après la mort de Richo Corboli, la fabrication de tout ces objets en Avignon, la- quelle jusqu'alors n’était qu'une exception, deviendra la règle; et quatre autres orfèvres de la curie romaine, Richard Armand, Marco di Lando (Landi) (1), Bernardo di Feo (Fey), son élève, ces deux derniers de Sienne, enfin Jacopo di Pietro (Petri) de Plaisance, ouvreront les anneaux d'or et les reliquaires. C'est, on le voit, une véritable tribu d'orfèvres siennois dont Tauro est le patriarche et peut être le fondateur, en raison de sa parenté étroite avec l'un des nouveau-venus. |

Nous retrouverons leurs noms en énumérant la suite des œu- vres, année par année, à la date de leur paiement.

1320, 13 avril. Un anneau avec une pierre perredodo à la croix, un autre sont enchâssés deux rubis, un calice d’or ouvré pour le pape, du poids de 10 marcs 5 onces et trois-quarts, apportés par Richo Corboli. (Reg. 38, fs 65 à 67) (2).

(1) A en juger par son nom, Marco di Lando est le fils de l’habile maître Lando di Pietro, sur lequel M. Milanesi a donné une longue et intéressante notice (Documenti per la storia dell’arte sanese, t. Ier, p. 286). Cette supposition s'accorde bien avec l’époque vivait Lando di Pietro et l’âge que lui assignent ses travaux. En 1811, il fabriquait la cou- ronne de sacre de l’empereur Henri VII; en 1322, on le charge de fon- dre la grosse cloche de la Commune de Florence; en 1329, la Commune de Sienne le rappelle de Naples, il était au service de Robert d’An- jou, et on lui confie pour trois ans les fonctions de capo-maestro de la fabrique du dôme de Sienne (Milanesi, Loc. cit.).

(2) Il est bien entendu, et nous le rappelons une fois pour toutes, que nous choisissons dans les séries d'objets variés payés à Corboli,

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21 avril. Une rose d’or qui ne fut pas donnée au ca- rême précédent, du poids de 101 florins, avec un saphir de 20 carats, est mise en réserve par Jaufre Isnard, prévôt d'Aix. Deux têtes d'argent pour reliques et un bras d'argent, montant au total de 183 florins 1 gros tournois et demi. Sept an- neaux pour les sept nouveaux cardinanx (1), dont trois avec saphirs, trois avec émeraudes, un avec rubis-balais, total 106 florins d'or (Reg. 40, fo 83).

30 avril. Une tête d'argent pour reliques et deux reli- quaires, l'un destiné à recueillir la sainte épine, l’autre un clou du Sauveur (2), le tout pesant 30 marcs 7 onces et coûtant avec la dorure, les guirlandes, les cristaux, la facture, 134 flo- rins d’or (ibidem). |

1321. Le compte fait avec Corboli du 15 août 1320 au 15 août 1321 porte divers anneaux d'or pour le pape, dont un avec

pour les indiquer ici, les principaux de ces objets, ceux qui offrent un certain intérêt artistique. Le total des factures est souvent très élevé; ainsi celle du 15 avril monte à 11.998 florins d'or, sans compter les au- tres espèces monnayées.

(1) Cette promotion de cardinaux n’eut lieu que le 19 décembre 1320, Le choix en était-il, dès le printemps de 1320, arrêté dans les conseils du pontife? Cette portion du compte de Corboli doit-elle être rapportée à l’année 1321? Cette seconde hypothèse ne pout guère être admise dans l’état des registres. Les sept cardinaux de cette promotion, tous fran- çais, et plus spécialement gascons ou cahorsins, comme pour justifier l'accusation de Dante (Paradiso, XX VIT, 93) étaient Raynaud de la Porte d'Alassac, archevêque de Bourges, Bertrand de la Tour, arche- vêque de Salerne, Pierre des Prés, archevêque d’Aix, Simon d’Archiac, élu de Vienne, Poilfort de Rabastains, évêque de Rodez, Pierre Tisseur, vice-chancelier de l'Église, et Raymond de Roux, de Cahors.

(2) «..Et uno repositorio argenti in quo fuit positus cristallus domini nostri pro spina capitis Jesu Christi, et pro uno repositorio argenti pro clavo Salvatoris, in quo positus fuit cristallus aurifabri, operatis pro domino nostro....». On montre au peuple, les jours Saints, ces précieuses reliques du haut d’une tribune de Saint-Pierre de Rome; mais assu-

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saphir de trois couleurs, plus trois anneaux pour les cardinaux nouvellement consacrés, l’un avec émeraude, les deux autres avec saphirs (1). Deux d’entre eux sont l'archevêque d’Aïx et l'évêque de Rodez, ce qui donne à penser que les sept anneaux achetés - plus haut l'avaient été avant la consécration des cardinaux, et que trois au moins de ces bijoux avaient reçu une destination

différente.

1322. Cette année-là les dépenses d'orfévrerie sont très fai- bles. On ne paie à Corboli que 74 florins d’or, et près des deux tiers de cette somme, 46 florins, sont représentés par les portes d'argent (éabule) appliquées à l’évangéliaire du pape (fextus evan- geliorum domint pape) ; ces portes pesaient 13 marcs 7 onces d'argent (2).

1323 (3). La rose d'or ornée d'un saphir est payée, le 16 mars, 100 ducats d'or et 26 florins à Corboli. Remarquable- ment belle, car ces bijoux n'atteignaient généralement pas un prix si élevé, elle fut offerte à Amédée V, comte de Savoie (Reg. 54, 119).

Le 19 août, une couronne de 170 florins d'or était le pré- sent de noces du pape à sa petite nièce Bernarde, fille de mon-

rément des châsses plus magnifiques ont remplacé les reposoirs d’ar. gent du XIVe siècle.

(1) Reg. 40, fe 84, 85. 1255 florins en or compté, 75 marcs et 7 onces d'argent en lingots sont remis à Corboli pour cet exercice. Une grande partie des ornements qu'il fournit est affectée « capellis factis in domibus quondam Judeorum in Carpentorato, Biturita et Novis ».

(2) 9 mars (Reg. 41, fo 145 r°).

(8) Cette année et l’année précédente, Tauro, Jacopo di Jacopo et Pérégrin exécutent, les premiers des calices, le troisième des ustensiles domestiques ou des meubles d'argent, trépied pour la cuisine, plateaux et candélabres pour la table et la chapelle du pape. Il y emploie 30 marcs d'argent. (Reg. 34, for 95, 96; reg. 57, f 85).

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seigneur Pierre de Via, chevalier du pape, frère des cardinaux Jacques et Arnaud de Via; elle épousait noble homme Raymond de Jean (1), d'une famille de Cahors déjà alliée à celle de Jean XXII.

1324, 19 mars. La rose d'or, destinée à Henri seigneur de Souillac (de Soliaco), est payée à Corboli 113 florins d'or 5 sous et 4 deniers de petits tournois (2).

Le compte de Corboli, du 20 août 1323 au 16 août 1324, porte encore un reliquaire d'argent et de cristal, 18 florins; un pied de croïx en argent doré et émaillé, 43 florins; enfin la sou- dure et la peinture d'un drap d'or orné de figures pour l'autel de la chapelle du pape, 3 florins (Reg. 57, 76).

1325. La rose d’or, dont le pape fait présent à Aymar de Poitiers, comte de Valentinois, est payée à Corboli 100 florins d'or; elle est ornée de trois saphirs et pèse 11 onces et 1 de- nier (Reg. 58, f 183).

La dame de Trian, sœur du pape (il est spécifié dans le compte que l’objet est choisi par ses soins), fait acheter moyennant 270 florins d’or une couronne d’or enrichie de perles et de pierreries pour sa petite-fille Jeanne de Trian, fille du neveu du pape Ar-

(1) Reg. 54, 128. —_ Pierre de Via, seigneur de Villemur et de Cal- vignac, était attaché au service de son oncle au même titre et aux mêmes appointements que Pierre Duèze, frère de Jean XXII; ils re- cevaient chaque mois 61 florins 8 gros tournois et 8 deniers viennois (Reg. cam. 40, fo 123). Voyez sur ces personnages dont Baluze ne parle pas: l'abbé Verlaque, Jean XXII, sa vie et ses œuvres (Paris, 1883) et Duhamel, Un neveu de Jean XXII, le cardinal Arnaud de Via (Avi-. gnon, 1883). Pierre de Via ne mourut qu'en 1337. Bernarde reçut par testament de son oncle Arnaud de Via, mort en 1335, une somme de 300 florins d'or (Duhamel, Loc. cit.).

(2) Reg. 57, 108. Voyez sur Henri de Souillac, seigneur Gas- con, une note de Baluze (Vitae pap. Aven. I, col. 813).

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naud de Trian, maréchal du Comtat, laquelle épouse Guichard de Poitiers (1) (Reg. 58, 176).

(1) Cet article a pour la connaissance et la généalogie de la famille de Jean XXII une importance capitale et tout-à-fait nouvelle; il re- dresse les erreurs des plus modernes biographes de Jean XXII, comme M. l’abbé Verlaque, et met le couronnement aux laborieuses recherches de Baluze qui, malgré ses efforts pour établir dans plusieurs notes sa- vantes (Vitae paparum t. I, col. 787, 749, 795, 827, 1418) l’exacte parenté d'Arnaud de Trian avec Jean XXII, n'avait pu y parvenir.

De cet article en effet il résulte:

1.0 Que l’une des sœurs du pape avait épousé le seigneur de Trian, l’autre ayant épousé Pierre de Via. |

2.0 Qu’Arnaud de Trian était son fils, et par conséquent le neveu direct du pape par sa mère.

Or, d'après le dernier biographe de Jean XXII, M. Verlaque, qui a résumé sur ce point les travaux antérieurs et consulté les documents d'archives, à Cahors et à Paris, la seconde sœur de Jean XXII, Margue- rite, aurait épousé le sire de Jean. Pour que cette alliance fût admis- sible, il faudrait supposer que ce seigneur de la maison de Jean portait plus spécialement le nom de Trian. Mais on ne cite aucun document précis attribuant pour époux à Marguerite le sire de Jean. Donc, jus- qu’à production de pièces, le seul nom qui appartienne au beau-frère de Jean XXII est celui de seigneur de Trian.

Baluze, qui éclaire généralement tous ce qu'il examine, n’a pas ré- solu cette question. Il dit seulement, à propos d’Arnaud de Trian (oc. cit. t. I, p. 749): «Je le pensais issu de la famille des de Jean de Cahors, et, pour cette cause, je supposais que le nom Detian, fourni par la chro- nique d’Arnaud le camérier, devait être lu de Jean; mais plus tard je rencontrai dans le registre B de la sénéchaussée de Toulouse des let- tres de 1346 est nommé noble homme Arnaud de Trian, vicomte de Tallard et seigneur de Castelnau-de-Montmira:'». 11 achève ensuite de restituer, par un complément de preuves, le nom de Trian à cet Arnaud, et semble abandonner ainsi l’opinion qui le rattache aux de Jean. Quant à la parenté de celui-ci avec le pape, il répète en divers lieux qu'il était son neveu, sans indiquer ni à quel degré, ni par quelle source. Enfin, dans les Additiones à ses savantes notes, il émet d’après Bernard Gui (Vita S. Thomae Aquinatis, Bolland. t. Ier de mars, p. 721) l'hypothèse qu'Arnaud de Trian n'aurait été neveu du pape que par alliance, « Dame Marie, épouse d’Arnaud, y étant appelée nièce du pape ex sorore ». Au- jourd’hui avec notre texte il n'y a plus de doutes: Arnaud de Trian est bien lui-même neveu du pape ex sorore. Nous avons insisté sur cette discussion généalogique pour montrer les multiples ressourees qu'’of-

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17 août. Deux reliquaires d'argent doré couverts de velours rouge et contenant les reliques de divers saints, présent destiné à la reine de France, Marie de Luxembourg, sont payés 16 florins d'or plus 2 deniers de gros tournois (Reg. 58, f 183).

4 décembre. Une couronne d'or avec perles du prix de 25 florins est offerte à Bernarde, femme de noble homme Guillau- me de Medullione (1), le mois elle vint rejoindre son mari. C'est encorela dame de Trian qui prend l'initiative de cette largesse ; il semble qu'elle se soit constituée la surintendante des présents gra- cieux du souverain pontife, et qu’elle ait reçu ou usurpé l’autorisa- tion de puiser à ce titre dans le trésor. Le trésorier, à qui tant de gé- nérosité ne plait peut-être point, a soin d'inscrire en marge pour dégager sa responsabilité: Affende quod domina de Trianno man- davit ila fieri. Quelques jours après (14 janvier 1326), on don- nait aussi à noble damoiselle Hugue de Rogier, épouse d'Olivier de Penna, une couronne d'or de 65 florins. (2) |

En fait de travaux d'orfévrerie, on trouve, le 2 juin, deux bassins d'argent pour le lavement des mains du pape, œuvre de Jacopo (ou Jacobino) di Jacopo, de Sienne; le 3 juin, deux calices d'argent payés 8 florins d’or et 6 sous viennois à Pélegrin (3) Seguin, or-

frent à toutes les branches de la science historique ces extraits des registres caméraux.

La femme d’'Arnaud de Trian mourut en 1829. Le registre 92, $ 79, donne quelques détails sur la pompe de ses funérailles qui eurent lieu le 1er septembre.

(1) Medullio serait Mévouillon, hameau du dépt de la Drôme, dans l'arrondissement de Nyons.

(2) Reg. 70, 105. Parmi les ornements qui composent le compte de Corboli figure un pallium (pala, devant d’autel) pour la chapelle de sainte Agnès érigée dans l'église des Carmes (Reg. 58, 162). Le nombre des objets fournis cette année-là, du 28 août 1324 au 17 avril 1326, n’est pas très considérable.

(8) Comme c’est l’unique fois que nous rencontrons ce Pélegrin, nous n’hésitons pas à l'identifier avec Pérégrin, souvent nommé.

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févre d'Avignon; enfin le 7 juin, un calice avec émaux qui sort aussi de l'atelier de Jacopo di Jacopo (1).

1326. Le compte de Corboli, arrêté au 2 août 1326, ne porte avec la rose d'or, payée 100 ducats et offerte au comte de Com- minges, joyau qu'il fournit pour la dernière fois, que deux can- délabres d'argent doré pour la chambre du pape (2).

Le 6 juillet, Tauro et Pérégrin reçoivent pour la fabrication de douze grands plateaux et de huit écuelles entrent 150 marcs d'argent du trésor 30 gros tournois d'argent (Reg. 70, 89).

1327. Très peu d’ornements à l'arrêté annuel du compte du marchand florentin (28 juillet 1327). Cest à peine s'il y a lieu d'indiqner une croix et un encensoir pour la chapelle de N. D. du Miracle que Jean XXII venait de fonder et de doter, et quelques autres dons de moindre importance aux deux cha- pelles qu'il faisait construire dans l’église des Frères Mineurs d'Avignon et dans celle de Saint-Agricol (Reg. 81, f. 47).